“J’espérais participer aux Jeux olympiques avant que le Covid n’apparaisse”, Sidney Dufresne

Pilier de l’équipe de France depuis plusieurs années aux côtés de son Trésor Mail, Sidney Dufresne est de ce ces cavaliers discrets qui attendent le moment opportun pour briller. Troisième à Boekelo puis dixième à Pau, pour le premier CCI 5*-L de sa brillante Swing de Perdriat, il avance petit à petit vers les championnats du monde. Après avoir servi la France en 2017 à Strzegom puis 2018 à Tryon, avec une médaille de bronze à la clé, il rêve désormais de Jeux olympiques, à Paris, dans moins de trois ans.



Vous avez terminé dixième du CCI 5*-L de Pau avec Swing de Perdriat (SF, Glamour Margot x Diaz). Comment l’avez-vous trouvée?
Elle a quinze ans mais participait pourtant à sa première compétition de ce niveau. Je suis très heureux. Nous l’avons achetée à huit ans à la famille Meheust et l’avons toujours estimée. Nous sommes partis de loin avec elle et avons franchi toutes les étapes. À Pau, elle a fait ce qu’elle pouvait faire de mieux, un bon dressage ainsi qu’un cross où j’ai préféré prendre un peu de temps pour qu’elle termine sans faute à la fin. Le seul regret que je peux avoir est d’avoir renversé une barre, mais c’est le sport. Pour le reste, je suis entièrement satisfait de sa performance, le contraire serait une aberration.

Quels sont vos objectifs avec elle?
J’aimerais participer à nouveau à un CCI 5* l’année prochaine. Je ne sais pas encore lequel mais j’espère qu’elle pourra en refaire un, si tout va bien au printemps. Une fois cet objectif réalisé, ce sera l’heure pour elle de prendre sa retraite et de faire des poulains avec Trésor (Mail, ndlr)!
Nous pensions à la base la retirer après Pau mais, avec ce qu’elle a montré et la manière dont elle a récupéré, nous avons envie de faire encore un petit bout de chemin. Parfois, quand les chevaux rentrent d’une telle compétition, ils sont un peu émoussés. Swing a pour sa part vraiment bien récupéré, et ce, très rapidement, ce qui est une bonne nouvelle.

Étiez-vous heureux de retrouver du public?
Cela fait vraiment plaisir, oui. Comme tout le monde, nous avons vécu des mois difficiles avec ces épidémies (de Covid-19 puis de rhinopneumonie, ndlr). Le but est vraiment de parvenir à concourir devant du public, avec une effervescence et un engouement. Cela fait la beauté de notre sport et c’est nettement plus agréable qu’à huis clos.

En octobre, Trésor Mail (SF, Jaguar Mail x Iowa) a terminé troisième du CCI 4*-L de Boekelo. Quel a été votre ressenti?
Trésor va très bien. Il était déjà très en forme avant, notamment cet été, et a effectué une très bonne saison. J’étais heureux de l’avoir amené là-bas, il a prouvé tout le bien qu’on pensait de lui et c’est très bien. Nous savions qu’en y allant, il pouvait réaliser une belle performance alors je ne peux qu’être ravi.



“Avec le décalage des JO et toutes les restrictions sanitaires exigées, j’étais plus réservé”

Il a désormais quatorze ans et a prouvé qu’il était à la hauteur pour l’équipe de France. Comment va s’organiser la suite pour lui?  
Il était prêt pour les championnats d’Europe d’Avenches. Malheureusement, nous n’avons pas été sélectionnés, mais c’est le jeu. Il va bien et s’est qualifié pour les championnats du monde donc je vais désormais le préparer en vue des prochaines belles échéances. Ce sera super si nous participons à ce rendez-vous mondial, mais ce sera tout aussi bien si je me rends autre part.

Il n’a couru que quelques Pro Élite cette année avant ce CCI, quels étaient vos objectifs? Comment avez-vous vécu ces périodes de sélection?
  Je les ai bien vécues et étais prêt pour les championnats d’Europe. Si le sélectionneur et la Directrice technique nationale (Thierry Touzaint et Sophie Dubourg, ndlr) estiment que Trésor a sa place dans l’équipe, ils le sélectionnent. Ils ont décidé de prendre d’autres chevaux et c’est un choix que je respecte. Personnellement, après avoir déroulé un dressage pénalisé de vingt-six points puis un double sans-faute sur le cross et le saut d’obstacles à Boekelo, je pense qu’il avait sa place, mais ce n’est pas un drame.
En ce qui concerne sa saison, je ne suis pas là pour courir après les classements lors de chaque étape du Grand National. J’ai toujours préparé et tenté de préserver mes chevaux afin de participer à de belles compétitions internationales et de les amener le plus loin possible. Ce n’est peut-être pas le cas de tout le monde mais, personnellement, lorsque j’ai des chevaux de cette qualité, je souhaite essayer de les conserver dans la durée.

Visiez-vous les Jeux olympiques ou votre saison était-elle tournée vers les championnats d’Europe?
J’espérais participer aux Jeux olympiques avant que le Covid n’apparaisse. Nous avons eu des propositions d’achat après les championnats du monde de Tryon (en 2018, ndlr) et elles continuent d’affluer au retour de chaque belle compétition. Nous nous sommes demandé si nous allions le garder ou non mais l’objectif était d’être présent au plus haut niveau et d’aller aux Jeux olympiques alors nous avons refusé. Avec le décalage des JO et toutes les restrictions sanitaires exigées, j’étais plus réservé. Je craignais aussi le climat japonais pour les chevaux. Je suis très heureux pour mes coéquipiers qui y étaient et qui ont ramené une médaille de bronze, cela demande beaucoup d’investissement et de temps. Je n’étais personnellement pas pour, mais cela n’engage que moi.

Vous montez également depuis quelques mois Cristal de Thaix (Network*HN x Roi de Rome) qui n’a que neuf ans. Comment jugez-vous sa progression?
Cristal appartient à mes voisins qui sont aussi mes amis. Il a été débuté par Erwan Grall, désormais entraîneur de chevaux de course. Ayant arrêté de monter, c’est sa femme, Laure, qui a récupéré Cristal. Cet hiver, Laure est partie deux semaines à Pau pour rejoindre Erwann qui était au meeting. Au cours de cette période, c’est moi qui l’ai monté et cela s’est très bien passé. En début d’année, Laure ne pouvait pas faire de compétitions puisqu’elles étaient réservées aux professionnels (en raison des restrictions sanitaires, ndlr). J’ai alors participé à deux Pro 4 puis une Pro 3 qui se sont très bien passées. L’histoire a débuté de cette manière. Il a pris part à deux CCI 3*-S qui se sont bien déroulés également. À Lignières, pour son premier CCI 3*-L, il a commis une erreur de parcours sur le test de saut d’obstacles, c’est dommage (le couple a renversé plusieurs barres sur cette épreuve, ndlr).
Nous verrons l’année prochaine ce que nous ferons. Je ne sais pas si Laure va le récupérer ou non. Si nous décidons de continuer à le faire évoluer sous ma selle, ce sera super. Dans le cas contraire, ce sera une bonne expérience pour Laure de pouvoir progresser avec lui. C’est une opportunité qui s’est présentée subitement et je pense qu’il y a des chances pour que nous continuons. C’est en tout cas une belle histoire.

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Swing de Perdriat, dixième de son premier CCI 5*, il y a dix jours, à Pau.

© Solène Bailly



“J’ai essayé de monter d’autres chevaux, mais les Français sont mes préférés”

Quel regard portez-vous sur les derniers résultats de la France, médaillée de bronze aux JO et quatrième des derniers championnats d’Europe?  
C’est toujours bien de traverser la planète et de revenir avec une médaille. Je sais que cela représente beaucoup de temps et d’investissements alors je suis ravi pour eux.
Aux championnats d’Europe, ils sont passés tout près du podium, c’est dommage mais c’est le sport. Comme toujours dans ce milieu, il n’a pas manqué grand-chose. À Luhmühlen, en 2019, l’équipe n’était déjà passée à rien (lors de l’échéance continentale, l’équipe de France composée de Thibaut Valette, Nicolas Touzaint, Karim Laghouag et Alexis Goury avait déjà terminé quatrième, à moins d’une barre de la Suède, ndlr). Parfois, ça tient, parfois ça tombe. Cette fois-ci, à Avenches, c’est tombé, comme ça avait déjà été le cas à Lhumühlen. Il ne faut jamais oublier qu’il s’agit de sport et que cela ne se joue à rien.

Qu’avez-vous pensé de la nouvelle formule olympique?
Elle ne me fait pas rêver. Les organisateurs souhaitent ouvrir les Jeux olympiques à d’autres nations alors que celles-ci ne sont pas forcément aptes à y prendre part. Cela s’est très vite vu dans les résultats, les pays émergents n’ont pas montré de belles choses et, dans la plupart des cas, les cavaliers ont rencontré de très grosses difficultés notamment sur le cross. Je pense que ce n’est pas une belle image. En voulant ouvrir la compétition à de nouvelles équipe, ils ternissent l’image de notre sport d’équipe et de couple qui peut être si beau.

La France semble disposer d’un large vivier de couples capables de courir un grand championnat et d’y obtenir une belle performance. Comment expliquez-vous cette bonne dynamique d’ensemble?
Nous avons de bons cavaliers et des chevaux tout aussi talentueux. La France a toujours été une nation qui pouvait rêver de médailles. Cela reste un métier de passion alors, lorsqu’elle est présente, le reste suit naturellement. Les gains étant faibles dans notre discipline, nous ne pouvons pas courir pour l’argent, sinon nous serions obligés de vendre tous nos chevaux. Heureusement, nous avons à faire à des gens passionnés, cela contribue vraiment à la bonne forme de notre filière.
Cette compétitivité est forcément liée à la qualité de l’élevage français, c’est une évidence. Cependant, dans les six premiers chevaux du classement individuel des Jeux, un seul était monté par un cavalier français, celui de Nicolas Touzaint (Absolut Gold*HDC, ndlr). Les autres ont été vendus à trois ans ou peu après, comme ça a été le cas de Toledo de Kerser (SF, Diamant de Semilly x Papillon Rouge), celui de Tom McEwen, considéré comme le meilleur cheval de concours complet du monde (champion olympique par équipes puis médaillé d’argent en individuel cet été à Tokyo, ndlr). Amande de B’Neville (SF, Oscar des Fontaines x Elan de la Cour), championne olympique aux côtés de Julia Krakewski, a été vendu à cinq ans. À cet âge, je me souviens qu’elle n’avait pourtant pas brillé à Fontainebleau (lors de la finale des Cycles Classiques courue sous la selle d’Arthur Le Vot. Elle avait écopé de douze puis huit point, ndlr).
Cela aurait été bien que ces chevaux restent en France. Malheureusement, nous les avons loupés. Ce n’est pas chose aisée de tous les conserver. Cela a un coup et implique de nombreux risques. Parfois, nous n’avons simplement pas le choix que de vendre. Cela valorise nos élevages mais, lorsqu’ils partent si jeunes, même s’ils deviennent champions olympiques, je doute du fait que l’éleveur jouisse d’une grande contrepartie financière. Il n’a pas de pourcentage comme ça peut être le cas dans les courses.
C’est une bonne publicité pour les éleveurs, les étrangers reviennent acheter nos chevaux, c’est moins bien pour nos cavaliers. Personnellement, j’ai essayé de monter d’autres chevaux, mais les français sont mes préférés.

Songez-vous aux JO de Paris 2024? Avez-vous trouvé le cheval qui pourrait vous permettre d’y prendre part?
Ne pas songer à Paris serait une aberration! (rires, ndlr) 
Nous n’y sommes pas encore, la route est longue. Les gens aiment dire que Paris, c’est demain. Lorsque nous travaillons aux côtés des chevaux, les Jeux sont dans une éternité. Nous verrons à ce moment-là, les Jeux sont présents dans de nombreux esprits mais il n’y aura que trois élus. Il n’y a rien de tel qu’un cheval pour nous faire mentir alors, même s’il y en a peut-être un dans mes écuries, j’avance tranquillement et je verrai ce qu’il en est en 2023. Je réfléchirai à ce moment à ce qui est envisageable ou non.

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Trésor Mail lors de l'ultime test des championnats du monde de Tryon, en 2018.

© Scoopyga