“L’objectif est de pouvoir présenter trois ou quatre chevaux à plus de 75% en vue de Paris 2024”, Alexandre Ayache

En 2021, malgré un début de saison mis à mal par la tempête Alex et un rythme éprouvant, Alexandre Ayache a participé à ses premiers Jeux olympiques et championnats d’Europe comme titulaire. Une marche gravie grâce à son fidèle Zo What, qui devrait réduire un peu la voilure dans les mois à venir. Pas de quoi inquiéter le volubile cavalier de trente-neuf ans installé dans la vallée de la Vésubie, qui dispose d’une relève de taille en laquelle il croit énormément.



Pour bien débuter l’année, vous avez fait un tour du côté de l’Estonie, le pays d’origine de votre épouse Grete… 

Nous revenons en effet d’Estonie après avoir passé plus de deux ans sans prendre de vacances entre le Covid et la tempête. Nous y sommes restés dix jours et j’ai passé les quatre premiers à dormir, ce qui ne m’était jamais arrivé. D’ordinaire, je n’arrive pas à rester deux minutes en place mais ce break était nécessaire. Cela m’a fait beaucoup de bien ! 

Vous êtes donc prêt à affronter 2022 ? 

Compte-tenu de l’année 2021 que nous avons vécu, je ne sais pas si 2022 pourra être pire (rires) ! En tout cas, nous avons été bien entraînés et je doute que les complications puissent être plus déplorables. Mon souhait est que tout le monde reste en bonne santé, et pour le reste, nous ferons face ! 

Sur le plan sportif, quel bilan tirez-vous de l’année 2021, notamment marquée par vos premiers Jeux olympiques et championnats d’Europe en tant que titulaire avec Zo What (KWPN, Scandic x Cocktail) ? 

Malgré ma situation personnelle, avec les importants dégâts qu’a causé la tempête Alex, j’ai vécu une sorte de saison de rêve. Je n’aurais pas pu espérer mieux que de participer aux Jeux olympiques puis aux championnats d’Europe. Je suis davantage content pour mon cheval que pour moi, car il le mérite vraiment tant il s’est livré. Il n’est intrinsèquement pas le meilleur de mes écuries, mais il est celui qui a le plus donné à l’heure actuelle. Il méritait de sortir par cette porte, bien qu’il n’ait pas encore dit son dernier mot puisqu’une saison supplémentaire – peut-être deux – l’attend. Zozo a dix-huit ans cette année donc nous prévoyons de lever le pied quant au rythme de compétitions. Beaucoup d’autres chevaux arrivent pour prendre le relai, nous allons d’ailleurs devoir faire des choix car nous ne pourrons pas tous les faire concourir, à moins d’être en compétition chaque week-end. Étant donné que j’ai une femme formidable et des enfants extraordinaires, j’ai envie de profiter d’elles, donc je pense plutôt concourir une fois par mois. Jusqu’alors, quelques-uns de mes jeunes chevaux avaient encore besoin de travailler, même s’ils ont déjà un peu concouru. Le staff fédéral est venu dans mes écuries pour voir mes jeunes chevaux (en vue des Jeux olympiques de Paris 2024 notamment, ndlr). Je dispose actuellement de chevaux d’une qualité que je n’ai encore jamais présenté en concours. Les prochains mois s’annoncent très intéressants. 

Zo What va donc poursuivre la compétition à un rythme moins soutenu jusqu’à sa retraite sportive ? 

Nous allons faire en sorte de le garder dans le jeu. L’idée est qu’il passe gentiment le relai aux autres chevaux de l’écurie. Le seul souci est que nous avons le droit d’engager trois chevaux dans le Grand Prix – et pas partout – et que seuls deux peuvent repartir (dans le Spécial ou dans la Reprise Libre en Musique, ndlr). À l’heure actuelle, j’ai cinq chevaux à présenter en Grand Prix et deux autres qui devraient débuter au cours de la saison. Avec sept chevaux, je vais donc devoir faire des choix. Le projet est donc d’engager Zo What dans le Grand Prix et la Libre un concours sur deux et de courir le Grand Prix avec deux autres chevaux. Celui des deux qui réussira la meilleure reprise fera donc ensuite le Spécial. Nous verrons où cela me mène, mais compte tenu de mon piquet de chevaux, je ne suis vraiment pas à plaindre cette année. Je vais pouvoir faire la diva et avoir le choix (rires) ! J’ai vraiment beaucoup de chance et c’est ce qui m’a permis de garder la tête hors de l’eau lors des épreuves que j’ai dû traverser.

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“S’il avait répété ses 72% ou plus, Double Dutch serait certainement parti aux Jeux olympiques”

Pouvez-vous présenter plus en détails les chevaux sur lesquels vous comptez pour prendre la relève de Zo What ? 

J’ai Double Dutch (KWPN, Jazz x Wisconsin), qui évolue beaucoup. J’ai trouvé la meilleure manière de le monter et il se porte fantastiquement bien. Il a une saison de plus que ses collègues d’écuries au compteur et a obtenu près de 72% lors du Grand Prix 4* d’Ornago (71,935%, ndlr). Il dispose d’énormément de qualités mais est très sensible. Il a un passage-piaffer phénoménal mais il ne faut pas lui demander davantage que ce qu’il veut bien donner. Or, mon péché mignon est de toujours vouloir demander un petit truc en plus. Double Dutch a un passé un peu compliqué car il a été mis sous pression. Après son concours en Italie, il a montré des signes d’inquiétude au Mans (où il a obtenu 64,652% dans le Grand Prix 4*, ndlr). Il a fallu le faire redescendre en pression lors d’un national dans ma région (en vidéo ci-dessous). Il y a été fabuleux en obtenant environ 74%. Il avait commis quelques fautes lorsqu’il a été noté à presque 72%, ce qui signifie qu’il dispose d’une énorme marge de progression. Je compte vraiment sur lui cette année. Il n’a pas de point faible ; il montre un très bon pas, des allures rassemblées fabuleuses, des pirouettes extraordinaires, des appuyers au trot très impressionnants… C’est un très chouette cheval ! Après le concours d’Ornago, s’il avait répété ses 72% ou plus, il serait certainement parti aux Jeux olympiques à la place de Zo What. Il a une dimension supérieure. L’âge des chevaux importe peu lorsqu’ils démarrent le Grand Prix, le plus important est surtout leur expérience sur cette épreuve. En plus de son expérience engrangée l’an passé, il a beaucoup mûri cet hiver. Je pense qu’il peut très bien servir l’équipe de France. Il a les capacités d’être noté à plus de 75% sans aucun problème. En réalité, j’ai trois chevaux capables de servir l’équipe dont El Rei (II Sernadinh CSM, PRE, Spartacus CSM x Quazar) qui a déjà concouru en Grand Prix début 2020 mais qui n’était selon moi pas suffisamment prêt, ce qui est désormais le cas à quelques bricoles prêt. Il a un trot, des appuyers et un piaffer fabuleux. Son galop était un peu plus compliqué mais tout est en train de bien se caler. J’ai hâte de le voir lorsque tout sera en ordre car il a déjà obtenu 68% sur le Grand Prix alors que rien n’allait. J’ai aussi une jument âgée de dix ans, Jolene (DWB, Johnson x Continue), qui est absolument incroyable. Elle piaffe avec les genoux dans la bouche, trotte de façon remarquable, fait des pirouettes au galop fantastiques. Pour être honnête, je ne sais pas lequel de mes chevaux décrochera les meilleures notes à l’avenir. Je compte aussi sur Vertigo, un cheval de dix ans qui n’a pas encore concouru mais qui va débuter cette année. J’ai aussi Olivia, qui n’a que huit ans et qui ne devrait pas courir de Grands Prix cette année, sauf peut-être en fin de saison. Je vais l’orienter vers l’objectif de Paris 2024. Je suis vraiment très chanceux, d’autant que mon partenaire Abdulkarim Barake est à mes côtés et me laisse gérer les chevaux comme je l’entends. Ça n’a pas de prix et c’est grâce à lui que j’ai un tel piquet aujourd’hui. Bien sûr, je gagne ma vie en dressant et vendant des chevaux. Je ne suis pas né dans une famille de millionnaires donc je dois bien faire fonctionner mon système. Qu’un partenaire nous permette de conserver les très bons chevaux est un confort inestimable. D’ailleurs, toute une équipe est nécessaire en coulisses. Sans propriétaire je suis piéton et sans mon équipe je ne suis rien. Surtout, merci à mes chevaux car nous cavaliers sommes des imposteurs. Ce sont eux les stars ! 

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“J’aurais tellement aimé faire mieux à Tokyo”

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Alexandre Ayache et Zo What lors de la visite vétérinaire des Jeux olympiques de Tokyo.

© Scoopdyga

L’année 2021 a également été marquée par l’arrivée de votre deuxième fille, Allegra ! 

Tout à fait et il s’agit de la plus belle chose qui me soit arrivée. Allegra est une perle, comme sa sœur Anna. Je ne tiendrai peut-être pas le même discours lorsqu’elles auront seize ou dix-sept ans, mais pour le moment, c’est que du bonheur (rires). Elle est arrivée douze heures après mon atterrissage en France, au retour des Jeux olympiques. Je n’ai pas eu le temps de faire de sieste ! Pourtant, j’étais vraiment fatigué… Je suis allé me coucher à 20h et à 21h15 mon épouse est venue me réveiller en me disant que c’était le moment ! Le fait qu’elle ait accouché à mon retour des JO est miraculeux. L’arrivée d’Allegra a clôturé les Jeux de la plus belle façon, même si j’aurais tellement aimé faire mieux à Tokyo. Il faut arrêter de rêver : il est désormais indispensable de présenter des chevaux avec la meilleure qualité intrinsèque. Nous avons beau présenter les reprises les plus propres que nous pouvons, et même si tout est toujours perfectible, les meilleurs mondiaux commettent aussi des fautes et obtiennent pourtant 75%. L’idée est désormais de ne conserver que des chevaux présentant d’excellentes prédispositions. L’objectif est de pouvoir présenter trois ou quatre chevaux à plus de 75% en vue de Paris 2024. Nous verrons si nous y arrivons, mais il n’y a pas de raison que nous n’atteignons pas ce but.  

En 2021, je n’ai pas eu le temps de me remettre de quoi que ce soit, c’est pour cela que les quatre jours de sommeil pendant les vacances m’ont fait du bien. Entre les Jeux olympiques, les championnats d’Europe, l’arrivée du bébé… Tout est allé très vite ! Mais je réitère, c’est la plus belle chose qui me soit arrivé.

En octobre 2020, vous avez été frappé par la tempête Alex, qui a causé des dégâts importants dans vos installations. Où en est la reconstruction de vos écuries ? 

Les écuries sont presque terminées, nous en sommes à quatre-vingt cinq pourcents je dirais. Tout le gros œuvre est fait, mais il reste beaucoup de travaux de finition qui nécessitent du temps. Même si nous avons dû hausser le ton avec l’assureur des écuries, il joue le jeu. En revanche, j’avais un contrat avec un autre assureur pour ma maison, avec qui c’est toujours la guerre car ils font trainer et ne veulent pas payer. Ils ont missionné plusieurs experts, mais comme ceux-ci ne leurs disent pas ce qu’ils veulent entendre, ils en envoient un nouveau. Cela fait seize mois que cela dure donc nous avons tous mis entre les mains d’avocats. Au dernier chiffrage d’un bureau d’étude, il y a plus de huit cent mille euros de dégâts mais nous ne pouvons donc pas débuter les travaux. Nous aimerions que 2022 ne soit pas le copier/coller de 2021 et je voudrais pouvoir me concentrer sur mon métier. Il est triste qu’il n’y ait pas de procédures accélérées pour régler ces problèmes. Dans la vallée, nous sommes des centaines dans cette situation et certains n’ont rien encore rien pu reconstruire. Cette situation est épuisante. Mes écuries sont encore en chantier ; il y a des maçons, des tas de sable et de ciment, des machines de partout… Cela ressemble à tout sauf à des écuries ! Heureusement, les chevaux sont bien installés dans les boxes mais il ne s’agit pas de conditions optimales. J’espère que l’expert d’assuré missionné fin décembre pourra faire avancer les choses afin que nous puissions laisser les entreprises faire leur boulot et que nous puissions faire le nôtre. 

Que vous inspire la situation sanitaire que nous traversons, à la fois en tant que sportif, mais aussi comme homme et père ?

La situation sanitaire est plus qu’inquiétante. Nous en parlions avec mon épouse en rentrant d’Estonie et nous nous disions que deux ans auparavant, nous rentrions d’Afrique du Sud et que nous n’étions qu’aux prémices de la pandémie. Deux ans plus tard, ma fille de six ans me rappelle que je dois porter mon masque en entrant au supermarché. Je me dis qu’il y a un souci quand ma fille a normalisé le fait de mettre un masque et connaît les gestes barrières. Elle a grandi avec le virus, ce que je trouve incroyablement triste. C’est préoccupant, mais nous sommes bien obligés de composer avec. Vraisemblablement, le seul point positif – si tant est qu’il y ait du positif – est que les nouveaux variants tuent moins. Je pense que l’être humain va devoir se poser les bonnes questions car cela donne l’impression que nous vivons quelque chose de similaire aux élevages intensifs, où se développent des virus. Ne devrions-nous pas nous remettre en question et respecter un peu plus la planète ? Je pense que si. Ce n’est pas moi qui vais changer les choses du haut de ma montagne ; nos dirigeants devraient se poser les bonnes questions. Je crois qu’il faudra tirer des leçons de cette pandémie et essayer de faire avancer les choses. Je me demande quel monde nous allons laisser à nos enfants. Compte-tenu du fait que nous avons un bébé, nous faisons très attention au virus. En tant que sportif, nous faisons avec et espérons que les concours ne s’annuleront pas les uns après les autres, comme cela a été le cas l’an passé compte tenu des règles impossibles à respecter pour les organisateurs.