Anna Lena Schaaf et Lagona signent un doublé historique au Mondial du Lion, où les Bleus prennent date

Après les chevaux de six ans ce matin, les meilleurs complétistes de sept ans ont conclu cet après-midi une magnifique édition du Mondial du Lion, au Lion-d’Angers en Maine-et-Loire. Le test hippique de ce championnat du monde s’est disputé devant un public venu en masse applaudir les stars de demain. Au championnat du monde des chevaux de concours complet, se sont affrontés cet après-midi sur le. Sans coup férir, l’Allemande Anna Lena Schaaf et son extraordinaire Lagona ont signé une performance d’anthologie en confirmant leur triomphe de 2021 dans la plus jeune classe d’âge.



“Je me sens la femme la plus heureuse du monde! Je n’ai pas de mots pour décrire cette jument”, a déclaré Anna Lena Schaaf après la remise des prix. Et il faut bien reconnaître que vu la facilité avec laquelle Lagona a dominé le championnat du monde des chevaux de concours complet de sept ans, elle peut rêver d’un avenir radieux... Créditée d’une note hors du commun de 81,43 % au dressage, la paire a su conserver ses 18,6 points de pénalité jusqu’au terme de la compétition. La pression qui reposait sur les épaules de l’Allemande était pourtant lourde à porter à son entrée en piste. Si elle disposait d’une barre d’avance sur sa concurrente la plus proche, elle n’a pas eu à utiliser son joker, Lagona faisant preuve d’une facilité déconcertante sur les quatorze obstacles du parcours. 

“Lagona a réussi une superbe reprise de dressage et bouclé le cross avec une grande facilité. Aujourd'hui, elle a enchaîné les sauts extraordinaires du premier à la détente jusqu’au dernier en piste. C’est une guerrière. Elle donne toujours le meilleur d’elle-même et comprend ce que j’attends d’elle. Nous formons une bonne équipe et nous battons ensemble”, a décrit la jeune femme avec beaucoup d’émotion. 



Un doublé historique

Cette victoire inscrit le couple dans l’histoire du Mondial du Lion. Avant lui, seuls trois duos avaient réalisé le doublé des six et sept ans: Nicolas Touzaint et Galan de Sauvagère (SF, Joly Jumper x Julius Caesar), le même Nicolas et Joker d’Helby (SF, Kalem x Benroy) en 2003 et 2004, et Thomas Carlile et Ténarèze (SF, Jaguar Mail x Quatar de Plapé) en 2013 et 2014. Après des cavaliers français et des chevaux mâles, Anna Lena Schaaf et Lagona sont donc devenues la première femme et la première jument à doubler la mise. Pour l’anecdote, on se rappellera que lorsque Nicolas Touzaint a signé son premier doublé avec l’inoubliable Galan, lui-même avait vingt puis vingt et un ans... Le temps dira si l’Allemande réalise la même carrière! Quant à une éventuelle participation aux Jeux olympiques de Paris 2024: “Ce serait évidemment super! Cependant, nous allons déjà attendre de voir ce que donnera l’an prochain. Il sera alors temps d’aviser”, répond-elle avec prudence. 

La suite du classement a connu des évolutions assez notables, bien que le parcours ait été jugé par un certain nombre de cavaliers moins sélectif en comparaison de celui des six ans, à cause du temps accordé relativement large. Comme toujours, chaque sans-faute a permis de gagner de précieuses places, et chaque barre a coûté cher. L’Allemagne aurait pu s’emparer de l’argent en plus de l’or si Julia Krajewski et Chintonic 3 (Han, Contendro I x Heraldik) n’avaient commis une franche faute en milieu de parcours, les reléguant à la sixième place finale. Des malheurs dont a profité la sympathique et brillante Britannique Piggy French, associée à Dasset Arthalent (ISH, Valent x Nigrasine), troisième avant l’hippique et finalement parée d’argent. “Je suis enchantée de mon cheval. Il a donné le meilleur de lui-même lors de chacun des trois tests. Je crois fermement pouvoir compter sur lui à l’avenir et vois en lui un potentiel cheval de championnats. Il a beaucoup de talent et de grandes capacités. Je suis ravie de ce Mondial et surtout du potentiel que je décèle, qu’il devra confirmer.”

Piggy March et Dasset Arthalent.

Piggy March et Dasset Arthalent.

© PSV Morel/Mondial du Lion



La belle remontada de Nicolas Touzaint

Même son de cloche chez le régional de l’étape, Nicolas Touzaint, toujours aussi apprécié et soutenu par le public angevin. Vice-champion du monde des six ans en titre, huitième au provisoire avant le saut d’obstacles, Fibonacci de Lessac*HDC (SF, Carinjo 9 x Bright Silver) lui a offert un remarquable sans-faute. Combiné aux déboires de plusieurs concurrents qui le précédaient, cette performance lui a offert la troisième place. “Je suis ravi car c’est un cheval dans lequel je fonde beaucoup d’espoirs. Je le sens encore un peu vert et regardant, car il a très peu d’expérience, mais il fait valoir sa qualité. Il est de plus en plus avec moi et là, il a réalisé un week-end formidable sur les trois tests. C’est très encourageant pour la suite”, se réjouit le champion olympique par équipes d’Athènes. “il est en pleine progression sur les barres comme à l’hippique depuis deux ou trois mois. J’ai le sentiment qu’il a encore une grosse marge de progression. Et par expérience, je sens vraiment en lui un potentiel énorme. Maintenant, il va falloir réussir à l’exploiter.”

La suite s’écrira donc avec prudence. “Fibonacci n’a débuté le complet que l’an passé donc tout va un peu vite. C’était déjà mon discours il y a un an. Son année 2023 sera importante. L’idée est qu’elle soit tranquille. Il va répéter – j’aurais envie de dire – redoubler son année 2022. Il a besoin de confiance, de s’habituer, de se rassurer. Il est certain que je n’irai pas trop vite. On ne le verra certainement pas beaucoup en concours, comme cette année où je l’ai préservé pour bien préparer cette épreuve.” Et quand on lui fait remarquer que son partenaire n’a globalement pas l’air facile à monter et ne pourrait sans doute pas être mis entre toutes les mains, il répond en riant: “On ne va de toute façon pas essayer avec quelqu’un d’autre, donc on ne saura pas.” Une bonne nouvelle pour le clan français!

Nicolas Touzaint et Fibonacci de Lessac*HDC ont signé un superble sans-faute.

Nicolas Touzaint et Fibonacci de Lessac*HDC ont signé un superble sans-faute.

© PSV Morel Mondial du Lion



Mathieu Lemoine entre joie et déception

Suivent au classement SBH Big Wall (ISH, Puissance x Courage II) sous la selle de la Britannique Izzy Taylor, Rosconnell Alto (ISH, Tabasco Van Erpekom x Cavalier Clover Lad), monté par l’Irlandais Ian Cassells. Mathieu Lemoine et sa jument Fly Up de Banuel (SF, Upsilon x Orlando) occupaient la cinquième place. Hélas, le dernier obstacle, tombé d’une touchette avec une infinie lenteur, a eu raison de leurs espoirs de podium, au grand dam du cavalier, qui n’en a pas perdu son sourire pour autant. Le champion olympique par équipes de Rio, qui a connu des années moins fastes depuis, se réjouit de compter dans ses écuries non pas une, mais deux montures capables de le ramener au plus haut niveau: Fly Up, mais aussi Fandgio (SF, Vagabond de la Pomme x Fast), dix-septième et dernier classé.

“Avec Fandgio, j’ai tutoyé trois barres. J’ai eu beaucoup de chance sur le numéro un, où il n’a pas été très attentif. Et sur deux autres obstacles, je l’ai beaucoup mis à l’effort, mais on nous nous en sommes sortis. Il a réussi beaucoup de sans-faute cette année. Il peut être un peu lent car il n’est pas toujours très malléable. Il a manqué d’attention aujourd’hui, mais entre l’événement, le monde, le vent, la hauteur et la décoration du parcours, il avait de quoi s’émouvoir. C’est un bon sauteur, mais rien n’est habituel ici. Je crois très fort en lui. C’est ma relève”, a-t-il déclaré en descendant de cheval, avant de repartir avec Fly Up de Banuel. Avec quatre points, il s’est emparé avec elle de la douzième place finale. “Il ne manque rien pour que ça passe! C’est rageant et frustrant. Ma jument était super et a réussi un beau parcours. Je crois avoir déjà couvert une foulée avant que ne tombe cette fichue barre…” Le bilan global reste cependant très satisfaisant. “Je suis évidemment content de mon Mondial. Il y a longtemps que je n’étais pas venu ici, et j’étais déjà très heureux d’avoir deux chevaux au départ. Ils se sont bien présentés et ont gagné en expérience. Il n’y a que du positif. Les deux sont classés et c’est tant mieux. Surtout, pour les saisons à venir, j’ai deux atouts que je vais garder.”

Entre les deux partenaires de Mathieu, le clan français a pu se réjouir de la quatorzième place de Benjamin Massié et Figaro Fonroy (SF, Huppydam des Horts x Oberon du Moulin), auteurs d’un sans-faute. “Tout s’est bien passé. J’aurais été très déçu de fauter avec ce cheval, qui n’a fait tomber qu’une barre cette saison. Je suis très content de lui, comme de Filao de Perle (auteur de quatre points et trente-cinquième, ndlr). J’ai été aidé par le fait d’avoir déjà sauté le parcours avec Filao, puisque j’ai pu rectifier avec Figaro une bêtise de tracé commise avec lui. Les deux étaient très bien, pas trop éprouvés par le cross, et m’ont bien écouté. C’est de bon augure pour la suite. Et puis, c’est génial pour la propriétaire de Figaro, qui m’a fait confiance quand je lui ai suggéré de l’acheter à trois ans. À cet âge-là, il était déjà grand et dégingandé, et ne sautait pas trop, mais ses éleveurs m’avaient dit que c’était un bon cheval. Je suis très content, c’est super.”



D’autres réactions françaises

Relégué de la onzième place provisoire aux portes du classement, Maxime Livio n’a pas caché sa déception en descendant de Feliz Am’Or (SF, Yarland’s Summer Song x Rheinglod de Luyne). “J’ai un peu de regret car je n’ai pas eu le temps de lui montrer l’ensemble de la piste, en particulier le coin qui précédait le triple. Il a très bien sauté et s’est montré attentif, mais dans ce coin-là, il s’est mis un tout petit peu de travers. Je pense qu’il aurait été sans faute si j’avais pu le lui montrer. C’est rageant! En même temps, ce sont de jeunes chevaux qui sont là pour prendre du métier. Ce petit défaut d’expérience va se gommer avec l’âge.” 

Morgane Euriat, en revanche, s’est réjouie de son tour sans pénalité et de sa vingt-deuxième place avec Fixin de Condé (SF, Fromecs Balturo x Yarland’s Summer Song). “Je suis contente de mon cheval du début à la fin. Il n’a pas été très bien noté au dressage. Passer en fin de deuxième journée nous aurait aidés, mais il a fait son job. Idem sur le cross où il a été fantastique. Et là, il a fait ce qu’il fallait, restant à l’écoute. Les conditions du concours ne l’ont pas perturbé: il est resté parfaitement concentré, lui qui est pourtant prompt à se laisser envahir par la peur. Les objectifs seront peut-être un CCI 4* en fin d’année prochaine, en fonction de sa progression, mais il ne va pas courir énormément et nous n’allons pas brûler les étapes, ni probablement courir en Pro 1 ou Pro Élite l’an prochain, même s’il pourrait largement le faire. Je souhaite qu’il vive une longue carrière.” 

Après un dressage bien en-dessous de son niveau habituel, Fair Lady des Broucks (SF, Upsilon x Chin Chin) ayant fait montre d’une grande émotivité, Thomas Carlile, sacré ce matin avec Golden de Béliard, ne pouvait raisonnablement pas prétendre à un classement. Pour autant, le duo a signé un sans-faute remarqué. “Fair Lady est extrêmement sensible, et on ne va pas la transformer. Elle a montré qu’avec du travail, on peut quand même bien améliorer les chevaux. Elle est super sensible, ce qui fait aussi sa qualité car elle est extrêmement respectueuse. Son sans-faute de cet après-midi est une belle revanche sur l’an dernier (où elle avait écopé de douze points à l’hippique, ndlr). Maintenant, elle doit parvenir à se poser dans les concours de ce type, comme elle le fait sur le circuit national et les CCI où il y a peu de public.”

Lourdement pénalisé sur le cross, Gaspard Maksud ne pouvait pas non plus espérer remonter fortement au classement, dont il a pris la quarante-cinquième place finale après avoir signé le premier sans-faute de l’après-midi avec She’s the One (AES, Jaguar Mail x Condios). “C’est une bonne jument et une bonne sauteuse. On se demande toujours comment un cheval va sauter après neuf minutes de cross, et tout s’est bien passé. Nous avons rencontré un couac hier, mais c’est le sport, ça arrive. On ne peut qu’être content d’avoir une jument qui récupère aussi bien et qui saute ainsi aujourd'hui, avec le monde autour, sans s’inquiéter de rien. She’s the one!” Voilà de quoi envisager les années à venir avec optimisme.

Les résultats