Retour sur l’épopée genevoise de Rodrigo Pessoa et Baloubet du Rouet, victorieux du Top Ten Rolex IJRC en 2003 et 2005

Le 10 décembre à Genève, le Top Ten Rolex fêtera ses vingt ans… et sa vingtième édition! Cette compétition est née à Palexpo à l’initiative du Club des cavaliers internationaux de saut d’obstacles (IJRC) et des organisateurs du CHI de Genève, partageant la même passion pour le très grand sport. En 2003, après deux années de règne sur cette épreuve de prestige, l’Allemand Ludger Beerbaum a cédé son trône au Brésilien Rodrigo Pessoa, vainqueur sur son légendaire Baloubet du Rouet. Le couple récidivera en 2005.



En 2003 à Genève, pour sa troisième édition, le Top Ten Rolex IJRC fait déjà partie des épreuves d’exception du calendrier équestre. Honorés et présentés comme des stars en amont de la compétition, les dix meilleurs mondiaux se prêtent à une parade, devenue une tradition au cœur de la superbe enceinte de Palexpo. Le Suisse Markus Fuchs, qui domine alors le classement mondial, fait figure de favori à la victoire. L’Allemand Ludger Beerbaum, double tenant du titre, ne fait pas office de figurant, ni les huit autres compétiteurs: ses compatriotes Lars Nieberg, Marcus Ehning et Otto Becker, médaillés d’or avec la Mannschaft aux Jeux olympiques de Sydney en 2000, le Brésilien Rodrigo Pessoa, déjà triple vainqueur de la finale de la Coupe du monde en 1998, 1999 et 2000, le Belge Jos Lansink, accompagnés de trois néophytes de cette compétition: l’Américaine Beezie Madden, la Suédoise Malin Baryard-Johnsson et le Britannique Robert Smith. En bref, l’épreuve, disputée en deux manches, s'annonce une nouvelle fois palpitante.

Ouvreur du premier acte, Robert Smith signe un sans-faute impeccable avec Kalusha. À sa suite, les deux amazones en lice, Malin et Beezie, ne laissent échapper qu’une faute chacune avec les excellents H&M Butterfly Flip et Authentic. Rodrigo et Otto n’effleurent pas le moindre obstacle avec Baloubet du Rouet et Lando, médaillé d’argent aux Jeux olympiques de Sydney sous la selle du Néerlandais Albert Voorn. Alors que Jos pèche dès le troisième élément du parcours avec Caridor Z, Lars et Marcus “survolent” à leur tour ce premier parcours avec Lucie et For Pleasure. Une foulée de trop empêche Ludger de rejoindre le club des sans-faute avec Goldfever III, victorieux de l’édition inaugurale de 2001.

Markus Fuchs entre alors en piste avec le brassard de meilleur cavalier du monde. “Un exploit qui lui vaut un accueil triomphal. Tinka’s Boy affiche une forme éclatante et son cavalier une motivation décuplée. Le sans-faute semble à portée de main”, écrit notre consœur Jocelyne Alligier dans les colonnes de L’Éperon. “Quand tout à coup, à la suite de l’impressionnant saut de son étalon sur l’oxer 9, le Suisse lève sa casquette. L’incompréhension laisse place à la consternation puis à la compassion. Markus quitte la piste, tordu de douleur, les larmes aux yeux. Sa déception est énorme. Le public est sous le choc! ‘C'est comme si un couteau m'avait transpercé’, confie-t-il en sortie de piste, avant de filer à l'hôpital.



Une seconde manche pleine de suspense

Sanctionné d’une faute en première manche, Ludger remet les points sur les “I” est avale les difficultés à toute vitesse, sans trembler. Le double vainqueur du Top Ten doit toutefois se contenter du quatrième rang avec son indémodable Goldfever. Malin, septième, et Jos, huitième, concèdent de nouveau une faute sur ce second parcours, qui voit Beezie sortir de piste avec huit points, synonymes de neuvième place. “Épatant de maîtrise et de fixité, l’étoile montante de l’équitation germanique, Marcus Ehning, en selle sur le fringant doyen de l’épreuve, For Pleasure, dix-sept ans, part tambour battant et tourne très court devant le mur. Une option risquée qui lui vaut le meilleur temps de l’épreuve, mais aussi une faute”, résume L’Éperon. Le mythique couple termine troisième. 

La victoire se joue donc entre Lars, Otto, Rodrigo et Robert. Deux Allemands contre un Brésilien et un Britannique. Sage, le premier Germanique joue placé avec Lucie, alors âgée de dix ans. Après deux parcours vierges de toute pénalité, les deux complices prennent la tête de l’épreuve. Plus vaillant, Otto tente sa chance mais renverse sur son passage l’oxer 3 et termine cinquième. Fidèle à sa réputation, Rodrigo donne tout. Avec son inséparable Baloubet, le Brésilien donne l’impression que les difficultés n’existent pas. Sans complexe, les deux complices mettent près de dix secondes dans la vue de Lars. “Le couple des grandes occasions, le couple des trois victoires de Coupe du monde”, commente alors le speaker de l’épreuve. Robert Smith, dixième mondial, ne peut rien faire. Poussé dans ses retranchements, l’Anglais commet deux fautes et termine sixième, derrière quatre Allemands et un Brésilien. “Une telle épreuve est vraiment significative dans un palmarès”, commente alors l’heureux lauréat.

Revivez la première victoire de Rodrigo Pessoa et Baloubet du Rouet dans le Top Ten Rolex IJRC



Deux ans plus tard, ils remettent le couvert!

En 2004, Rodrigo n’a pas manqué le rendez-vous genevois. Auréolé du titre de champion olympique, acquis durant l’été à Athènes, le Brésilien choisit Carlot pour défendre son titre, préservant son singulier alezan pour courir – et remporter – le Grand Prix dominical, alors étape de la Coupe du monde. Bien décidés à doubler la mise dans le Top Ten, les deux complices reviennent encore plus fort en 2005. Alors âgé de seize ans, le fils de Galoubet A n’a rien perdu de sa superbe et s’extirpe sans mal des deux manches, grillant la priorité à l’Allemand Marcus Ehning. Alors numéro un mondial, le cavalier au style impeccable est pénalisé d’un point en première manche avec sa grise Gitania. “Pas de mésaventure pour Baloubet, impérial du haut de ses seize ans. L’alezan complète sa collection de victoires et redonne à son cavalier le titre acquis en 2003 et manqué de peu en 2004, grâce au seul double sans-faute”, résume alors Jocelyne Alligier.

Fidèle au rendez-vous, Markus Fuchs se classe cette année-là le troisième rang avec Granie, avec une faute commise au second round. “J’ai l’impression qu’elle n’a pas sauté assez haut”, sourit alors le Saint-Gallois en sortie de piste. Le Néerlandais Gerco Schröder, alors en selle sur Monaco, doit se contenter d’une place au pied du podium. Les plus nombreux dans cette épreuve, comme souvent, les Allemands Christian Ahlmann, Meredith Michaels-Beerbaum, Ludger Beerbaum et Marco Kutscher se classent respectivement cinq, six, huit et dixième sur Lorenzo, Shutterfly, Enorm et Montender. Aux sept et neuvième rangs, on retrouve le Suédois Rolf-Göran Bengtsson et l’Irlandaise Jessica Kürten en compagnie de MacKinley et Libertina.

Toutes les victoires sont importantes, mais gagner une finale du Top Ten, c’est gagner devant les meilleurs”, se réjouit alors Rodrigo dans les colonnes de La Tribune de Genève. Si en plus c’est dans un endroit qu’on apprécie, c’est vraiment la totale.” Puis, d’ajouter, questionné par Sophie Deller et Roger Jaunin dans les pages sports du quotidien Le Matin quant à un éventuel secret pouvant expliquer ses multiples succès: “Disposer du meilleur cheval du monde. C’est le rêve de tous les cavaliers, moi… je l’ai !

Du 9 au 12 décembre, le CHI de Genève fête également sa soixantième édition. Réservez vos places ici.