Le bien-être équin, thème d’une journée d’échanges constructifs à Equita Lyon

Le salon Equita Lyon a été l’hôte de la première journée dédiée au bien-être équin, en fin de semaine dernière. Au terme d’échanges entre la salle et les experts, qu’ils soient cavaliers, vétérinaires ou représentants de diverses institutions impliquées dans le monde du cheval, la Fédération nationale des conseils des chevaux, la Société française des équidés de travail et la Société hippique française ont signé la Charte du bien-être équin. Ce rendez-vous initial se veut la première pierre d’une action d’envergure à mener à long terme sur ce sujet ô combien important.



Le village VIP d’Equita Lyon s’est mué en lieu d’échange et d’apprentissage, jeudi 28 octobre. Plusieurs dizaines de passionnés, venus d’horizons aussi divers que variés, ont assisté et participé à la première édition de la Journée du bien-être équin. Cette thématique, ô combien importante, a animé des discussions riches. Vétérinaires, éthologues, chercheurs, personnalités politiques et mêmes cavaliers de haut niveau ont pu témoigner et débattre, de façon toujours constructive, avec le public.

À la suite des interventions de Jean-Pierre Taite, vice-président du conseil régional Auvergne-Rhône-Alpes, du Dr Richard Corde, vétérinaire et président de la Ligue française pour la protection du cheval, des éclairages apportés par Éric Baratay, Historien spécialisé dans la relation homme-cheval, Membre sénior de l’Institut universitaire de France et professeur à l’Université de Lyon, ainsi que par Charlotte Fustec, chargée de projet pour la structure de labellisation EquuRES, l’après-midi a débuté par une prise de parole de Michel Robert. Connu pour ses innombrables succès à haut niveau et son impressionnante longévité dans le sport, le multi-médaillé a livré son point de vue fondé sur son expérience. Ses recherches, menées sur le terrain depuis de nombreuses années, lui permettent de rester avant-gardiste en matière de bien-être animal. “Je crois que ce qui nous intéresse aujourd’hui est le futur de nos chevaux. Les chevaux sont avec nous, dans nos cœurs, depuis toujours. Nos parents, grands-parents, travaillaient avec eux. Mon expérience m’amène à me demander si les chevaux existeraient toujours aujourd’hui sans les cavaliers?”, s’interroge-t-il. “L’humain a beaucoup évolué. En ce qui concerne les chevaux, je ne pense pas qu’ils aient envie de retourner en arrière, tout comme je n’ai pas envie de retourner dans une caverne. Il y a un juste milieu à trouver. Je crois que les chevaux ont une intelligence qui leur est propre, et qu’il faut la comprendre. [...] Je crois que les chevaux ont besoin de nous et que nous avons besoin des chevaux.” 



Quelle place pour le cheval à l’horizon 2030?

Particulièrement sensible au sujet du bien-être animal, Michel Robert a livré son analyse lors de la journée bien-être équin.

Particulièrement sensible au sujet du bien-être animal, Michel Robert a livré son analyse lors de la journée bien-être équin.

© Mélina Massias

Mais quelle place le cheval pourra-t-il occuper dans la société de demain, où tout est toujours plus scruté, critiqué et sujet à polémiques? Pour Vanina Deneux-Le Barh, chercheuse en sociologie à l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE), de nouveaux enjeux apparaissent pour les relations de vie et de travail avec les chevaux. En 2010, une étude avait élaboré quatre scénarios possibles pour la place des chevaux à l'horizon 2030: “tous à cheval”, “cheval des élites”, “cheval citoyen” et “cheval compagnon”. Au cours des siècles, la prise de conscience autour de la notion de bien-être animal a nettement augmenté, jusqu’à voir émerger certaines forces politiques, à l’image du parti néerlandais pour les animaux, premier à obtenir des sièges au Parlement européen, dès 2014.

Si cette mise en lumière de la cause animale a été bénéfique à bien des niveaux, tant législatifs que moraux, cela a aussi fait naître des mouvements extrémistes, auxquels le monde du cheval peine à répondre efficacement et d’une seule voix. “Il ne faut pas se focaliser sur ces individus hyper radicalisés qui ont les positions que l’on connaît sur l’équitation, le cheval et le fait de monter dessus. Je crois très profondément que la filière équine a intérêt, en tentant de s’abstraire de ces particularités, de ces minorités, à prendre en charge de façon sincère, avec des résultats visibles et de la transparence, la question du bien-être animal. Si nous continuons à considérer que ceux qui nous attaquent sont des fous, je pense que la filière va au-devant de grandes difficultés”, martèle Loïc Dombreval, député des Alpes-Maritimes et président du groupe d’études sur la condition animale à l’Assemblée nationale. Ce dernier a d’ailleurs lancé une série d’entretiens, touchant une large variété de profils au sein de la communauté cheval pour le bien-être des équidés compétiteurs.

Cette démarche s’inscrit dans une nécessité de construire le monde de demain avec les chevaux et tous les autres animaux. L’évolution de la société, et son urbanisation galopante, ont mené à un changement radicalement profond dans le rapport au règne animal. Les enfants ou petits-enfants d’agriculteurs ne sont plus aussi nombreux qu’avant, et, surtout, les animaux ne sont plus indispensables à l’homme. Les robots, la viande produite in vitro ou encore les hologrammes sont autant de nouvelles technologies qui pourraient prendre la place de la faune dans un futur plus ou moins proche. 



Formation, éducation et sensibilisation

Nous nous rendons compte qu’il y a des aberrations dans des concours, des choses un petit peu folles. Très souvent, des gens viennent attaquer le bien-être sans forcément savoir ce qu’il se passe avant que le cheval soit attelé ou monté. Ils parlent de ce sujet parce qu’ils ont vaguement entendu parler qu’il n’était pas forcément très bien de monter sur un cheval, de l’atteler, etc. Je pense qu’il y a une mauvaise formation, une mauvaise connaissance du sujet. Nous sommes là pour leur dire: ‘Venez chez nous, dans nos élevages, centres équestres et autres structures, et voyez comment on soigne nos chevaux’. […] Une grande majorité des gens est consciente de comment élever les chevaux. Et, à chaque fois, on s’attache à la marge qui ne fait pas bien son boulot. C’est dommage car ceux qui le font bien se font ensuite attaquer injustement”, résume Thierry Trazic, président de la Société française des équidés de travail. 

Pour pallier ce manque de connaissances, les actions développées passeront avant tout par un travail de formation et d’éducation. À commencer par les encadrants. “La charte du bien-être animal est un premier élément de formation puisque cela permet de statuer sur des critères objectifs qu’il est assez facile de diagnostiquer chez soi, de repères par rapport à la notion de bien-être. Aujourd’hui, il s’agit d’un sujet dont tout le monde s’est emparé. Les contenus de formation sont disponibles partout. Ensuite, il faut faire confiance à l’évolution de la société”, développe Mathias Hébert, délégué général du Groupement hippique national. “L’attente étant de plus en plus forte, la réponse des enseignants sera de plus en plus pertinente et la formation sera une condition sine qua non d’exercice dans les années à venir.” Et Pierre Préaud, secrétaire général à la Fédération nationale des courses hippiques, de compléter: “Toute l’activité des courses peut faire l’objet de contrôles. Il ne suffit pas de dire que le bien-être est inhérent à l’activité, il faut savoir le contrôler. S’il y a des dérapages ou des excès, cela nécessite, au-delà de sanctions, une réflexion en matière de formation. L’auto-formation et la formation en continue sont des éléments essentiels.

Outre cette charte, vecteur de progression pour tous les équitants, un accord sur la loi du bien-être animal, qui sera votée en fin d’année 2021, a été trouvé entre l’Assemblée nationale et le Sénat. Concernant les équidés, cette dernière impose la notification de la névrectomie sur le carnet de santé de l’animal, interdit les manèges à poney et met en place un certificat de connaissances pour les détenteurs d’équidés. “Une loi est bonne, me semble-t-il, s’il y a un volet éducatif en face du volet répressif, comprenant des sanctions pénales alourdies. Il y a effectivement dans la loi qui a été votée ce certificat de connaissances, qui existe aussi pour les animaux de compagnie. L’ensemble des professionnels qui travaillent au contact des animaux aujourd’hui met en place des programmes de formation et d’amélioration continue. Chacun dans sa discipline s’est bien rendu compte que les attentes sociétales étaient extrêmement fortes et qu’il fallait s’y mettre sérieusement. […] C’est déjà exceptionnel et historique que nous ayons réussi à passer autant de temps à l’Assemblée nationale et au Sénat pour aborder des questions qui ont trait aux animaux, considérant qu’il y a plein de sujets extrêmement importants à traiter avant ou en même temps que celui-là. Il peut aussi y avoir d’autres mesures ; il n’y a pas que la loi pour faire avancer les choses. Je crois beaucoup à la prise en main de façon sincère, professionnelle, dans des logiques d’amélioration de la part de la filière. C’est vraiment comme cela que les chevaux iront mieux, tout comme les cavaliers et les gens de cheval”, ajoute Loïc Dombreval, député appartenant à La République en marche. Cette question du bien-être animal en général et du cheval en particulier est un sujet passionnant, qui mêle des questions scientifiques, techniques, technologiques, éthiques, morales, philosophiques, etc. Le trait d’union de tout ce monde est la passion, dont il faut parfois savoir sortir pour aborder le sujet avec raison.

Temps fort de la journée, la table ronde a réuni neuf experts.

Temps fort de la journée, la table ronde a réuni neuf experts.

© Mélina Massias



“Le bien-être animal est un facteur favorisant la performance”, Vincent Boureau

Ces questions de bien-être ou de bientraitance animale sont d’autant plus importantes pour l’Hexagone et la Fédération française d’équitation (FFE) que les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 approchent à grands pas. Après certaines images regrettables vues à Tokyo, et le besoin économique de présenter des disciplines qui attirent spectateurs et téléspectateurs, l’équitation doit se montrer irréprochable. Sans quoi, son avenir olympique pourrait bien être compromis. “Ce n’est pas être pessimiste, mais nous sommes bien sûr inquiets de tous ces signaux. Inquiets aussi de toute l’organisation que nous avons à mettre en place, non pour nous défendre, mais pour être visionnaires et conserver cette place du cheval, notamment dans la performance”, a réagi Sophie Dubourg, directrice technique nationale à la FFE. “L’enjeu va être de rester performant et de l’être encore plus avec nos équipes de Paris 2024, en s’inscrivant dans un cadre un peu plus strict. Nous y travaillons au sein du staff, mais aussi avec les cavaliers. Je pense que tout le monde attend ça: les partenaires, propriétaires et institutions. J’ai été très attentive à tous les échanges. Maintenant, je pense que nous devons travailler ensemble à l’horizon 2030. Le cheval pour tous, j’y tiens.

Au terme d’une intense et enrichissante journée d’échanges, la majorité des intervenants s’est montrée positive. “Mon souhait le plus cher serait que ceux qui sont là repartent d’ici en mettant bien dans leur mémoire que le bien-être animal n’est pas contraire à la performance. J’irai même plus loin en disant que le bien-être animal est un facteur favorisant la performance, qu’il s’agisse de la performance d’un cheval de course, d’un poney de club ou d’un cheval de trait. [...] Si nous prenons le bien-être comme quelque chose qui peut nous tirer vers le haut et non nous contraindre, je pense que nous allons progresser”, a appuyé Vincent Boureau, vétérinaire comportementaliste et président de la commission bien-être et comportement du cheval à l’Association vétérinaire équine française (AVEF).

Et Loïc Dombreval de conclure : “Je pense que l’avenir du cheval est uniquement entre vos mains, entre vos rênes, et le cheval pour tous est une merveilleuse idée, une merveilleuse vision, à l’image de la relation qu’il y a entre le cavalier et sa monture. Un conseil: prenez toujours positivement, constructivement et jamais en position de victime, ce qui aujourd’hui naît, et existe déjà sur ces questions de bien-être animal en France, en Europe et dans le monde. En agissant toujours de façon professionnelle, optimiste, positive, engagée dans les processus d’amélioration, on peut toujours progresser. Tout au long de la journée, j’ai vu une filière sensibilisée à l’importance de la question du bien-être animal. Cela me paraît être une excellente chose. L’ensemble du monde équestre ne pourra pas éviter cette question. Il faut la traiter avec de la hauteur, en considérant qu’il s’agit d’un sujet de société. Parler d’une seule voix est peut-être ce qui est le plus compliqué mais cela sera important pour tenir un discours encore plus fort et montrer l’unité que nous avons pu voir lors de cette journée.