“Si nous voulons continuer à monter à cheval, il est vraiment essentiel de sensibiliser l’opinion publique”, Sylvie Robert

Eurexpo ouvre ses portes au public ce matin à l’occasion du salon Equita Lyon, rendez-vous incontournable pour tant de passionnés de cheval et d’équitation. Sylvie Robert, présidente de GL events Equestrian Sport, société organisatrice de l’événement, se réjouit d’accueillir un nombre record d’exposants et probablement de spectateurs, mais aussi des compétitions, qui verront s’affronter les tout meilleurs cavaliers mondiaux de saut d’obstacles et dressage, la crème des meneurs d’attelage, ainsi que de très nombreux champions dans un très grand nombre de disciplines équestres. Très concernée par le bien-être équin, cette femme de cheval accomplie a choisi de faire de ce sujet le fil rouge du cru 2022. L’entrepreneuse lyonnaise évoque les grandes lignes d’un programme gargantuesque, mais aussi le contexte encadrant cette édition.



Pendant plusieurs semaines, la France a connu une pénurie de carburants en raison de mouvements sociaux dans les raffineries, qui semblent toucher à leur fin. Dans quelle mesure avez-vous craint pour la fréquentation d’Equita Lyon?

Le climat social est un peu tendu, ce qui est logique compte tenu de la conjoncture économique. Je dois dire que nous étions un peu inquiets face à cette pénurie. Là, les choses semblent effectivement se débloquer. Ce matin (entretien réalisé vendredi dernier, ndlr), il m’a semblé que les stations-services des alentours avaient globalement été livrées en carburant, y compris celles qui n’en avaient plus ces dernières semaines. Pour nous, cet aspect est essentiel car nombre des visiteurs du salon viennent en voiture, dans la mesure où ils y font beaucoup d’achats. Pour autant, nous avons mis en place des alternatives avec les services locaux de transports en commun. Il y a notamment des tramways jusqu’à 1h30 du matin pour rejoindre le centre-ville, ce qui me semble très positif.

Après deux saisons hivernales grandement impactées par la crise sanitaire, celle qui débute s’annonce beaucoup moins touchée, voire exempte de restrictions. L’édition 2022 d’Equita Lyon est en quelque sorte le premier grand salon du cheval post-Covid…

Oui, bien d’autres événements se déroulent normalement depuis quelques mois, mais nous sentons vraiment l’engouement des gens pour le nôtre cette année. Ainsi, cela fait deux semaines que nous avons vendu les dernières places disponibles en tribunes pour les sessions de samedi et dimanche du Longines Equita Lyon, Concours Hippique International. Désormais, il en est de même pour la session du vendredi. Toutes les tables de notre village VIP sont également réservées, de même que les espaces disponibles pour les stands dans notre salon. C’est une situation inédite. Pour la passionnée de cheval que je suis, il est génial de pouvoir fédérer autant d’acteurs autour de cette passion commune.

Nous avons été très heureux et marqués par un autre record, à savoir celui du nombre de chevaux engagés. Cela vaut notamment pour les épreuves d’élevage Jeunes Talents organisées sous l’égide de la Société hippique française, auxquelles prendront part près de soixante chevaux. Il y a un vrai enthousiasme de la part de tous les acteurs de la filière puisque nous avons également atteint un record d’engagements dans nos épreuves Amateurs, où les trois cents places disponibles se sont arrachées en cinquante-cinq secondes. Les compétitions Clubs et Poneys ont aussi été saturées très rapidement. Concernant les épreuves internationales, nous accueillerons notamment l’Allemande Jessica von Bredow-Werndl, championne olympique en titre et numéro un du classement mondial de dressage, le Suédois Henrik von Eckermann, champion olympique par équipes, double champion du monde en titre et numéro un du classement mondial Longines de saut d’obstacles, de même que l’Australien Boyd Exell, sextuple champion du monde et numéro un mondial incontesté de l’attelage, dont Lyon ouvre la Coupe du monde. Le revers de la médaille est que nous avons dû refuser des cavaliers extraordinaires, auxquels je n’aurais jamais imaginé un jour pouvoir dire non. C’est toujours très difficile pour moi mais il ne peut pas y avoir de place pour tout le monde. 

Comme l’an passé, dix-sept Français figurent parmi les cinquante-cinq heureux élus du CSI 5*-W. Comment fonctionne le processus de sélection?

En accord avec la Fédération française d’équitation, j’ai toujours souhaité donner leur chance à de jeunes cavaliers. Je crois que cela fait partie de notre rôle d’organisateurs, et que c’est encore plus important à moins de deux ans des Jeux olympiques de Paris. Ainsi, nous avons souhaité invité Mégane Moissonnier (en Une du dernier numéro du magazine GRANDPRIX, ndlr), dont les récents résultats en équipe de France ont été remarquables, et Jeanne Sadran, qui réalise de super parcours au plus haut niveau (la jeune Toulousaine s’est notamment classée septième du Grand Prix CSI 4*-W d’El Jadida dimanche avec Dexter de Kerglenn, ndlr). Aux championnats du monde de Herning, l’équipe britannique comptait deux cavaliers de vingt-deux et vingt-trois ans (Joseph Stockdale et Harry Charles, ndlr). Il y a également de nombreux jeunes Suisses qui brillent à haut niveau et auxquels il m’a d’ailleurs été difficile de dire non cette année, même si c’est aussi la loi du sport (Martin Fuchs, Steve Guerdat et Pius Schwizer représenteront la Confédération helvétique, ndlr).

Il n’est pas toujours facile de trouver un terrain d’entente avec la FFE quant aux cavaliers à inviter, chacun défendant ses intérêts. Par exemple, je souhaite accueillir ceux soutenus par GL events ainsi que les meilleurs de la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais nous sommes tombés d’accord pour permettre à tous ceux qui ont pris part à des Coupes des nations cette année de concourir à Lyon. C’est ce que nous avons essayé de faire. Olivier Robert ne sera pas là car il a mis au repos son cheval de tête (Vivaldi des Meneaux, ndlr). De plus, nous nous sommes dit que les cavaliers ayant participé ces deux derniers week-ends aux deux premières étapes de la ligue d’Europe occidentale Longines de la Coupe du monde, à Oslo et Helsinki (où l’Aquitain a concouru aux côtés de Kevin Staut, mais aussi de Julien Anquetin en Finlande, ndlr) ne seraient pas prioritaires pour Lyon. Seul Kevin, formidable cavalier comptant plusieurs chevaux de Grands Prix, sera bien là. Nous avons vraiment tenté de faire au mieux avec Sophie Dubourg (directrice technique nationale, ndlr), mais il y a toujours des déçus, et nous sommes les premiers à l’être de ne pas pouvoir accueillir tout le monde.



“Je souhaite vraiment offrir une place aux para-dresseurs”

Le CHI Longines d’Equita Lyon est le support d’étapes des Coupes du monde de saut d’obstacles, dressage et attelage, mais aussi d’une étape du Jumping Ponies Trophy. Songez-vous à ouvrir le programme déjà très riche de l’événement à d’autres disciplines? On pense notamment à la voltige…

Cette année, la voltige est présente à travers le spectacle “La Maestria” (dont deux représentations seront données vendredi et samedi soir, ndlr), auquel Nicolas Andréani (multimédaillé en voltige, ndlr) participe aux côtés de Lorenzo. Cet été à Herning, j’ai vraiment été bluffée par les performances que j’ai vues à l’occasion des championnats du monde de voltige. Nous aimerions tout faire (rires), mais nous manquons de temps et aménageons déjà beaucoup de pistes. Il est difficile de faire plaisir à tout le monde. En cinq jours nous accueillons pas moins de 3.500 chevaux! 

Pour autant, je suis ravie que nous ayons pu organiser dès cette année une présentation de para-dressage, à laquelle prendront part trois cavaliers. Notre objectif est de sensibiliser le public, qui ne connaît pas forcément trop cette discipline, et de mettre sous le feu des projecteurs ces athlètes incroyables, que j’ai passé pas mal de temps à observer à Herning. Cette discipline est particulièrement émouvante et offre une belle leçon d’humilité. Le programme de notre journée de dimanche a été modifié afin de replacer la Coupe du monde d’attelage à 12h55, suivie de la Coupe du monde Longines de saut d’obstacles à 15h15, et de cette présentation, prévue vers 17h45. Nous ferons une place encore plus grande aux para-dresseurs à Fontainebleau, dans le cadre du Printemps des sports équestres(la deuxième édition de cet événement, regroupant un CSI 4* et le Master Pro de jumping, se tiendra en avril, ndlr). L’an prochain, notre événement tombe en même temps qu’un concours important pour la discipline (le CPEDI 3* de Waregem, en Belgique, ndlr), mais nous proposerons un beau CPEDI dès 2024, année où le Printemps des sports équestres reculera d’une semaine.

Que doit-on attendre de l’édition 2022 du Printemps des sports équestres?

Nous avions un temps envisagé d’organiser un CSI 5*, mais je pense que nous allons finalement conserver un CSI 4* pour l’instant. En revanche, le programme sera enrichi par du dressage, avec a priori un CDI 5*, qui comportera seulement les trois épreuves du Grand Tour (Grand Prix, Spécial et Reprise Libre en Musique, ndlr) et accueillera une quinzaine de cavaliers. Pour le reste, nous mettrons en place la même installation, avec peut-être davantage de tribunes couvertes, parce que nous avons accueilli énormément de public cette année alors même que nous n’avions pas beaucoup communiqué autour de l’événement, hormis sur les réseaux sociaux et à travers de l’affichage dans la région de Fontainebleau. Je crois que cet événement a été extrêmement apprécié, ce qui nous rend très heureux, car nous aimons beaucoup cette collaboration avec la FFE et l’esprit de ces championnats.

De plus, nous avons, été gâtés avec les victoires de Pénélope et Éden (Leprevost et Leprevost Blin-Lebreton, sacrées championnes de France Pro Élite et Pro 1, ndlr), et la deuxième place d’Olivier Perreau (cavalier GL events, ndlr) dans le Grand Prix du CSI 4* juste derrière la Britannique Lily Atwood. Nos équipes ont vraiment bien vécu l’organisation de ce tout premier événement extérieur, qui se tenait juste après le Saut Hermès au Grand Palais Éphémère (également organisé par GL events pour le compte de la maison Hermès, ndlr), et le site de Fontainebleau est formidable!



“Certains concours vont bien, mais d’autres souffrent, car les gens comptent plus”

D’un point de vue économique, la conjoncture semble quelque peu ambivalente entre une véritable volonté d’entreprendre et une peur liée à la crise inflationniste et énergétique. Ressentez-vous cela à travers l’organisation de votre événement?

Concernant les exposants, nous avons dépassé notre record de l’année 2019, ce qui est un très bon signal et témoigne de l’intérêt économique du salon. Si nous nous attachons à accueillir un maximum de cavaliers de la région, de tout niveau, et si nous sponsorisons tant de compétitions toute l’année autour de Lyon, c’est parce que les clients de nos exposants sont en premier lieu des personnes de la région, qui viennent visiter notre salon en famille ou avec les autres licenciés de leur club.

Quant à la conjoncture actuelle, nous subissons également les tensions énergétiques et une augmentation des prix de 10 à 30% sur certains produits. Cette année, je n’ai d’ailleurs pas souhaité répercuter ces charges sur les prix des stands et les tarifs de la billetterie, que nous n’avons pas augmentés depuis 2019. La situation n’est pas facile pour les exposants comme pour les organisateurs. Si certains concours vont très bien, d’autres souffrent, car les acteurs de notre filière comptent davantage aujourd’hui qu’il y a trois ans. Un plein de carburant pour aller en concours coûte très cher, tout comme les hôtels, dont les prix ont énormément augmenté, parmi bien d’autres dépenses.

Par essence, l’événementiel est une activité très dispendieuse en ressources et en énergie. À l’heure où la sobriété a été érigée en valeur maîtresse, sur quelles pistes travaillez-vous pour réduire l’empreinte carbone d’Equita Lyon?

Tout d’abord, nous avons adopté des chartes très importantes avec nos sous-traitants concernant la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et l’économie sociale et solidaire (ESS). Ensuite, nous allons désormais chauffer considérablement moins les halls d’Eurexpo, suivant un engagement fort pris par l’ensemble de notre groupe, et réduire les quantités de moquette utilisées, sans rogner sur le confort des chevaux. Dans les écuries internationales, par exemple, nous avons installé des moquettes particulières visant à minimiser les risques de glissade. Nous avons également adopté une grande politique de tri des déchets et de recyclage des litières. Nous avons d’ailleurs été labellisés EquuRES (ce qui a pour but de valider une démarche de qualité en faveur de l’environnement et du bien-être animal, ndlr). Au sein de notre groupe comme de mon équipe, un service entier gère ces aspects-là. Organiser ce salon sur un site qui nous appartient constitue également un avantage dans le sens où de nombreuses choses peuvent être réutilisées, ce qui réduit d’autant le gaspillage et les frais inutiles.



“Je tiens à féliciter nos équipes tout comme la direction du groupe”

Fil rouge de l’édition 2022, le bien-être du cheval est une préoccupation de plus en plus prégnante, et le faire-savoir, un combat permanent, à en juger par la prise de distance d’élus tels que le maire d’une grande ville comme Lyon, Grégory Doucet (Europe Écologie Les Verts), qui a choisi de ne plus s’associer à Equita Lyon?

Sincèrement, je regrette la décision du maire de Lyon, qui sera toujours le bienvenu à Equita Lyon. Notre ville dispose pourtant d’une police montée, pour laquelle des écuries et une carrière ont d’ailleurs été aménagés au parc de la Tête d’Or… Les cavaliers adorent et dorlotent leurs chevaux. Personnellement, je leur ai dédié ma vie, à travers toutes mes activités.

Quoi qu’il en soit, cette réaction démontre à quel point le bien-être des chevaux de sport et l’acceptabilité sociale de nos activités équestres sont des sujets primordiaux. C’est pourquoi nous en avons fait notre fil rouge cette année, en partenariat avec toutes les maisons-mères de la filière. Nous avons renouvelé notre pôle dédié à la santé des chevaux mais aussi des cavaliers, ainsi que notre Journée bien-être équin. Cette année, notre objectif est de voir toutes les disciplines représentées lors de cette journée, y compris les pratiques non olympiques comme la voltige, l’attelage, le TREC et les pony-games (le programme complet est disponible ici). Nous voulons parler de bien-être au grand public autant qu’aux acteurs du monde du cheval, qui connaissent pour la plupart déjà bien ce sujet. Sur chaque carrière, il y aura des intervenants, des démonstrations et beaucoup de films. Si nous voulons continuer à monter à cheval et voir l’équitation demeurer au programme olympique après les Jeux de Los Angeles (qui auront lieu en 2028 et où la présence des sports équestres est assurée, avec un programme et des disciplines à définir, ndlr), il est vraiment essentiel de sensibiliser l’opinion publique.

Comment se porte le groupe GL events à la sortie de la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19? 

Le groupe retrouve ses valeurs financières de 2019, avec une très forte croissance du chiffre d’affaires. Nos équipes œuvrent à de très grands projets, dont la Coupe du monde de football au Qatar (du 20 novembre au 18 décembre, ndlr) et l’organisation de la COP (Conférence des Nations Unies sur le changement climatique, ndlr) en Égypte (du 6 au 18 novembre, ndlr). Nous avons également pris part à l’organisation des Jeux du Commonwealth (cet été à Birmingham, ndlr) et préparons encore d’autres très beaux événements, dont la Coupe du monde de rugby de 2023 (qui aura lieu en France, ndlr). Cela requiert énormément de travail de toutes nos équipes, qui sont extrêmement investies et nous permettent actuellement de viser des chiffres historiques au quatrième trimestre de 2022! Je tiens à les féliciter, tout comme la direction du groupe, qui a fait preuve d’une grande résilience. Nous avons traversé des années très difficiles. L’an dernier, par exemple, l’organisation d’Equita Lyon était intervenue après un an et demi d’incertitudes, comprenant des périodes de chômage pour nos collaborateurs, et nous n’avions pu lancer la billetterie qu’en septembre. Même si d’autres crises ont malheureusement succédé à cette crise sanitaire, j’espère du fond du cœur que tout cela est désormais derrière nous.