“J’espère que tous mes efforts porteront leurs fruits en 2022”, Emeric George

Comme de nombreux Français, Emeric George a contracté le Covid lors des fêtes de fin d’année, et fort heureusement, le Picard et ses proches n’ont pas été atteints par une forme grave. Hier, au terme de sa journée d’entrainement, le cavalier de l’équipe de France de trente-deux ans a accepté de faire le point sur sa saison 2021, d’évoquer le départ de Thierry Pomel, les transferts au sein de ses écuries, ses ambitions pour 2022, et bien d’autres sujets d’actualité. 



Comment allez-vous en ce début d’année ? 

Comme beaucoup de Français, j’ai fêté Noël en famille, et j’ai eu la chance de le célébrer à la montagne. Dans chaque famille, il y a des antivaxs, et l’un de mes beaux-frères par alliance en fait partie. Il était contaminé sans le savoir et a eu des symptômes un peu après notre rassemblement. Toute la famille a donc le Covid, mais nous nous en sortons avec un bon rhume et une forme assez bénigne. 

Quel bilan et enseignements tirez-vous de l’année 2021 ? 

2021 a débuté avec la rhinopneumonie, ce qui m’a privé de tournée en début de saison. Je devais partir au Sunshine Tour mais tout a été fermé la veille du départ. Cela a un peu contrarié mes plans, d’autant que je comptais à ce moment pas mal de nouveaux chevaux et certains en formation. Ce début de saison tronqué ne m’a pas facilité la tâche mais je dirais que les choses se sont ensuite mises en route petit à petit. Chopin (des Hayettes, SBS, Radco d’Houtveld x Nimmerdor) est revenu plus vite que ce que nous espérions à un bon niveau, ce qui m’a permis de concourir au CSIO 5* de La Baule, au CSI 5* de Dinard ou encore le CSI 5* de Grimaud. 2021 a pour moi vraiment été une année de transition et de relance car Chopin s’était blessé assez sérieusement fin 2019 et avait connu une année 2020 blanche. J’avais à cette époque beaucoup de jeunes chevaux de sept ans, qui ont eu huit ans l’an passé. Ils ont bien évolué et certains ont été vendus, comme Dinali Lerchenberg (SF, Chacco Blue x Cento), qui est partie chez Roger-Yves Bost. 2020 a été une saison assez creuse, mais c’était l’année ou jamais. J’ai donc dû relancer la machine lors des douze derniers mois. Le vrai motif de satisfaction est que je suis monté quatre fois sur le podium du Grand National avec quatre chevaux différents. Six ou sept chevaux ont été performants sur des barres à 1,50m. Je dirais qu’il m’a manqué la locomotive pour performer en CSI 5*, Chopin n’ayant pas tout à fait retrouvé son niveau de 2019, comme lorsqu’il s’était classé dans la Coupe du monde de Bordeaux par exemple. Je me suis beaucoup appuyé sur le circuit du Grand National, qui est pour moi le meilleur outil de formation, en profitant aussi du retour de Chopin, de la progression de Calisco (de Terlong, SF, Mylord Carthago x Jalisco B) puis de l’arrivée de Diesel (GP du Bois Madame, SBS, Cassius x Heartbreaker) pour être sélectionné en CSI 4* et 5*. Les chevaux de huit ans ont bien évolué au cours de la saison, il m’a simplement manqué une locomotive et un peu de réussite, car j’ai connu beaucoup de bons parcours à quatre points dans des Grands Prix CSI 4*, notamment à Grimaud et Valence. Il ne manquait pas grand-chose et l’année aurait pu être un peu différente si j’avais eu ce brin de chance. 

Quels sont vos objectifs cet hiver et quand pensez-vous reprendre la compétition ? 

2021 ayant été assez dense, mon année s’étant conclue début décembre avec la finale du Grand National. L’hiver est assez tranquille, j’ai deux mois et demi de pause, et comme évoqué en préambule, le Covid a freiné pas mal d’organisateurs de concours indoor. Par ailleurs, même si je compte de plus en plus de chevaux capables de sauter haut, je n’ai pas encore le piquet et le niveau pour affronter un circuit comme celui de la Coupe du monde. Hormis cette série, janvier et février sont des mois assez calmes. Je dois dire que j’aime bien avoir un hiver un peu plus calme, rester aux écuries ne me dérange pas à condition de bien travailler. Cela me permet de faire avancer les jeunes chevaux et ceux qui doivent encore s’aguerrir, de faire souffler les chevaux d’expérience qui ne peuvent raisonnablement pas sauter à haut niveau une année complète. L’ambiance est donc assez studieuse et cela me permet aussi de passer un peu de temps avec ma famille (rires). Après cette pause, je devrais passer tout le mois de mars au Sunshine Tour, une tournée que j’aime beaucoup car on y trouve une qualité et une diversité de pistes en herbe assez exceptionnels. Je pense que les infrastructures sont assez uniques en Europe.



“Je pense que Thierry Pomel a connu une année éprouvante”

Y a-t-il eu des transferts dans vos écuries cet hiver ?

Deux juments du haras Treize, dont Dinali Lerchenberg qui a été rachetée en partie par les écuries Bost, sont parties. Cocaïne Treize (SF, Baloubet du Rouet x Mr Blue) est quant à elle retournée au haras Treize pour des raisons de restructuration. Celle-ci avait gagné quelques épreuves intermédiaires de vitesse. J’ai par ailleurs un nouveau cheval de huit ans, Design du Mas Garnier (SF, Mozart des Hayettes x Quincy), qui appartient à Mehdi Benbiga, un jeune professionnel qui concourt sous couleurs marocaines. C’est la première fois que je monte le cheval d’un autre professionnel. Il est arrivé il y a deux mois et a conclu sa saison en remportant un Grand Prix à 1,40m à Villers-Vicomte. Je pense qu’il pourra atteindre le niveau 1,50m dans l’année et il devrait être commercialisé dans les mois à venir. J’ai aussi une nouvelle propriétaire qui est arrivée avec deux jeunes chevaux, dont un de six ans que j’ai fait confier à Selim Ouertani car je ne peux pas participer au circuit des Jeunes Chevaux. 

Comment avez-vous réagi au départ de Thierry Pomel du poste de sélectionneur de l’équipe de France de saut d’obstacles ? 

Thierry m’avait informé de son départ avant que cela ne soit annoncé, je n’ai donc pas été surpris. Lorsque cela a été officialisé, je lui ai passé un coup de fil amical car Thierry est un sélectionneur que j’ai apprécié. Je n’ai pas toujours été d’accord avec lui mais j’ai toujours respecté ses choix. Je pense qu’il a fait de son mieux et essayé de donner une chance à tout le monde. J’ai le sentiment qu’il m’a donné certaines opportunités lorsqu’il a pu le faire. J’étais content de monter sous ses ordres. Je pense qu’il a connu une année éprouvante avec deux championnats d’envergure (les Jeux olympiques et les championnats d’Europe, ndlr). La période est difficile pour l’équipe de France, car certains cavaliers changent leur système, remodèlent leur piquet… Il manque certainement quelques couples au meilleur niveau. Je pense que Thierry a eu une année difficile et a hérité d’une période qui n’était pas la plus faste pour la bannière tricolore. C’était dur pour lui et je comprends sa décision. Je ne suis pas inquiet quant à la suite, même si nous n’avons pas encore de certitude quant à la composition du nouveau staff. Nous devions nous réunir début janvier mais la réunion a finalement été annulée compte tenu de la situation sanitaire. 

Comment envisagez-vous 2022 ? Avez-vous des objectifs ou projets particuliers ? 

Pour débuter la saison, il y aura donc le Sunshine Tour en mars, puis le championnat de France. Sophie Dubourg (la directrice technique nationale, ndlr) nous a fait savoir qu’il s’agirait d’une étape incontournable. Je suis content de participer à ce championnat qui nous a manqué pendant deux ans. La suite se décidera en fonction de cette amorce. J’ai désormais six ou sept chevaux capables de sauter 1,50m. Je fonde beaucoup d’espoirs en Calisco de Terlong, qui devrait arriver à maturité cette année. Diesel a signé une deuxième partie de saison assez intéressante et encourageante. J’espère que lui et moi évoluerons au plus haut niveau en 2022. Je compte d’abord sur eux et bien sûr Chopin. Sans avoir d’objectif précis, l’ambition est de retourner en CSI 5* et d’y être performant. J’ai des chevaux qui arrivent à maturité comme Duo du Ru (SF, Vagabond de la Pomme x Argentinus), qui a couru la finale du Grand National, sa demi-sœur Dune du Ru (SF, Vagabond de la Pomme x Apache d’Adriers). Même s’il faut rester prudent, je suis assez enthousiaste car j’ai la chance de compter beaucoup de bons chevaux. Ma transition à une activité professionnelle complétement dédiée aux chevaux (jusqu’à il y a trois ans, Emeric George conciliait le sport avec une carrière d’ingénieur à la communauté d’agglomération de Compiègne, ndlr) et tout ce que j’ai essayé de mettre en place depuis est en train d’aboutir. J’espère que tous mes efforts porteront leurs fruits en 2022. Bien sûr, chaque année a son lot d’imprévus. Il y aura aussi sûrement des ventes, car hormis Chopin, tous les chevaux peuvent être concernés par une commercialisation. Cela fait partie de mon métier et du système que j’ai mis en place. 

 

La deuxième partie de cet entretien sera en ligne sur GRANDPRIX.Info demain ! 

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Emeric George compte notamment sur Diesel GP du Bois Madame, qui a évolué au plus haut niveau avec le Brésilien Marlon Módolo Zanotelli.

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