Ioli Mytilineou, la révélation de l'année 2021

Durant la période des fêtes, GRANDPRIX revient sur les événements, les faits, les femmes, les hommes et les équidés qui ont marqué 2021. Aux championnats d’Europe de Riesenbeck, la Grecque Ioli Mytilineou est apparue comme la révélation de l’année aux rênes de son incomparable Levis de Muze, avec lequel elle a terminé au douzième rang pour sa première échéance européenne Seniors.



Née le 29 juillet 1997 en Grèce, où elle a grandi jusqu’à ses dix-neuf ans, Ioli est issue d’une famille très impliquée dans le monde du cheval et est donc tombée dans la marmite dès son plus jeune âge. “J’ai commencé à monter dans une école d’équitation avec des amis. En Grèce, tout le monde pratique l’équitation pour s’amuser et il s’agit davantage d’une activité sociale que d’un sport. J’ai grandi en montant un poney, Springer, que je partageais avec ma sœur et des amis, puis mes parents ont investi au fur et à mesure que je grandissais. Il n’y avait pas d’épreuves Poneys en Grèce, donc je devais concourir avec mes poneys dans les épreuves pour chevaux! C’était un challenge”, raconte l’amazone. Entre 2010 et 2017, Ioli est de tous les championnats d’Europe Jeunes et s’élance aux championnats des Balkans à trois reprises, dont elle revient à chaque fois avec l’or par équipes, ainsi que le bronze individuel en 2012 et l’or en 2013 avec Ascot 76 (DSP, Askari x Gutachter).

Le haut niveau ne lui est par ailleurs pas vraiment étranger, puisque jusqu’à fin 2018, sa mère a été la propriétaire de l’exceptionnelle et regrettée Bianca (SWB, Balou du Rouet x Cardento), qui a offert le bronze individuel à Steve Guerdat aux Jeux Équestres Mondiaux de Tryon. “Je l’ai montée une fois sur le plat, en Grèce, lorsqu’elle avait sept ou huit ans, pas longtemps avant que Steve ne la récupère, se remémore la jeune femme. C’était une véritable jument! (Rires) Lorsqu’on lui demandait quelque chose, elle le faisait, mais cela pouvait prendre dix minutes le temps qu’elle se décide. Elle était spéciale et ce qui est arrivé m’a brisé le coeur pour Steve (début juin, la baie a brusquement succombé à une tumeur au cerveau, ndlr). C’est quelque chose que personne n’aurait pu voir venir. Bianca était exceptionnelle. Elle faisait partie de ces chevaux que tout le monde adore.”



La découverte de Levis de Muze

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La mère d'Ioli a notamment été propriétaire de la regrettée Bianca.

© Scoopdyga

À l’automne 2017, après une brève expérience à l’université, la Grecque décide de faire de l’équitation son métier et s’installe en Belgique. “En arrivant [là-bas], j’étais intimidée car je ne connaissais personne. Je me suis intégrée au sport en grande partie en m’installant dans les écuries d’Abdel Saïd, car le fait d’être entraîné par quelqu’un de ce niveau permet de rencontrer de nouvelles personnes. Désormais, je ne voudrais être nulle part ailleurs qu’en Belgique. Cela a pris du temps pour me sentir chez moi, mais je me suis fait beaucoup de très bons amis, que j’aime et en qui j’ai confiance“, se réjouit-elle. Elle sollicite en 2018 les conseils de l’entraîneur américain Sean Crooks, installé à Maastricht, qui l’accompagne toujours aujourd’hui. “Elle est venue vers moi grâce au bouche-à-oreille. Elle courait alors des Grands Prix 2*. Elle était déjà bonne cavalière, mais je pense qu’elle avait besoin d’être poussée dans la bonne direction. Elle voulait améliorer les bases et je suis un entraîneur qui se concentre sur des choses simples. Elle avait simplement besoin d’ajuster quelques détails. Cela demande beaucoup de patience et d’humilité, ce dont elle a fait preuve au fil des hauts et les bas, en restant concentrée sur son objectif”, se souvient celui qui a évolué jusqu’en CSI 5* sur le continent américain. La même année, Ioli croise la route d’un phénomène en devenir: Levis de Muze (BWP, Elvis Ter Putte x Tinka’s Boy).

“Trouver Levis a quelque part été un coup de chance. Je l’ai repéré sur son tout dernier parcours d’une tournée de six semaines au Sunshine Tour (au début de l’année 2018, ndlr). Je me suis demandé comment personne n’avait vu ce cheval avant moi, alors que c’est un lieu rempli de marchands et de cavaliers en quête de chevaux. C’était fou! Je me suis dit qu’il devait il y avoir quelque chose qui clochait, raconte l’amazone. Nous sommes allées voir le propriétaire, qui nous a dit qu’un essai était déjà prévu. J’ai immédiatement dit à ma mère que la première personne qui s’assiérait sur son dos l’achèterait.” Mais la chance sourit à la Grecque! “L’essai a été annulé. Lorsque le cavalier m’a appelée pour me prévenir, je pensais qu’il me faisait une blague. En plus, je ne cherchais pas particulièrement un cheval à l’époque.” La Grecque repart donc d’Espagne avec le fils d’Héroïne de Muze, qui a rejoint la famille Mytilineou il y a peu.



La révélation des championnats d’Europe

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C'est à Wellington, cet hiver, que Levis de Muze a commencé à faire parler de lui sous la selle de sa cavalière.

© Sportfot

C’est avec cet étalon que Ioli Mytilineou a ébloui son monde début septembre, lors des championnats d’Europe FEI Longines de Riesenbeck. Le couple avait déjà été remarqué en réalisant deux doubles sans-faute en Grands Prix CSI 4* à 1,60m à Wellington en début d’année, puis de nouveau deux parcours parfaits synonymes de septième place dans le Grand Prix CSIO 5* de Rotterdam, mais il révèle tout son talent à l’occasion de cette échéance européenne. D’abord vingt-deuxième de la Chasse, la paire ne touche pas une barre durant les trois manches suivantes, faisant montre d’une symbiose remarquable et remarquée face à des parcours d’un niveau qu’elle n’avait encore jamais affronté, et aborde donc le second acte de la finale individuelle au troisième rang. Lors de celle-ci, la Grecque et son fils d’Elvis Ter Putte connaissent une incompréhension à l’entrée du triple très clair placé près de la porte, après laquelle la cavalière préfère épargner la suite du parcours à son complice. Tous deux finissent finalement à la douzième place de ces championnats, ce qui ne les empêche pas de récolter les compliments du Kaiser du saut d’obstacles, Ludger Beerbaum, hôte de l’événement dans ses installations de Riesenbeck. “J’ai vraiment admiré ce couple pendant toute la semaine, s’est exprimé le multimédaillé allemande après le dernier acte de ces Européens. Ioli nous a montré comment une relation de confiance entre le cavalier et le cheval peut rendre un parcours très délicat aussi facile. Je suis absolument sûr que nous reverrons ce couple à l’avenir dans les plus grandes épreuves, et probablement un jour sur un podium.” “C’est fou… Le seul fait qu’un cavalier comme Ludger Beerbaum regarde mes parcours est à peine croyable! (Rires), a réagi Ioli après cette belle déclaration. Il a vu tant de cavaliers et de chevaux dans sa carrière que le fait qu’il dise cela à mon sujet est dingue. Après mon deuxième parcours, il est venu me voir et m’a dit que c’était impeccable. Sean (Crooks, entraîneur de la Grecque, ndlr) m’en a parlé pendant trois jours car il n’en revenait pas! Lorsque Ludger tient de tels propos, on sait qu’on a réussi quelque chose de bien, d’autant que je ne suis pas sûre qu’il dise des mots pareils tous les jours. Ces championnats ont été surréalistes pour moi. C’était presque comme dans un rêve! Même d’autres cavaliers voulaient me voir sur le podium, ce qui n’est pas très commun.”

Également victorieuse dans le Grand Prix CSI 3* des Longines Deauville Classic cet été aux rênes de La Perla vd Heffinck (BWP, Cooper van de Heffinck x Contact van de Heffinck), Ioli Mytilineou a conclu sa saison 2021 en participant à deux compétitions de haut vol. Elle s’est d’abord rendue à Vérone, où elle a bouclé sa toute première étape européenne de la Coupe du monde avec quatre points seulement. Après être passée par Stockholm, où elle s’est classée dans le Top 10 de cinq épreuves du CSI 4* aux rênes de son Levis et de L’Artiste de Toxandra (BWP, Toulon x Kashmir van Schuttershof), la Grecque a pris part pour la première fois au mythique CHI de Genève. Dans le mythique hall suisse, l’athlète, loin de céder face à la pression, a réalisé de belles performances. Aux rênes de son fils de Toulon, elle s’est ainsi classée onzième de la première épreuve à 1,60m du concours, qualificative pour le Grand Prix dominical, qu’elle a disputé avec son exceptionnel fils d’Elvis Ter Putte. S’il a semblé se jouer de la plupart des difficultés, celui-ci a laissé une barre à terre et écopé d’un point de temps, qui ont finalement relégué le couple à une dix-huitième place tout de même prometteuse pour l’avenir, qui semble radieux pour la jeune Grecque.