Le roi Martin conserve sa couronne genevoise sur l’acrobate Leone

Martin Fuchs a remporté le Grand Prix Rolex de Genève pour la deuxième fois consécutive, cet après-midi à Palexpo. Juché sur l’atypique et généreux Leone JEI, déjà médaillé d’or par équipes et d’argent en individuel aux championnats d’Europe de Riesenbeck, le Suisse a comblé de joie son public. Il a partagé les honneurs du podium avec le Néerlandais Harrie Smolders et l’Autrichien Max Kühner, associés à Monaco et Elektric Blue P. Meilleur Français, Olivier Robert s’est classé neuvième avec Vivaldi des Meneaux.



Dans l’histoire récente, aucun cavalier n’était parvenu à gagner deux fois de suite le prestigieux Grand Prix Rolex du CHI de Genève. Seuls l’Espagnol Francisco Goyoaga, vainqueur en 1955 avec Toscanella et 57 avec Fahnenkönig, et l’Italien Raimondo d’Inzeo, en 69 sur Bellevue et 71 sur Fiorello, à une époque où le rendez-vous suisse était biennal, avaient réussi cette prouesse. C’est dire la portée de l’exploit accompli par Martin Fuchs cet après-midi à Palexpo, où il a enivré de plaisir le public de l’immense arène romande – “SON” public, même si Steve Guerdat restera le premier chouchou des tribunes, proximité linguistique oblige.

Certes, le concours n’a pas eu lieu en 2020, année où le sport a dû se mettre en pause en raison de la pandémie de Covid-19, mais la victoire de l’héritier prodige de la dynastie Fuchs n’en est pas moins faste. En 2019, il s’était adjugé l’étape helvétique du Grand Chelem Rolex avec Clooney 51, son phénoménal gris, sacré champion d’Europe quelques mois plus tôt à Rotterdam. Cette fois, il a triomphé en selle sur Leone JEI, gris de robe également, aussi puissant et généreux mais au style plus atypique, qui lui avait offert l’or par équipes et l’argent individuel aux championnats d’Europe Longines de Riesenbeck, en septembre. Vainqueur entre-temps du Grand Prix Coupe du monde Longines de Lyon, pour la deuxième fois consécutive là-bas aussi, avec Chaplin, celui qui fêtera ses trente ans en 2022 ne finira peut-être pas l’année avec le brassard de numéro un mondial, comme en 2019, mais il pourra savourer son extraordinaire régularité.

En conférence de presse, les organisateurs, la directrice générale Sophie Mottu Morel en tête, ont salué sa victoire comme un fabuleux cadeau ponctuant la soixantième édition du CHIG, qui a réuni pas moins de 41.000 spectateurs. Martin, lui, n’a pas manqué de saluer tous ceux qui ont œuvré “avec le cœur” à remettre sur pied ce fabuleux événement, “une grande famille dont je me considère comme l’un des membres”. Classe. Il visait une victoire dans le Top Ten Rolex IJRC… dont il a pris la dixième et dernière place vendredi avec Chaplin. Une fois sa déception digérée, le Zurichois s’est concentré sur la défense de son titre dans le Grand Prix. “Hier, j’ai effectué un bon parcours de travail avec Leone dans l’épreuve des combinaisons. Aujourd’hui, j’ai trouvé que le parcours de Gérard Lachat et Louis Konickx était non seulement adapté à mon cheval, mais aussi que c’était le meilleur depuis que Gérard travaille ici. Et le barrage s’est avéré idéal pour les grandes foulées de Leone!”



Impeccables Harrie Smolders et Monaco

Doté d’1 million de francs suisses, soit à peu près autant en euros, ce Grand Prix s’est avéré très sélectif. Il faut dire que le menu était copieux, avec notamment un triple vertical-vertical-oxer en 4, un double oxer-vertical sur bidets en 7, un terrible double oxer-vertical en 13, et pas moins de quatre verticaux cotés à 1,60m et plus! Quatorze obstacles et dix-huit efforts à surmonter en soixante-dix-neuf secondes – un temps parfaitement ajusté. Il a fallu attendre le passage du vingt-quatrième couple pour applaudir le premier des six sans-faute. Pour les Bleus, le défi s’est avéré trop ambitieux. Julien Gonin, désigné ouvreur, a ainsi renversé les verticaux 4a et 10, non sans montrer de bonnes choses avec Valou du Lys. Roger-Yves Bost a arrêté les frais dès le vertical 5 après une faute sur le 4a avec le brillant mais très sensible Cassius Clay VDV. Edward Levy a signé un début de parcours parfait avec Rebeca LS, classée dans la qualificative de jeudi, avant que la généreuse baie ne renverse le 10 puis l’oxer 13a, le plus fautif de tous. Battu seulement sur l’oxer 12, Olivier Robert a été le meilleur avec un Vivaldi des Meneaux au niveau de l’enjeu, et finalement neuvième. Comme Bosty, Kevin Staut a abandonné avec Visconti du Telman, qui a fortement pédalé dans l’oxer 7a. Enfin, Nicolas Delmotte et Ilex VP, les meilleurs jeudi pour la France, ont encaissé neuf points, péchant des postérieurs sur l’oxer 6, puis le 7a.

Au barrage, Darragh Kenny a correctement ouvert les hostilités avec VDL Cartello, assurant un sans-faute assez rapide, qui a offert la quatrième place finale à l’Irlandais. Retirant une foulée entre les deux premiers obstacles, Martin Fuchs est parti tambour battant, tandis que Leone JEI a offert une démonstration de force et de vitesse. À l’arrivée, le Suisse a abaissé le temps de référence de deux secondes. A priori, seuls Kent Farrington et Gazelle ter Elzen pouvaient encore faire mieux, et ils se sont effectivement montrés plus rapides, mais l’Américain n’a pu empêcher une faute de sa prodigieuse baie sur l’oxer final, terminant cinquième. L’Autrichien Max Kühner et Elektric Blue P ont signé un double sans-faute tout en fluidité, mais moins rapide de sept dixièmes de seconde, finissant troisièmes. Deux fautes, sur le vertical 15 et l’oxer 13, pour l’Américaine Laura Kraut et Baloutinue, encore en quête d’harmonie dans cet exercice de vitesse, et sixièmes. Enfin, Harrie Smolders a tout tenté, et il a bien fait, puisque Monaco, aussi impeccable qu’au tour initial, a produit un double sans-faute moins rapide de vingt-trois centièmes seulement, terminant à une deuxième place amplement méritée. Comme la victoire de Martin – on l’aura compris!

Les résultats
Le parcours