Le seul sport olympique mixte est-il réellement égalitaire?

Dans l’édito de son magazine d’avril, GRANDPRIX s’intéresse à l’égalité entre les sexes en équitation, seul sport intégralement mixte au programme des Jeux olympiques.



Le 8 mars, un hommage national a été rendu à Gisèle Halimi, avocate, députée et militante féministe, dont on attend désormais l’entrée au Panthéon promise par le président de la République, Emmanuel Macron. En cette journée internationale des droits des femmes, en 2023 plus encore que d’habitude, un nombre incalculable d’organisations associatives, d’entreprises et d’institutions de toute sorte ont bruyamment promu la réussite de représentantes inspirantes et/ou leurs efforts visant à réduire les inégalités entre femmes et hommes. Comme chaque année, les fédérations d’équitation en ont profité pour rappeler que celle-ci demeure le seul sport olympique mixte. Une fière singularité apte à nourrir la noblesse et même la popularité de cette pratique auprès du grand public.



Pour autant, si les compétitions permettent à ces dames et sieurs de concourir ensemble, dans les mêmes conditions et à tous les niveaux, il reste quelques vestiges datant d’avant 1964, année à partir de laquelle les trois disciplines équestres inscrites au programme olympique sont devenues mixtes aux Jeux. Ainsi, en 2023, neuf concours de saut d’obstacles internationaux, dont cinq en France, proposeront un label Ladies, dont les épreuves, généralement d’un niveau Amateur, sont réservées à celles que l’on nomme parfois encore “amazones”, en souvenir de l’époque où elles ne pouvaient monter à califourchon… Fort heureusement, ces CSIL sont de moins en moins nombreux – à titre de comparaison, on en dénombrait dix-sept en 2016. La plupart des organisateurs ont préféré développer des concepts différents et différenciants, ou justement valoriser le caractère mixte des sports équestres.



En la matière, le Saut Hermès, dont la douzième édition s’est déroulée du 17 au 19 mars au Grand Palais Éphémère à Paris, fait figure d’événement disruptif. Ainsi, alors que l’on ne comptait en mars que trois femmes dans le top cinquante du classement mondial Longines, la maison Hermès et GL events Equestrian Sport, son maître d’œuvre, ont fait en sorte qu’elles soient quinze parmi les soixante participants. Un cas unique de “discrimination positive” dans un CSI 5*. Depuis la première édition de ce chic événement parisien, en 2010, la journée du samedi a pour point d’orgue une épreuve ouverte aux dix meilleures cavalières et dix meilleurs cavaliers de l’épreuve majeure de la veille. Disputée en doubles mixtes jusqu’en 2014, cette joute en deux manches est ensuite devenue individuelle. Depuis, elle a mis à l’honneur les Australiennes Amy Graham et Edwina Tops-Alexander, les deux seules femmes à l’avoir remportée, en 2015 et 2018 avec Bella Baloubet et Lintea Tequila.



En matière de modernisation des pratiques, on ne peut que saluer la décision prise par la Fédération française d’équitation de ne plus organiser de championnat des cavalières dans le cadre du Master Pro. En 2019, l’ultime édition de cette compétition genrée, cotée à 1,40 m, avait réuni cinquante-deux engagées, ce qui était loin de traduire une perte de vitesse. Depuis 2022, celles qui évoluent à ce niveau disputent soit le championnat Pro 2, soit le Pro 1. Et en 2022, les quatre titres en jeu ont justement été décernés à des cavalières: Pénélope Leprevost, Eden Leprevost Blin-Lebreton, Anne Rapinat et Fiona Versini. Advienne que pourra lors de l’édition 2023, organisée du 19 au 23 avril au Grand Parquet de Fontainebleau, là encore à l’invitation de GL events Equestrian Sport, société présidée – rappelons-le – par une femme, Sylvie Robert.



Au niveau supérieur, la Fédération équestre internationale (FEI) pourrait remettre en question les règles du classement mondial de jumping, dont elle est coresponsable avec le Club des cavaliers (IJRC). En effet, il est des raisons de penser qu’elles avantagent les hommes (à ce titre, lire cet article en deux parties), ce qui n’est pas du tout le cas des classements de concours complet et dressage. Et la FEI pourrait songer à dépoussiérer quelques usages. Ainsi, lors des remises de prix, on se désespère de voir encore et toujours les cavalières « cacher » leur joie sous leur casque là où les cavaliers ôtent leur couvre-chef pour partager leur bonheur avec le public. Il n’est surtout pas question de vouer toutes les traditions aux gémonies, mais on pourrait encourager les individus des deux genres, ainsi que ceux qui ne se reconnaissent dans aucun des deux, à s’affranchir de certains codes sociétaux devenus désuets… Cela peut paraître anecdotique, mais le diable se niche toujours dans les détails!



On l’aura compris, il reste à faire pour favoriser l’émergence et le maintien au plus haut niveau des femmes, mais les institutions progressent, et les avancées sont nombreuses, à l’image de la récente révision par la FEI du dispositif de congé maternité, permettant désormais aux athlètes d’adapter la durée de leur trêve professionnelle tout en conservant leurs points au classement mondial. Soyons fières et fiers de vivre et d’œuvrer dans un univers où humains et équidés concourent ensemble sans distinction sexuée, essayons de le valoriser au mieux et continuons à corriger toutes les inégalités qui peuvent l’être!