Billabong du Roumois, nouvelle star de Julien Épaillard et joyau de la famille Bertho

Depuis quelques semaines, Billabong du Roumois impressionne sous la selle de Julien Épaillard. Après avoir brillé lors du Longines Global Champions Tour de Monte-Carlo, ce hongre de dix ans a remporté sa plus belle victoire à ce jour il y a quelques jours à l’occasion d’un Grand Prix CSI 3* disputé à Gorla Minore. Fruit de la passion de Philippe Bertho, qui l’a fait naître et ne l’a jamais vendu, le fils de Mylord Carthago pourrait bien continuer à faire parler de lui à l’avenir.



Fin juin 2010, Philippe Bertho, ancien cavalier se décrivant lui-même comme “amateur éclairé” et s’adonnant désormais aux plaisirs de l’élevage, décide de faire saillir son Iroise du Roumois (ISO 133, SF, Papillon Rouge x Laurier Rose) par Mylord Carthago (ISO 178, SF, Carthago x Jalisco B), qui vient alors de signer un double sans-faute dans la Coupe des nations du CSIO 5* de Rome et de s’adjuger la deuxième place du Grand Prix CSIO 5* de Rotterdam. “J’ai choisi cet étalon parce qu’il était au sommet de sa carrière sportive et qu’il avait déjà quelques produits qui semblaient très bons”, explique-t-il. “J’ai également été séduit par la génétique et le physique de Mylord.” De ce croisement naîtra, un peu moins d’un an plus tard, Billabong du Roumois, qui fait sensation sous la selle de Julien Épaillard depuis quelques semaines.

L’histoire de l’alezan a débuté bien des années plus tôt, lorsque son naisseur a fait la découverte d’un certain Athos du Vallot (ISO 172, SF, Kessel II x Laurier Rose), alors âgé de six ans. “Je l’ai d’abord monté moi-même”, explique Philippe Bertho. “Puis, comme je voyais bien qu’il était très bon, j’ai laissé les rênes à Bruno Rocuet alors que le cheval avait huit ans, et il a vite commencé à sauter de grosses épreuves.” Le potentiel sportif du fils de Kessel II, qui s’est ensuite illustré au plus haut niveau sous les selles de Patrice Delaveau et Robert Smith après avoir pris le départ de ses premiers Grands Prix Coupe du monde et Coupes des nations avec Bruno Rocuet, a donné envie à son découvreur de s’intéresser à la souche maternelle dont il était issu. “Athos avait déjà une sœur utérine, Roxane du Roumois (ISO 143, SF, Joly Jumper x Laurier Rose), qui avait remporté le Critérium à cinq et à six ans sous la selle de Francis Mas”, se rappelle-t-il. “J’ai pu louer leur mère, que j’ai croisée à Papillon Rouge  (ISO 180, SF, Jalisco B x Centaure du Bois, Ds) et Quidam de Revel (ISO 185, SF, Jalisco B x Nankin). C’est ainsi que sont nées Iroise du Roumois, la mère de Billabong, et J’y Suis du Roumois, qui m’a notamment donné Saxo du Roumois (ISO 143, SF, For Pleasure), avec lequel mon fils, Clément, s’est classé en Grand Prix à 1,50m et a été sacré vice-champion de France Jeunes Cavaliers en 2018.”

Iroise a d’abord concouru sous la selle de son éleveur et propriétaire, établi à Plérin, dans les côtes d’Armor, et obtenu un ISO de 133 avant d’être vouée à la reproduction. “Son premier produit, Utrillo du Roumois (ISO 155, SF, C-Indoctro), s’est très bien comporté en compétition”, reprend Philippe Bertho, et a pris part à des épreuves à 1,50m sous les selles de Valentin Besnard, du Britannique Harry Charles et de la Luxembourgeoise Charlotte Bettendorf. Trois ans après la naissance d’Utrillo, la fille de Papillon Rouge a mis au monde Billabong du Roumois. Jeune, l’alezan “avait de l’énergie et se déplaçait bien”, explique son naisseur, qui l’a confié aux écuries de Bruno Rocuet dès le début de sa formation, sans jamais l’avoir fait sauter chez lui. “Bruno m’a appelé quelques jours après l’arrivée du cheval pour me dire qu’il était fait pour ça”, ajoute-t-il.



“Billabong m’a beaucoup appris sur les chevaux”, Clément Bertho

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© OneShot

À quatre ans, le fils de Mylord Carthago est d’abord formé par Armand Mallet, avec lequel il effectue quatre parcours en Cycle classique Formation et huit estampillés du label Qualification, réalisant au total huit sans-faute en douze épreuves courues. L’année suivante, il rejoint le piquet de Régis Bouguennec puis celui de Margaux Rocuet au début du mois d’août, après avoir pris part à une seule compétition en compagnie de Valentin Besnard. Avec ces trois cavaliers, Billabong concourt à vingt-deux reprises, signant quinze sans-faute dont deux lors de la première épreuve qualificative puis la Petite finale du championnat des cinq ans à Fontainebleau. À six ans, toujours sous la selle de Margaux Rocuet, le hongre se qualifie de nouveau pour l’événement bellifontain après avoir conclu huit de ses douze parcours sur le Cycle classique avec un score vierge. En Seine-et-Marne, il boucle un nouveau sans-faute le premier jour, mais huit points commis lors de la deuxième étape le contraignent à participer à la Petite finale, comme l’année précédente, dont il prend finalement la cinquième place grâce à un nouveau tour sans pénalité. 

Début 2018, Billabong, alors âgé de sept ans, effectue ses débuts en compétition sous la selle de Clément Bertho, le fils de son naisseur. “J’ai commencé à le monter lorsque je suis arrivé chez Bruno Rocuet”, explique le jeune hommr. “Et je me suis tout de suite bien entendu avec lui.” Pour leur première saison, ils concourent majoritairement à 1,30m et 1,35m, prenant notamment part à des étapes du circuit Top 7 de la Fédération française d’équitation. Le hongre se révèle réellement comme un “crack” aux yeux de son cavalier lors du championnat des sept ans, à Fontainebleau, même si deux fautes commises le premier jour et une le deuxième l’empêchent d’accéder à la finale. “Les avis au sujet de Billabong étaient déjà unanimes, mais c’est lors de ce championnat que j’ai senti tout son potentiel”, explique Clément Bertho. “Quelques semaines plus tôt, Saxo (du Roumois, ndlr) s’était fracturé le paturon alors que nous étions sélectionnés pour le CSIO Jeunes cavaliers d’Opglabbeek après avoir été médaillés d’argent aux championnats des As, ce que j’avais mal vécu. Billabong m’a donc bien aidé à remonter la pente! Il m’a aussi beaucoup appris sur les chevaux, car à partir du moment où j’ai vraiment cru en son potentiel, j’ai vu tout ce qu’il pouvait me donner.” “Je suis ensuite parti travailler pendant deux ans aux écuries d’Ellipse, chez Frédéric Busquet, où j’ai eu la chance de pouvoir emmener le cheval”, poursuit le cavalier. “Il a poursuivi sa progression là-bas”, ajoute son père. 

Dès le début de l’année 2019, l’alezan s’illustre à Vilamoura en prenant la troisième place de sa toute première épreuve à 1,45m comptant pour le classement mondial Longines et s’essaie à 1,50m. S’ensuit une première victoire à 1,45m lors du CSIO Jeunes Cavaliers de GRANDPRIX Classic Spring Break, en mai à Fontainebleau, puis une septième place au championnat de France Jeunes Cavaliers. En 2020, le tandem reprend à 1,40m, puis 1,45m et se classe notamment cinquième d’un Grand Prix Pro 1 en juin au Mans. Fin août, le fils de Mylord Carthago et son cavalier retentent leur chance à 1,50m dans le cadre du Grand National, avec à la clé une élimination à Pernay puis une bonne treizième place à Barbaste.



“Nous voulions lui donner toutes les chances d’atteindre le haut niveau”, Clément Bertho

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© Sportfot

Après un dernier parcours à 1,35m sous la selle de Clément début mai 2021, Billabong du Roumois rejoint les écuries de Julien Épaillard. “Nous sentions vraiment qu’il pouvait disputer de plus grosses épreuves que celles auxquelles je prenais part, et nous voulions lui donner toutes les chances d’atteindre le haut niveau. Et moi, j’ai pour objectif de partir travailler à l’étranger dans les mois à venir”, explique son ancien partenaire. “Julien est venu l’essayer chez Olivier Le Vot et a tout de suite été favorable à l’idée de l’intégrer à son piquet”, poursuit Philippe Bertho. Pour sa première sortie en concours, à l’occasion du Cabourg Classic, début juin, le nouveau duo boucle trois sans-faute à 1,40m. “Ils se sont très vite trouvés, car Billabong est un vrai cheval de concours. Il a un sens inné de l’obstacle et je n’ai pas eu grand-chose à lui apporter. C’est surtout moi qui ai progressé avec lui”, confesse humblement l’ancien cavalier de l’alezan, admiratif de ses qualités. “Il est intelligent, respectueux, courageux, et il a un grand cœur”, confirme le naisseur du hongre.

Une semaine après Cabourg, Billabong découvre avec son nouveau cavalier les pistes de l’Hubside Jumping de Grimaud, point de départ d’une véritable success-story. Dans le Var, le nouveau couple remporte sa première victoire le 12 juin, à l’occasion d’une Vitesse à 1,45m, pour le plus grand plaisir du Normand. “C’est notre première épreuve de ce niveau et il la remporte! Il a dix ans, nous allons avancer crescendo. C’est lui qui nous dira jusqu’où il peut aller”, explique-t-il alors. “Honnêtement, il a l’air très respectueux, je sens de bons moyens: j’espère que c’est un cheval qui pourra sauter prochainement des Grands Prix CSI 5*.” Et l’alezan n’a pas trahi les espoirs placés en lui!

Troisième d’un Grand Prix CSI 2* disputé à Grimaud le lendemain de sa victoire, le fils de Mylord Carthago s’est en effet illustré lors du Longines Global Champions Tour/Global Champions League (GCL) de Monte-Carlo. Au pied du Rocher, Billabong a d’abord fini deuxième de la première manche de la GCL, cotée à 1,55m, avant d’écoper de quatre points seulement dans le Grand Prix à 1,60m, dont il s’est classé septième. Enchaînant les belles performances au cours de l’été – le hongre s’est notamment offert une Marseillaise à 1,45m et une neuvième place dans un Grand Prix CSI 4* disputés à Valkenswaard – et au début de l’automne, l’alezan a remporté sa plus belle victoire il y a quelques jours en Italie. Après avoir terminé deuxième d’une épreuve de vitesse à 1,45m, il s’est en effet imposé dans l’épreuve majeure d’un CSI 3* disputé à Gorla Minore en laissant la concurrence à près de quatre secondes au barrage! Une “réelle satisfaction” pour son naisseur et propriétaire, qui se réjouit de voir son protégé exceller sous la selle de Julien Épaillard, qu’il qualifie de “vrai homme de cheval”. Jusqu’où ira la paire? Bien malin qui saurait le dire aujourd’hui!