“Il me faudra participer aux championnats d’Europe de 2023 pour pouvoir continuer à rêver des JO de Paris”, Edward Levy, (1/2)

À seulement vingt-sept ans, Edward Levy entame déjà sa sixième saison au plus haut niveau. S’il fait désormais partie des visages connus du jumping tricolore, le Normand d’adoption entend désormais se faire une place au sein de l’équipe de France à long terme. Rencontré samedi dernier à l’occasion du Saut Hermès au Grand Palais Éphémère, entre deux classements avec sa géniale Rebeca LS, le cavalier a abordé ses objectifs pour 2022 et sa perpétuelle envie de s’améliorer pour les atteindre. Dans la première partie de cet entretien, il évoque notamment son nouvel engagement au sein d’une équipe de la Global Champions League ainsi que son rêve de participer à un grand championnat. 



Le Normand pourrait compter sur Catchar Mail pour le championnat de France Pro Élite.

Le Normand pourrait compter sur Catchar Mail pour le championnat de France Pro Élite.

© Sportfot

Comment s’est passé votre week-end jusqu’à présent?

Hier (l’entretien a été réalisée samedi, ndlr), j’ai connu quelques difficultés avec Uno (de Cerisy, SF, Open Up Semilly x Siego, auteur d’un parcours pénalisé de vingt-deux points, ndlr). Après nos deux premières fautes, nous avons tous les deux un peu décroché. Sur cette piste, les obstacles s’enchaînent rapidement, et il est difficile de reprendre le fil. De son côté, Rebeca (LS, Rebozo La Silla x Cassini I, ndlr) a signé un premier bon parcours. Mes chevaux vont très bien dans l’ensemble. Le Saut Hermès est toujours aussi bien. C'est un concours de grande qualité, s’appuyant sur une excellente organisation et un super public. 

Quelques cavaliers ont décidé de faire l’impasse sur les derniers concours intérieurs après avoir entamé leur saison extérieure, dans le sud de l’Europe, à Vidauban ou à Royan, notamment. Y avez-vous songé?

Non, j’ai fait en sorte de ne pas engager Rebeca à l’extérieur pour le moment. Elle a participé au CSI 5* de Bois-le-Duc la semaine dernière et se trouve donc encore en configuration indoor. En tant que Français, on a forcément envie de participer au Saut Hermès, mais il est tout à fait respectable de vouloir conserver une logique et de privilégier des événements extérieurs si ses chevaux ont déjà concouru dehors. 

Vous avez lancé votre saison extérieure à Valence, en Espagne, en début d’année. Quel bilan tirez-vous de ce déplacement? Pourquoi avoir choisi cette tournée plutôt qu’une autre?

Tout s’est très bien passé. J’ai fait sauter mes chevaux âgés de six à dix ans et obtenu de bons résultats. C’est un site de concours que j’apprécie, notamment parce que l’organisation est excellente. Je n’ai pas emmené de chevaux destinés au commerce, mais plutôt des chevaux en construction, donc je n’avais pas trop d’intérêt à prendre part aux tournées les plus cotées et fréquentées. Je trouve que les organisateurs permettent aux cavaliers de travailler de manière un peu plus tranquille que sur d’autres terrains, plus compétitifs. De plus, nous avions la possibilité de ne rester que quinze jours sur place, alors que d’autres organisateurs imposent un minimum de trois semaines, ce qui aurait été trop long si je souhaitais continuer à concourir en indoor.

En 2022, quelles sont vos objectifs majeurs?

Ils sont similaires d’une année à l’autre. Je veux être compétitif au plus haut niveau, former la relève, intégrer l’équipe de France… Cette année, je fais aussi partie d’une équipe de la Global Champions League (les Rome Gladiators, ndlr) donc j’aimerais pouvoir jongler entre toutes ces responsabilités et de potentielles sélections en gérant mes chevaux au mieux. Je compose avec des chevaux très expérimentés qui prennent un peu d’âge et d’autres qui arrivent à haut niveau. Cette transition va me demander une certaine rigueur dans la gestion de mon piquet, mais aussi de celui de mon cavalier, qui monte mes jeunes chevaux . 

Pour participer à ces différents circuits, il faut compter sur un piquet solide, ce qui est votre cas…

Oui, j’ai pas mal de chevaux. On n’en a jamais assez, surtout quand on veut participer à autant de concours, mais j’en ai déjà un certain nombre. J’ai surtout la chance d’avoir des partenaires et propriétaires qui me suivent et me font confiance. À mon équipe et moi, cela nous permet de travailler dans une atmosphère très agréable.

Allez-vous pouvoir conserver tous ou la majorité de vos chevaux?

Nous pouvons en conserver certains. Avoir une partie destinée au sport et une autre au commerce est une réelle chance. Nous ne gardons d’ailleurs pas spécifiquement les meilleurs. De temps en temps, en fonction de nos objectifs ou de ceux du propriétaire, un cheval peut être destiné à être vendu, même s’il est taillé pour le haut niveau. 



“Il ne faut pas cracher sur quelque chose qui sert de nombreuses personnes”

Edward Levy est associé à Uno de Cerisy, avec qui il a déjà honoré une sélection en Coupe des nations.

Edward Levy est associé à Uno de Cerisy, avec qui il a déjà honoré une sélection en Coupe des nations.

© Scoopdyga

Vous avez évoqué la Global Champions League, un circuit auquel vous participez pour la première fois. Comment avez-vous pris cette décision?

Ce n’est pas exactement la première fois. J’avais pris part à la deuxième partie de saison en 2019. Cette fois, on m’a sollicité en me demandant si j’étais intéressé. C’est très motivant pour moi parce que je dispose de deux ou trois chevaux qui ont un profil adapté à ces épreuves. Il faut pouvoir choisir ses concours sans être prisonnier de ce circuit. Je vais normalement prendre part aux trois étapes françaises (Ramatuelle, Cannes et Paris, ndlr), ainsi qu’à celle d’Hambourg. Après le Saut Hermès, je vivrai deux semaines calmes, avant de reprendre avec un rythme plus intense. Pour l’instant, tout a l’air de s’aligner, tant pour les chevaux que pour les cavaliers, ce dont je suis très heureux.

Qu’est-ce qui vous attire particulièrement dans la GCL?

Il faut être honnête: ce sont des CSI 5* d’une qualité optimale et dans lesquels la compétition est rude. Je veux encore m’améliorer et prendre de l’expérience, même si j’ai la chance de pouvoir concourir à haut niveau depuis quelques années déjà. Plus on participe à de beaux concours, plus on s’aguerrit et mieux on monte. Progresser reste mon principal objectif.

Comprenez-vous les critiques autour de ce circuit, que certains jugent non méritocratique, dans le sens où il permet à des cavaliers mal classés de progresser très rapidement dans la hiérarchie?

Il ne faut pas uniquement voir le mauvais côté des choses. C’est aussi grâce à cela qu’il y a autant de concours et de circuits. Le Longines Global Champions Tour a amené de nouveaux CSI 5* et donc donné la possibilité à davantage de cavaliers de se faire une place parmi l’élite. Si tous les 5* n’étaient ouverts qu’aux cinquante meilleurs mondiaux, je ne m’en plaindrais pas aujourd’hui parce que je pourrai y participer (le normand est quarante et unième au classement Longines en mars, ndlr), mais ce ne sera peut-être plus le cas dans six mois. Je me dirai alors: ‘Mince, depuis trois mois j’ai moins de résultats et je ne peux déjà plus accéder aux grandes compétitions’. Je pense qu’il ne faut pas cracher sur quelque chose qui sert de nombreuses personnes. En revanche, il faut que les valeurs du sport restent respectées. Et bien sûr, c’est un long débat.



“Participer aux grands championnats est mon rêve”

Auquel de vos chevaux pensez-vous lorsque vous évoquez les Coupes des nations et championnats? Allez-vous prendre part aux championnats de France, qui se tiendront du 20 au 24 avril à Fontainebleau?

Normalement oui. J’emmènerai Uno de Cerisy ou Catchar Mail (SF, Diamant de Semilly et Katchina Mail  par Calvaro). Concernant les Coupes, Uno a déjà honoré une sélection et je pense que Catchar pourrait en avoir également (il a déjà participé à celle du CSIO 3* de Vilamoura en novembre, conclue avec quatre et huit points de pénalité, ndlr). Pour cela, il faut des résultats, être bon et montrer que je suis capable d’aligner les sans-faute. Pour ce genre d’épreuve, mes autres chevaux sont encore un peu jeunes tandis que Rebeca va être réservée aux concours plus indépendants, tout comme Sirius Black (SF, Calisco du Pitray x Laudanum, Ps). Ils sont un peu âgés maintenant, mais  sont dans une forme assez exceptionnelle, ce qui me rend très heureux et dont je profite.

Pensez-vous aux championnats du monde, qui se tiendront du 6 au 14 août à Herning, au Danemark?

Honnêtement, non. Participer aux grands championnats est mon rêve. J’aimerais faire ça tout au long de ma carrière et disputer toutes les plus grandes échéances. Cependant, je sais, pour en avoir vécu quelques-uns à pied, qu’il faut pouvoir servir au mieux l’équipe de France pour pouvoir y participer. Aujourd’hui, je ne pense pas avoir un cheval prêt et qui pourrait me faire dire: ‘Je peux ramener une médaille des championnats du monde’. La saison prochaine sera peut-être différente, mais pour cette année, je ne pense pas.

Comme beaucoup de cavaliers français, vous avez fait des Jeux olympiques de Paris 2024 un objectif primordial. Ne pensez-vous pas que l’expérience de grands championnats Seniors sera capitale pour la sélection? En ce sens, les championnats d’Europe de Milan, l’an prochain, ne seront-ils pas un passage obligé?

N'ayant encore jamais participé à un championnat Senior, si je veux espérer faire partie de l’aventure Paris 2024, j’aurai effectivement besoin d’une expérience au préalable, non seulement pour moi mais aussi pour le cheval qui m’accompagnera. Donc oui, il me faudra participer aux championnats d’Europe de 2023 pour pouvoir continuer à rêver des Jeux.

La seconde partie de cette entretien sera en ligne demain.