Entre joies, peines, peurs et extases, le mythe de Badminton est plus vivant que jamais

De retour après deux années d’absence, le CCI 5*-L de Badminton a vécu l’une des plus vibrantes journées de son histoire, cet après-midi en Grande-Bretagne. Laura Collett a conservé la tête des opérations en signant l’un des six sans-faute dans le temps imparti, en selle sur London 52. Avec 21 points, la Britannique devance son compatriote Oliver Townend, deux et troisième avec Swallow Springs (25,7) et Ballaghmor Class (25,9). Le meilleur Français, Gireg Le Coz, est remonté au douzième rang avec Aisprit de la Loge.



Des images, des bruits, des parfums, des saveurs et surtout des souvenirs à la pelle. Voilà avec quoi sont repartis les quelque 110.000 personnes venues assister au grand retour du cross de Badminton. Une institution dans le monde équestre et dans le monde du sport tout entier, où fort peu d’événements peuvent se targuer d’attirer autant de spectateurs payants, qui plus est à trente kilomètres de la première ville d’importance, Bristol. Plus encore, Badminton est un mythe: “la grande fête des cavaliers”, comme l’a résumé ce soir Thierry Touzaint, le sélectionneur de l’équipe de France, mais aussi de tous les gens qui aiment les chevaux et les parties de campagne. Ce matin, la gigantesque foire commerciale, qui s’étend de l’entrée du domaine des ducs de Beaufort jusqu’au départ du parcours de cross, grouillait déjà de monde avant 8h! À 10h, les voitures bouchonnaient sur des kilomètres et des kilomètres sur les quelques routons reliant le domaine au reste du monde, et les humains bouchonnaient dans les allées dans l’espoir de trouver une position à leur goût, debout, assis ou couchés sur l’herbe. Badminton, c’est Woodstock, les stupéfiants en moins… et les chiens en plus! Il faut le voir, l’entendre, le humer, le goûter et le toucher pour tenter ne serait-ce que d’en prendre la mesure. Bref, après deux années sans, en raison de la crise sanitaire, ce cru 2022, disputé sous un ciel clément et sur un sol paradisiaque, est historique et en tout point émouvant.

Parlons sport, et grand sport. Leader désignée après le dressage, Laura Collett a conservé la tête de ce CCI 5*-L en signant l’un des six sans-faute dans le temps optimal de 11’44’’, en selle sur London 52. Une performance exceptionnelle pour les champions olympiques par équipes de Tokyo. “Mon sentiment au moment d’entrer dans l’arène à la fin était indescriptible. Badminton et le public nous avaient manqué. C’est formidable d’être de retour ici. Ce cheval ne me doit rien. Il m’a offert ma première victoire en CCI 5*-L (en 2020 à Pau, ndlr) et une médaille d’or olympique. Aujourd’hui, c’était le parcours le plus exigeant et intense qu’il ait jamais vu”, a déclara Laura, rentrée onze secondes plus vite que le temps imparti! Avec 21 points, la Britannique devance d’un peu plus d’une faute à l’hippique son compatriote Oliver Townend, deux et troisième avec Swallow Springs (25,7) et Ballaghmor Class (25,9).

La Grande-Bretagne est presque aussi hégémonique qu’après le dressage, occupant dix des onze premières places. Rosalind Canter, quatrième sur Lordships Graffalo (26) et sixième avec Allstar B (27,6), son champion du monde de 2018, y contribue largement, tout comme William Fox-Pitt, auteur de deux “maxi” sur Little Fire, neuvième (33,3), et Oratorio, dixième (33,4). Citons encore Piggy March, qui a offert un cours magistral de cross bienvenu en début de journée avec Vanir Kamira (26,1), vainqueur de 2019 et donc champion en titre, qui occupe la cinquième place, et Kitty King, huitième avec le Selle Français Vendredi Biats (32,8), médaillé d’or par équipes des championnats d’Europe d’Avenches, qui a lâché 11,8 points de pénalités de temps.



Magistrales Jonelle Price et Classic Moet!

La Néo-Zélandaise Jonelle Price a signé un “maxi” ahurissant avec la lauréate de Badminton en 2018, Classic Moet, désormais âgée de dix-neuf ans. Ce faisant, le couple a progressé de vingt places pour atteindre le septième rang. On a bien compté cinquante parcours sans faute sur quatre-vingts concurrents, dont beaucoup étaient débutants, mais ce n’était vraiment pas gagné en début de journée. Ainsi, Tom McEwen et le SF Toledo de Kerser, deuxièmes du dressage et médaillés d’argent à Tokyo, ont basculé sur le deuxième élément de l’obstacle 24, en forme de panneau solaire. Quant à Nicola Wilson, elle a été emmenée à l’hôpital de Bristol pour des scanners de précaution après une chute avec JL Dublin sur l’obstacle 27, en forme de panier, qui a été retiré du parcours après-coup. Les Britanniques Pippa Funnell (Billy Walk On) et Mollie Summerland, quatrième après le dressage sur Charly Van Der Heiden, ont abandonné après des arrêts sur la combinaison 17, placée dans un nouveau gué. Ce midi toujours, Oliver Townend a réalisé un sauvetage héroïque digne du Néo-Zélandais Andrew Nicholson, l’ancien cavalier de Swallow Springs, lorsque le gris a décollé prématurément pour franchir le dernier élément de la Carrière de pierre, placée en 4. D’abord éliminé à la fin de son tour, le numéro un mondial a été réintégré après examen des images. “Je lui ai demandé une foulée de plus, mais il a repris, ce à quoi je ne m’attendais pas!”, a avoué le cavalier, avant de révéler que Ballaghmor Class était particulièrement sous tension avant son tour et que deux commissaires hissés sur des chevaux de chasse l’ont gentiment convoyé jusqu’au départ. “Il s’est senti un peu arrogant et enthousiaste au début, mais une fois qu’il s’est installé, ce fut un plaisir de le monter. Ce parcours était idéal pour un concours de ce niveau. Les chevaux de grande classe ont donné l’impression que c’était facile et j’ai senti que l’équilibre était bon.”



Aisprit est bien là, Zanzibar donne à rêver… et Vitorio échappe au pire

Thomas Carlile et Zanzibar Villa Rose.

Thomas Carlile et Zanzibar Villa Rose.

© Stephen Davis/Silverhill

Côté français, le couple le mieux placé reste celui formé par Gireg Le Coz et Aisprit de la Loge, impeccables de maîtrise. Ayant ajouté 7,2 points à leur pénalité issue du dressage, pour avoir dépassé le temps optimal de 18’’, ce couple ô combien harmonieux pointe au douzième rang, à un peu plus de trois barres de la tête. Suit Thomas Carlile, qui a laissé au jeune et très prometteur Zanzibar Villa Rose, dix ans, le temps de découvrir ce cross et son ambiance inimitable, ce qui lui a coûté 15,2 points, pour un total provisoire de 47,9. Plus bas dans le classement, on retrouve Jean-Lou Bigot, Arthur Duffort, Cyrielle Lefèvre, Ugo Provasi et Arthur Chabert, tous rentrés sans encombre et heureux mais hors délais avec Utrillo du Halage (51,8), Toronto d’Aurois (53), Armanjo Serosah (57,8), Shadd’Oc (60,7) et Goldsmiths Imber (80,4). Malheureusement, Cédric Lyard a dû s’arrêter après une dérobade d’Unum de’Or sur un des Nyetimber Corners, placé en 20, en raison d’une forte douleur ressentie au niveau d’un genou, qui a percuté cet obstacle frangible.

Et surtout, on a eu le souffle coupé, on a tremblé de peur et croisé les doigts d’impuissance et d’espoir après la grosse chute de Maxime Livio et Vitorio du Montet sur le dernier obstacle. Alors que le hongre restait au sol, sonné et épuisé, tout le monde a craint le pire, les minutes avançant. Quand les bâches entourant le Selle Français se sont enfin ouvertes, le public massé dans les tribunes de la grande piste s’est mis à crier et applaudir à tout rompre, autant le courageux animal remis sur pied que les équipes venues lui porter secours. Alors que poignait l’horreur, le miracle se produisit et les larmes changèrent de couleur sur les visages des spectateurs. C’est aussi cela Badminton, un concentré de sentiments intenses, dont on ne sort pas tout à fait indemne mais auquel on devient accro dès le premier shoot.

Demain, la seconde inspection vétérinaire des chevaux aura lieu à 8h30 et la première partie de la phase de saut d’obstacles à 11h30.

Le classement provisoire
L’analyse des fautes aux obstacles

Gireg Le Coz et Aisprit de la Loge

Gireg Le Coz et Aisprit de la Loge

© Stephen Davis/Silverhill