“Mon père est ma plus grande source d’inspiration, je lui dois tout”, Thibault Philippaerts

Digne héritier de la famille Philippaerts, Thibault Philippaerts a su se faire son propre nom. À vingt ans seulement, le petit frère d’Olivier et Nicola est déjà triple médaillé européen et suit, pas à pas, les traces de ses aînés. Champion d’Europe par équipes l'été passé à Vilamoura, il entend bien profiter de sa dernière année en tant que Jeune Cavalier avant de se lancer dans le grand bain. Secrètement, le Belge nourrit l’espoir d’un jour pouvoir rivaliser avec ses frères sur les plus grandes compétitions au monde, notamment lors des étapes du Rolex Grand Slam.



Quels sont vos objectifs pour cette fin d’année?  
Je n’ai pas d’objectif précis. J’ai participé à un concours à San Giovanni in Marignano, en Italie, qui s’est très bien passé. J’y ai pris la troisième place du Grand Prix CSI 3* (avec Aqaba de Leau, ndlr). Mes chevaux sont encore jeunes. Ils vont participer encore à deux ou trois concours puis je commencerai à réfléchir à l’an prochain.
Quels sont vos projets et ambitions pour 2022?
J’ai plusieurs bons chevaux actuellement, mais la plupart sont jeunes et manquent encore d’expérience. Je les ai préparés cette année pour qu’ils soient prêts à débuter des épreuves supérieures l’année prochaine. Mon principal objectif sera les championnats d’Europe Jeunes Cavaliers. Ce sera ma dernière année puisque je n’aurai plus l’âge pour y participer ensuite. J’aimerais y aller avec une équipe solide et tenter de remporter une médaille.
Vous faites déjà une belle carrière. Quel est jusqu'alors le moment dont vous êtes le plus fier?
À l’âge de treize ans, j’ai remporté le bronze en individuel aux championnats d’Europe Poneys (en 2015 à Malmö avec Okehurst LIttle Bow Wow, ndlr). C’était une surprise, j’étais aux anges. Mais mon meilleur souvenir a été de gagner la médaille d’or par équipes aux championnats d’Europe Juniors de Fontainebleau (en 2018 avec Cataleya 3, ndlr). Tous les membres de l’équipe étaient amis de longue date, et ça nous a fait énormément plaisir de décrocher ce titre ensemble. J’y pense encore aujourd’hui avec beaucoup d’émotion. C’est un souvenir inoubliable.
Comment gérez-vous la pression à un si jeune âge?
Je n’ai pas vraiment le trac, donc ça allait. Sur le moment, je n’ai pas l’impression d’être stressé mais, à la fin des concours importants, je sens quand même une certaine pression redescendre. Les grands moments de sport sont ce que nous recherchons. Concourir en championnat ou dans un Grand Prix, c’est aussi un privilège!
Qui est votre plus grande source d’inspiration?
J’admire de nombreux cavaliers, mais je pense que mon père (Ludo Philippaerts, ndlr) est ma plus grande source d’inspiration. Je lui dois tout. Il nous a offert, à moi et à mes chevaux, d’innombrables opportunités au fil des années. Tout ce qu’il a construit chez nous, les chevaux et poneys qu’il nous a permis de monter, à mes quatre frères et à moi... Je me rends compte de la chance que j’ai. Bien qu’il soit souvent en concours, il arrive tout de même à gérer l’écurie et le commerce à distance. C’est très difficile de réussir à la fois comme cavalier et comme homme d’affaires: je l’admire énormément, et j’espère faire de même un jour.
Vous êtes né dans une grande famille de cavaliers. Vous et vos frères avez-vous déjà pensé à faire autre chose?
Nos parents ne nous ont jamais poussés à faire carrière dans l’équitation. Enfant, je pratiquais beaucoup de sports différents: du foot, du tennis, de la course à pied... Mais nous avons grandi dans les écuries. Nous avons toujours envie d’être au contact des chevaux et de bâtir une vraie relation avec eux.
Qu’est-ce qui vous donne envie de réussir et de gagner?
Regarder mon père et mes frères participer à des grands concours m’a sans doute beaucoup donné envie: l’atmosphère, les moments d’exception... j’adorerais participer à une étape du Rolex Grand Slam un jour. Je veux avant tout faire de mon mieux pour concourir, dans la limite du réalisable, au plus haut niveau chaque semaine, et bâtir une belle relation avec mes chevaux.



“J’aime épater la galerie, avoir des spectateurs me motive”

Avec quel cheval entretenez-vous une relation privilégiée?  
À seize ans, j’avais une jument, Juvente van de Kakebeek (BWP, Chatman x Eros Platière). Elle m’était très chère car elle était née chez nous et c’est avec elle que j’ai gravi les premiers échelons. Elle avait beaucoup de talent, était rapide et très intelligente. Nous formions un couple qui fonctionnait très bien, elle m’a véritablement lancé dans le sport (depuis qu’elle a quitté Thibault en septembre 2020, elle a évolué avec la Norvégienne Jenny Krogsæter pendant quelques semaines puis est apparue sous la selle de la jeune Loviza Ardenmark en avril 2021, ndlr).
Quels chevaux composent votre piquet actuellement ?
Aujourd’hui, j’ai un joli piquet, composé en grande partie de jeunes chevaux mais aussi de montures plus âgées à l’image d’Aqaba De Leau (SCSL, Arko III x Burggraaf). Elle a pris la troisième place d’un Grand Prix CSI 3* récemment en Italie (à San Giovanni in Marignano, ndlr) et a déjà sauté de plus grosses épreuves cette année. C’est une super jument qui fait toujours le maximum pour ne pas toucher l’obstacle. J’ai beaucoup de chance de l’avoir. J’ai aussi Cap du Marais (SF, Kannan x Landor S), un hongre de neuf ans, que nous avons acheté en milieu d’année. Il n’a pas la même expérience, mais il commence à faire ses preuves à un bon niveau, il est très prometteur. Pour finir, j’ai deux chevaux de huit ans qui montrent de belles choses (New LIfe van het Hellehof BWP, Elvis Ter Putte x Andiamo et Derby de Riverland SF, Kannan x L'Arc de Triomphe, ndlr). 
Je suis très satisfait de mes chevaux actuels, ils ont tous du talent, même s’ils ont encore besoin de temps pour mûrir et gagner en expérience. L’année prochaine s’annonce passionnante.
Êtes-vous heureux de concourir à nouveau devant du public?
Absolument! C’est un peu la cerise sur le gâteau pour moi. Le public donne toute son atmosphère aux concours, sans lui, ce n’est pas comparable. Personnellement, j’ai l’impression de mieux monter, et certains chevaux aiment l’ambiance et se surpassent eux aussi. Entendre la foule applaudir à son passage, il n’y a rien de tel!
Quel effet a le public sur vos performances?
J’aime épater la galerie, avoir des spectateurs me motive. J’adore la foule, le bruit...
Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu?
De ne jamais abandonner. Tous les cavaliers ont des hauts et des bas. Il faut savoir s’entêter dans sa volonté de s’améliorer. Il faut aussi avoir confiance en son travail et y croire jusqu’au bout. Il est plus simple d’être motivé lorsque tout va bien mais, dans le cas contraire, nous pouvons rapidement être démotivé et déçu. Après tout, les chevaux sont des animaux imprévisibles, il faut profiter des moments où tout roule. C’est aussi là que réside le plaisir dans notre sport, dans les liens qu’on entretient avec nos chevaux. Une fois que nous obtenons la confiance d’un cheval, celui-ci fera souvent tout pour nous. Et lorsque tout est réuni pour un grand moment de sport, nous en gardons un souvenir inoubliable.

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Thibault Philippaerts considère Juvente van de Kakebeek comme celle qui lui a tout appris.

© Sportfot



“Mon père aime nous taquiner quand il gagne ou qu’il est plus rapide que nous”

Que représente le Rolex Grand Slam de saut d'obstacles pour un jeune cavalier comme vous?  
Le Rolex Grand Slam couvre les meilleurs concours au monde, j’adore y aller pour regarder concourir mes frères. Mon rêve est évidemment d’y participer moi aussi un jour. Tous les cavaliers et toutes les personnes qui s’occupent des chevaux souhaitent y aller.
À votre avis, qui sera le prochain vainqueur du Rolex Grand Slam?
Au vu de la difficulté, je dirais un couple spécial, comme Ben Maher et Explosion W. Ils ont une relation exceptionnelle et ont déjà fait montre de leur talent lors de très grands événements (comme lors des Jeux olympiques de Tokyo où le couple s’est paré d’or en individuel, ndlr).
Entretenez-vous une rivalité avec vos frères?
Absolument! Nous avons tous beaucoup l’esprit de compétition. Mais mon père est pire que nous! Il a arrêté de monter pendant une période, mais aujourd’hui il participe de nouveau aux mêmes concours que nous. Il aime nous taquiner quand il gagne ou qu’il est plus rapide que nous. Nous voulons toujours être meilleurs que les autres, ça nous motive, mais nous nous aimons beaucoup et nous nous soutenons aussi les uns les autres. Nous formons une vraie équipe. Mon père et mes frères m’ont fait profiter de leur expérience, mais lorsque nous participons à la même épreuve, nous ne risquons pas de laisser gagner l’autre.
De quelle manière vous partagez-vous les chevaux?
Nous sommes cinq alors la tâche peut paraître ardue (quatre frères et leur père, ndlr) mais c’est en réalité plus facile qu’il n’y paraît! Souvent, cela dépend des besoins des uns et des autres, de celui à qui le cheval correspond le mieux. Généralement, c’est le cheval qui choisit son cavalier et pas l’inverse. Il nous arrive aussi d’échanger. Pour le moment, nous réussissons à nous entendre, j’espère que cela continuera!
Êtes-vous superstitieux en compétition?
Pas tellement. Cela dit, si un concours se passe bien, je garde la même cravate jusqu’à ce qu’une autre épreuve se passe moins bien. À ce moment-là, elle passe à la machine! Mais je n’ai pas de vrai porte-bonheur.

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Ici à Kronenberg, Derby de Riverland constitue une bonne cartouche d'avenir du jeune Belge.

© Sportfot