“Aujourd’hui tout va bien et j’ai hâte de retourner en entraînement sur le cross”, Héloïse Le Guern

Deux mois après leur impressionnante chute sur le cross au Mondial du Lion d’Angers, Héloïse Le Guern et sa jument Carentina d’Orvaux vont bien et la vie normale a repris son court au poney-club des 3 rivières. L’amazone de vingt-trois ans est aujourd’hui heureuse de pouvoir remonter ses chevaux et d’avoir repris le travail. L’accident n’aura laissé aucune trace de son passage et l’Érimûroise, championne d’Europe poneys par équipes en 2014, a d’ores et déjà les yeux rivés sur la saison 2022. 



Vous avez été victime d’une impressionnante chute sur le cross au Mondial du Lion d’Angers le 23 octobre dernier. Comment vous et Carentina d’Orvaux (ZANG, Cantucky x Esterel des Bois) allez-vous?
Je vais très bien, j’ai tout récupéré. Je retravaille comme avant et remonte à cheval normalement. Pour Carentina, la récupération s’est faite assez vite car dès son retour au pré, quelques jours après l’accident, elle enchaînait les ruades. Mes proches m’ont envoyé ces vidéos quand j’étais à l’hôpital et c’était sympa car je voyais que pour elle tout allait bien. Carentina a tout de même vu mon frère qui est ostéopathe pour vérifier qu’il n’y avait pas des soucis invisibles à traiter. Il n’y avait rien d’alarmant non plus à ce niveau-là, juste des petites contractures. Finalement, nous nous en sommes bien sorties.

Pendant votre rééducation quel a été le programme de vos journées? En avez-vous profité pour vous concentrer sur d’autres pans de votre activité?
Au tout début, je ne faisais vraiment rien. C’était un peu ennuyeux mais j’ai pu voir quelques amis. Je sortais une heure faire un tour aux écuries pour voir les poulains et prendre l’air, mais de toute façon, je fatiguais très vite au début. Après, petit à petit j’ai repris la vie normale mais sans effort physique et en faisant attention à ne pas porter de charge. J’ai suivi des séances de kinésithérapie pour me remettre du pneumothorax et pour la remise en route des muscles. Les semaines qui ont suivi, je ne montais pas à cheval mais je pouvais bouger un peu plus et aller m’occuper de mes chevaux. J’ai revu mon chirurgien un mois après l’accident, elle m’a donné le feu vert et c’était bon.
Habituellement nous consacrons moins de temps aux poulinières et aux jeunes, nous allons juste faire les soins et les nourrir. Là j’ai pu passer plus de temps auprès d’eux, m’en occuper et manipuler les jeunes, enfin les plus mignons pour ne pas prendre de risque. J’ai aussi pu consacrer plus de temps à ma recherche de nouveaux chevaux pour la suite, même si elle n’a pas abouti à grand-chose pour l’instant. J’ai également pu passer plus de temps avec mes proches, ce qui était vraiment sympa car d’ordinaire mes journées sont bien chargées et il est toujours difficiles d’entretenir les relations.

Monter à cheval vous a-t-il manqué? Avez-vous suivi le sport dans les médias et sur les réseaux sociaux ces derniers mois? Un résultat sportif vous a-t-il marquée ou réjouie?
Un mois d’arrêt, c’est long! Je n’avais jamais arrêté de monter à cheval aussi longtemps et cela m’a fait un bien fou de reprendre. J’ai suivi quelques compétitions pour me tenir au courant, notamment Le Mans. J’étais très heureuse pour mon amie Julie Simonet qui a bien fini sa saison entre le 4* du Pouget et Le Mans. Elle signe deux belles performances ce qui est très impressionnant à son âge. 

Vous semblez avoir remis le pied à l’étrier récemment et avez même pu enchaîner un parcours de saut d’obstacles avec votre ponette Harqana de Beausse (PFS, Voici Derlenn Tilia x Kantje’s Ronaldo). Comment s’est passé votre retour à cheval? Avez-vous des séquelles, physiques ou psychologiques?
Ce weekend, avec ma petite ponette orientée jumping de quatre ans que j’ai acheté après le confinement dans un but de commercialisation, j’ai pu enchaîner un parcours. J’ai repris avec elle car cela se présentait, il y avait une épreuve à côté de chez nous et nous y allions avec les enfants du poney-club au sein duquel je travaille. Il restait une place dans le camion alors j’ai engagé un parcours avec elle. C’était chouette, tout petit, sans la pression des chevaux plus aguerris mais cela fait toujours du bien.
À peine sortie du rendez-vous avec le chirurgien, le 25 novembre, je suis allée monter mes chevaux tout de suite. Ils étaient très mignons même après un mois de repos et m’ont ménagée. Ce repos forcé n’est pas trop mal tombé, ce n’était pas en plein milieu de saison mais pendant la période tranquille. Côté physique et mental, je n’ai aucune séquelle, même quand j’ai resauté avec Carentina à la maison il n’y a eu aucun problème. De son côté à elle, c’est exactement pareil. Elle est de nature froide et courageuse sans jamais se poser de question et pour l’instant je ne ressens toujours aucune hésitation, même après ce qui nous est arrivé. Je n’ai pas encore refait de cross, alors ça peut être différent mais je ne pense pas. Là je me sens bien et j’ai hâte de retourner faire des entraînements de cross. 

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Héloïse Le Guern et Carentina d'Orvaux au Mondial du Lion d'Angers

© Jade Delavigne



“J’espère aussi me qualifier pour les prochaines grandes échéances”, Héloïse Le Guern

Votre piquet de chevaux a-t-il évolué? 
Mon piquet n’a pas tellement changé. J’ai toujours Carentina qui va avoir huit ans et Canakine (du Sudre Z, ZANG, Felton du Mont*Charles de Gaul x Duc du Murier) qui va avoir douze ans. Il est plus expérimenté, j’ai fait ma première saison de Pro Élite avec lui cette année. La saison passée, nous avons participé à un 4* lors duquel nous avons fini troisièmes (à Barroca d’Alva, au Portugal, en décembre 2020). Maintenant que je suis qualifiée et que j’ai un cheval qui s’y prête, j’y vais. Concernant l’évolution de mon piquet, j’ai fait des essais et j’en ai encore quelques-uns à voir, des jeunes plutôt pour former la relève. Mais pour l’instant, toujours rien. 

Ce dernier a-t-il vocation à s’élargir d’ici prochainement?
Mon but est d’essayer de prévoir la suite, car je peux vite me retrouver à pied avec seulement deux chevaux. Pour continuer à évoluer dans ma pratique et progresser, je dois monter plusieurs chevaux différents, jeunes et plus âgés. Cela me permettrait également de de trouver des propriétaires prêts à s’investir dans le travail et l’évolution de leur cheval. J’ai la chance de travailler au centre équestre avec ma mère (3 rivières équitation, dont la gestion familiale remonte à 1968, ndlr) donc je côtoie beaucoup d’élèves et des propriétaires amateurs afin de les aider à avancer, mais ça n’est pas le même travail car je n’ai pas vocation à sortir en compétition avec ces chevaux-là. C’est pourquoi j’aimerais retrouver des jeunes chevaux pour les travailler à la maison et voir mes efforts se concrétiser le weekend en compétition. 

Quand ferez-vous votre retour sur les terrains de concours?
Je devrais normalement reprendre avec Canakine au cross indoor de Saumur pendant les Journées du complet le 22 janvier.

Quels seront vos objectifs pour l’année prochaine? 
Avec Canakine, j’aimerais bien passer le cap 4* en format long et me classer en Pro Élite. J’espère aussi me qualifier pour les prochaines grandes échéances des années à venir. Avec Carentina, je vais voir jusqu’où elle peut aller et commencer la saison en recourant un 3*. En fonction de cela, je verrai si en fin d’année elle est capable de commencer les 4* ou s’il faut attendre un peu. Elle ne montre pas toutes ses qualités d’un coup car elle n’est pas très démonstrative, mais finalement, quand nous l’engageons dans le niveau supérieur – à part pour le Mondial (rires) – elle s’en sort toujours bien. Elle nous épate un peu plus à chaque fois donc nous verrons la suite.