Le beau sport, les promesses et les enseignements des finales des Coupes du monde

Très attendues après deux années de crise sanitaire, les finales des Coupes du monde Longines de saut d’obstacles et FEI de dressage, attelage et voltige se sont déroulées du 7 au 10 avril en Allemagne. De cet événement, on retiendra du très bon, du bon et du moins bon, surtout en termes de mise en scène.



Très attendues après deux années de crise sanitaire, les finales des Coupes du monde Longines de saut d’obstacles et FEI de dressage, attelage et voltige se sont déroulées du 7 au 10 avril en Allemagne. Dans les halles du très moderne et élégant Parc des expositions de Leipzig, les cavaliers, meneurs et voltigeurs, ainsi que leur entourage, les observateurs et les spectateurs ont eu tout le loisir de profiter du sport, mais aussi de flâner le long des paddocks, déambuler dans les allées commerçantes et partager de simples moments de convivialité, presque comme avant. On a encore vu nombre de personnes masquées, mais le port du FFP2, annoncé obligatoire quelques semaines plus tôt, n’a finalement pas été imposé sur place. À vrai dire, le cœur du public a balancé entre joie intense de se retrouver pour vivre ce bel événement, que l’Allemagne n’avait plus accueilli depuis 2011, et appréhensions naturelles vis-à-vis de ces grands rassemblements humains en structures fermées, propices à la propagation du coronavirus. C’est pourquoi, selon ses organisateurs, le salon Partner Pferd a accueilli moins de public en avril 2022 que lors de ses deux précédentes éditions, en janvier 2019 et 2020. “Nous l’avions anticipé, et sommes contents des résultats de la billetterie”, a assuré Volker Wulff, président d’En Garde, structure professionnelle orchestrant également le CHI indoor de Munich, le CSI 3* de Paderborn, le Longines Global Champions Tour de Berlin et, surtout, le CHI de Hambourg, et son fameux Derby, événement sportif parmi les plus populaires outre-Rhin.



Dans les faits, seule la session du samedi, comprenant le Grand Prix du CSI 3*, les épreuves décisives de voltige et la Reprise Libre en Musique de dressage, a fait le plein. Le soir, les spectateurs en ont eu pour leur argent, avec la flamboyante victoire de l’Allemande Jessica von Bredow-Werndl et Dalera BB, véritables coqueluches des rectangles, doublée de la dernière reprise de Weihegold, triple lauréate de la finale, championne olympique par équipes et médaillée d’argent individuelle aux Jeux de Rio en 2016 sous la selle de l’infatigable Isabell Werth, acclamée elle aussi à la hauteur de ce qu’elle symbolise. Quelques heures plus tôt, les voltigeurs ont eux aussi fait chavirer l’arène, à commencer par les héroïques Manon Moutinho, première Française sacrée dans l’histoire de cette finale, et Lambert Leclezio, deuxième après avoir défié les lois de la pesanteur.



Pour le reste, les gradins se sont remplis environ à 90 % le dimanche, où le dernier mot est revenu à Martin Fuchs, magnifique champion, qui a partagé les honneurs du podium avec le Néerlandais Harrie Smolders et le Suédois Jens Fredricson. Trois vrais hommes de cheval! Impressionnant de sang-froid avec Chaplin et The Sinner, le Suisse aurait pu tout perdre en une fraction de seconde deux jours plus tôt. On n’est pas prêt d’oublier son grand numéro d’équilibriste. À n’en pas douter, ce sont ces morceaux de bravoure qui distinguent les grands des immenses champions. Seul Tricolore en lice dans cette compétition, Grégory Cottard, qui a montré de très belles choses lors de la Chasse du jeudi et surtout de l’épreuve à barrage du lendemain avec Bibici, pourra s’en inspirer, lui qui s’est quelque peu laissé surprendre le dimanche par une réaction inattendue de son excellente grise. On n’a jamais fini d’apprendre son métier, quel qu’il soit, et il n’y a rien de tel que ce championnat individuel de référence pour s’aguerrir en vue des grands rendez-vous extérieurs, où il faut en plus gérer la pression d’un résultat collectif.



Hélas, on ne peut que déplorer la très faible fréquentation du jeudi et du vendredi. On aurait peut- être pu éviter la fadeur de tribunes garnies à 30% ou 40% en programmant les deux premières épreuves de la finale de saut d’obstacles en soirée, mais les organisateurs ont préféré satisfaire les désirs de MDR, chaîne régionale détentrice des droits pour l’Allemagne, qui avait choisi d’accorder à l’événement une tranche de soixante minutes chaque après-midi. On peut les comprendre et, à ce sujet, on se gardera de tout jugement, ce sommet printanier n’ayant pas toujours fait salle comble, y compris lorsqu’il fut organisé en France.



En revanche, En Garde n’échappera pas à un carton jaune – mais bienveillant parce que le retour de ces finales est en soit une victoire – concernant la mise en scène. Un tel événement mérite en effet un parc d’obstacles plus original, un décor plus impactant, un éclairage mieux travaillé et surtout une ambiance sonore plus raffinée. Non seulement les obstacles n’étaient pas sonorisés, ce qui apporte pourtant énormément à la dramaturgie du jumping, mais le speaker était ennuyeux de monotonie, sans parler du fond musical maintenu presque tout au long des épreuves, comme s’il s’agissait de Préparatoires. Rien de tel pour banaliser l’exploit! En la matière, Paris, Göteborg, Omaha et Las Vegas ont fait bien mieux par le passé, sans parler du grand raout de Global Champions, qui se tiendra cette année encore à Prague. Heureusement, on peut compter sur les organisateurs des finales de 2023, de nouveau programmées à Omaha, aux États-Unis, pour sublimer le spectacle. Les sports équestres en ont tant besoin pour renouveler leur public.