“Je n’ai pas le sentiment que ma victoire au Pouget soit due au hasard”, Camille Lejeune

Au terme de trois jours d’épreuves, Camille Lejeune et Good Size des Quatre Chênes, neuf ans seulement, se sont offert la victoire dimanche, dans le CCI 4*-S du Pouget, avec 30,1 points de pénalités. Une étape importante pour le couple et un premier succès à ce niveau symbolique pour le complétiste tricolore. Déterminé et pouvant compter sur un solide piquet de jeunes chevaux, le trentenaire, installé à Rouvres, entend bien poursuivre ses efforts et répéter ses performances à haut niveau.



Dimanche, vous avez remporté le CCI 4*-S du Pouget avec Good Size des Quatre Chênes (sBs, King Size, AA x Figaro de Belle), grâce notamment à un maxi sur le cross. Dans quel état d’esprit étiez-vous avant d’aborder cette épreuve et quel était votre plan d’action ? 

J’ai eu la chance de faire le parcours avec un premier cheval (Caryotype Blanc (SF, L’Arc de Triomphe x Laeken), ndlr), engagé dans la même l’épreuve, ce qui m’a permis d’avoir quelques repères quant à la vitesse et à la complexité du parcours. En passant en fin d’épreuve avec Good Size, je savais exactement ce à quoi j’avais droit, c’est-à-dire pas plus de deux secondes de dépassement de temps (sur un parcours de plus de six minutes, ndlr). Ma marge de manœuvre était réduite à pas grand-chose, c’était le maxi ou le maxi pour décrocher la victoire. Je connais très bien mon cheval, j’ai toute confiance en lui et je le savais capable d’y arriver car le parcours était à sa portée.  Avec tous les paramètres en tête, je savais que le chronomètre était très important et que je n’avais pas le choix, tout pouvait s’envoler en deux secondes.  

Troisième à l’issue du dressage, vous avez gagné un rang après l’hippique, avant de finalement prendre la tête du classement à l’issue du test de fond. Comment avez-vous géré le concours, test après test ?

J’ai vraiment séparé les trois journées en m’attelant à faire du mieux possible à chaque épreuve. Je n’ai pas tellement pensé au classement mais plutôt à donner le meilleur de moi-même et tirer le maximum des capacités de mon cheval pour présenter des bonnes prestations. Il fallait surtout être très professionnel dans toute la gestion de ce qu’il y a autour: se conformer à l’état de forme du cheval et à son état d’esprit, manager le grooming pour garder un œil attentif sur mes chevaux pendant les épreuves, faire de bonnes reconnaissances en adaptant le parcours au cheval. Je connais tous les paramètres et pour faire le maximum je savais ce à quoi je devais penser. Good Size est un cheval qui a l’habitude de faire des bons dressages. J’étais confiant pour l’hippique car il est en constante progression sur ce test. Enfin, sur le cross, je me savais condamné au parcours parfait. 

Deux ans après sa dernière édition, celle de 2020 ayant été annulée en raison de l’épidémie de Covid-19, le CCI du Pouget a repris du service. Comment décririez-vous l’ambiance sur place ? Avez-vous noté une différence par rapport au cru 2019 ?

La météo n’y est surement pas étrangère mais j’ai remarqué qu’il y avait beaucoup plus de public samedi et dimanche par rapport aux autres années. Il y avait un peu plus de partants que l’édition précédente car une épreuve 1* a été ajoutée au programme. Cela a permis d’attirer davantage de cavalier amateurs et débutants au niveau international. C’est une bonne chose car l’ambiance était bonne et ce fut une grande fête tout du long. C’est un concours de qualité, je n’ai rien à redire sur l’organisation des épreuves qui se sont toutes très bien déroulées. Rafaël Mazoyer (directeur du domaine équestre des Trois fontaines, ndlr), du fait de son statut de cavalier international de concours complet, connaît les attentes des participants et sait organiser un concours. 



“C’est un cheval en constante progression qui ne cesse de gagner en assurance et en puissance”

Vous évoluez à haut niveau avec Good Size des Quatre Chênes depuis juin 2018 et vous venez de signer, ensemble votre plus belle performance. Quel est votre sentiment sur sa progression et voyez-vous en lui le potentiel d’un cheval de championnats ou de 5* ?

Je crois beaucoup en Good Size. En 2019, j’avais le choix entre deux chevaux de sept ans qualifiés pour les championnats du Monde. J’avais préféré miser sur lui car j’estimais qu’il avait besoin de cette épreuve pour gagner en maturité. Je voulais continuer de le découvrir. C’est un cheval en constante progression qui ne cesse de gagner en assurance et en puissance. Je ne sais pas s’il fera des championnats car je ne suis pas sélectionneur mais je pense que c’est un cheval qui devrait rapidement se stabiliser sur des performances de niveau 4*. S’il continue ainsi, je sais qu’il a suffisamment de vitesse et d’endurance pour passer le cran du dessus. 

À titre personnel il s’agit de votre première victoire en 4*. Que cela représente-t-il ? 

Enfin! Cette année nous avons loupé deux victoires, une au Grand National du Lion d’Angers et une au haras du Pin au mois d’août (le couple avait concédé 12,4 points à l’hippique dans le CCIO 4*-S et laissé la victoire à Gwendolen Fer, ndlr). Cette victoire s’est faite attendre et nous n’avons eu de cesse de travailler les derniers réglages pour y parvenir. La performance est aboutie et je n’ai pas le sentiment que cela soit dû au hasard. Il s’agit, certes, du résultat d’un travail en amont mais aussi et surtout d’une promesse tenue de sa part. Good Size nous a montré tant de bonnes choses ces dernières saisons que nous nous demandions quand la victoire allait arriver. J’accorde plus d’importance à la réalisation de la performance avec lui, en raison de ce que cela représente en termes de travail et d’investissement, personnel ou de la part de sa propriétaire. Plus qu’une victoire personnelle, ce succès est collectif et a plus de signification pour le couple que je forme avec Good Size que pour mon palmarès individuel. 

Une fois l’émotion passée, comment analysez-vous votre victoire ? Avez-vous décidé d’agir différemment lors de cette compétition ?

Je n’ai rien changé. J’ai effectué les réglages que je devais faire au préalable, en me basant sur l’expérience que j’avais avec lui. Je me suis servi des épreuves à côté desquelles nous sommes malheureusement passés pour nous améliorer, tant dans le travail quotidien que dans la gestion pendant les épreuves. Connaissant tous ces paramètres, je savais déjà ce que j’avais à faire. Une fois lancé sur les épreuves, j’ai déroulé mon plan d’action et cela a payé. 



“Aujourd’hui, ma priorité est d’étoffer mon piquet, d’améliorer ma technique et d’avoir de bons résultats”

Vous avez également remporté le CCI 3*-L avec Canzonetta des Isles (SF, Rinaldo des Isles x Elan de la Cour), une jument de neuf ans, sœur utérine de votre ancienne monture Tahina des Isles, et qui évolue sous votre selle depuis 2018. Vos objectifs avec elle sont-ils différents ? 

L’ambition avec Good Size, qui est un étalon, est d’être performant dans le sport. Dans l’immédiat, il n’y a pas de vocation commerciale avec lui, contrairement à Canzonetta. Elle m’est confiée depuis ses quatre ans dans un but de valorisation. Elle court aujourd’hui sous ma selle mais l’objectif est de la vendre. En attendant, je continue à la préparer pour l’emmener au plus haut niveau possible. 

Vous semblez pouvoir vous appuyer sur un solide piquet de jeunes chevaux. Pouvez-vous nous les présenter ?

La plus connue est Dame Decœur Tardonne (SF, Lando x Contender), une jument de huit ans qui a pris la cinquième du Mondial du Lion l’an passé et qui a démarré les Pro 1 et les 4* cette année. C’est une jument courageuse et pleine d’avenir, présentant beaucoup de qualités dans toutes les disciplines. Nous l’estimons énormément et je vais pouvoir compter sur elle pour les prochaines années. Caryotype Blanc, qui courrait aussi le 4* du Pouget, est également doté de nombreuses qualités. Il nécessite encore un peu de temps pour se révéler pleinement.  Chez les plus jeunes, j’aime beaucoup Haka du Lattay (SF, Cap Kennedy x Junior STV). C’est un cheval pour lequel j’ai beaucoup d’affection car, en plus d’avoir de nombreuses qualités, il est très gentil. Je peux également citer Hello Mylady Pamadau (SF, Mylord Carthago x Baloubet du Rouet), une jument qui a de très gros moyens, qui est très explosive et qui sera amenée à faire du haut niveau. 

Le CCI 4*-S du Pouget est traditionnellement synonyme de fin de saison. Quel bilan tirez-vous de l’année passée et quels sont vos objectifs pour celle qui s’ouvrira au printemps 2022 ?

Cette année était une année un peu bizarre. Nous avions bien commencé, avant d’être contraints au chômage technique pendant un mois et demi, juste après notre premier concours, en raison de l’épisode de rhinopneumonie. Ce coup d’arrêt, que nous n’avions pas vu arrivé, était catastrophique car il nous renvoyait au spectre de la Covid-19. En France nous avons eu la chance d’avoir des organisateurs qui ont déployé beaucoup d’efforts pour que nous ne soyons pas handicapés au niveau du calendrier et le circuit Grand national a, par exemple, été maintenu. Et comme si cela ne suffisait pas, j’ai été arrêté l’été dernier en raison de deux blessures successives. Cela a bouleversé mes plans et m’a empêché de faire ce qui était prévu avec mes chevaux. Heureusement, nous étions tous en pleine forme pour finir la saison et le Pouget était un réel objectif, surtout après ces petits pépins successifs.

Pour la saison prochaine rien n’est encore établit. Nous allons commencer par offrir du repos à tout le monde et profiter de vacances bien méritées. À partir de la fin décembre les chevaux reviendront dans un travail un peu plus consistant et nous attaquerons les stages fédéraux à la mi-janvier, comme nous le faisons traditionnellement. Nous établirons les plans pour la saison à ce moment-là. 

L’échéance des Jeux olympiques de Paris 2024 est-elle dans un coin de votre tête ? 

Évidement. Je pense que c’est le cas d’un peu tout le monde. Les Jeux auront lieu dans trois ans. Il peut se passer tellement de choses qu’il faut faire preuve de patience. En attendant, j’essaie de faire au mieux afin d’avoir un ou plusieurs chevaux qualifiés et compétitifs au moment venu. Pour l’instant, il est encore trop tôt pour me projeter.  Aujourd’hui, ma priorité est d’étoffer mon piquet, d’améliorer ma technique et d’avoir de bons résultats.

Comment se porte Tahina des Isles (SF, Sable Rose x Elan de la Cour), complice avec laquelle vous aviez pris la quatorzième place du mythique CCI 5*-L de Luhmühlen en 2018, et désormais retraitée depuis juillet 2019 ? 

Tahina va bien, elle profite de sa seconde vie et nous a produit une belle petite pouliche (par Zandor Z, ndlr),au mois de juin. Nous sommes ravis et chanceux de la voir en grande forme. La jument présente très peu de séquelle de son accident à Jardy (où elle avait été victime d’un choc sur la dernière combinaison du cross en 2019, ndlr), ce qui est un soulagement. Ce n’est un secret pour personne, j’ai toujours eu beaucoup d’affection pour cette jument et nous avons tous eu très peur pour sa santé après cet épisode dramatique.