Lars Kersten surprend son monde à Göteborg, où Olivier Robert a fière allure et Julien Anquetin finit aux portes de la finale

Lars Kersten s’est adjugé le Grand Prix Coupe du monde Longines de Göteborg, cet après-midi en Suède. Associé à l’excellente Hallilea, le Néerlandais a créé une belle surprise en tenant tête aux cadors suédois Henrik von Eckermann et Peder Fredricson, deux et troisième avec King Edward Ress et Catch me Not S. Pour la France, Olivier Robert s’est très joliment classé quatrième avec Iglesias DV, tandis que Julien Anquetin, seizième sur Blood Diamond du Pont, finit deuxième réserviste de la Ligue d’Europe occidentale Longines, à un point seulement d’une qualification assurée…



Qui aurait misé sur une victoire de Lars Kersten, “seulement” cent quatre-vingt-douzième au classement mondial Longines des cavaliers de saut d’obstacles, cet après-midi à Göteborg, où s’est achevée la Ligue d’Europe occidentale Longines de la Coupe du monde? Certes, le plateau n’était pas exceptionnellement fort ce week-end en Suède, à l’image de ce qu’on a vécu pendant une grande partie de l’automne et de l’hiver en Coupe du monde – il faut dire que ce CSI 5*-W était en concurrence directe avec le très généreusement doté CHI Al Shaqab de Doha ainsi qu’avec un CSI 5* organisé à Wellington, en Floride, dans le cadre du Winter Equestrian Festival. Pour autant, il y avait une partie non négligeable du gratin mondial, et presque tous les meilleurs Suédois, à l’exception de Malin Baryard-Johnsson, qui s’est justement imposée hier à Doha avec H&M Indiana.

Aussi surprenante soit-elle, la victoire de ce jeune Néerlandais, qui a fêté ses vingt-quatre ans samedi dernier, ne doit rien au hasard. Associé à Hallilea, une jument KWPN de douze ans par le Selle Français Quamikase des Forêts et une mère par Larome, cet ancien cavalier de dressage, reconverti avec bonheur et succès en saut d’obstacles et passé dans les écuries de Marcus Ehning et Jos Lansink, a signé un tour initial hautement convaincant, puis un barrage absolument parfait. L’histoire est d’autant plus belle qu’Hallilea, déjà sixième l’an passé du Grand Prix Rolex au CSI 5* de Bois-le-Duc, est issue de l’élevage de Pieter Kersten, le père de Lars, qui en est toujours le propriétaire. Comme dans un rêve, toute la famille a pu vivre ce triomphe sur place, en compagnie de celle de la petite amie suédoise du cavalier.

Trente-cinq couples ont pris le départ de ce Grand Prix. Sur l’emblématique ovale du Scandinavium, théâtre de tant d’exploits depuis la naissance de la Coupe du monde, en 1978, notamment lors de finales restées dans la légende, ils ont eu affaire à un parcours délicat et sélectif, imaginé par le chef de piste suédois Peter Lundström. Seuls sept binômes, soit 20% des partants, ont réussi un sans-faute. On saluera les parcours plus qu’honorables du Brésilien Yuri Mansur, du Britannique Scott Brash et de la Suédoise Wilma Hellström, qui n’ont encaissé que des pénalités pour temps dépassé –un centième de seconde seulement pour le premier nommé! – en selle sur Vitiki, huitième, Hello Jefferson (né Jerenmias van het Hulstenhof), neuvième, et Quinti von Hof, dixième. Le menu imposé aux concurrents s’est avéré si copieux que tous ceux qui n’ont renversé qu’une barre ont marqué des points au classement général de la Ligue.

Venu chercher les derniers qui lui manquaient pour participer à sa première finale, Julien Anquetin n’en a finalement pris qu’un seul, au mérite de sa seizième place. Associé à Blood Diamond du Pont, son meilleur cheval, le Normand a concédé une grosse faute sur les barres de Spa placées en 6, juste après le triple vertical-oxer-vertical et un virage à gauche pas si simple à négocier. Il a alors accéléré afin d’obtenir le meilleur classement possible. Avant de signer le troisième meilleur chronomètre du tour initial, le duo a malheureusement concédé une seconde faute sur le vertical 10. S’il avait davantage “assuré”, Julien aurait pu finir quatorzième et valider sa qualification de plein droit, mais il ne pouvait pas le savoir. Un scénario assez cruel pour celui qui a fait de la finale “SON” objectif en 2024.

Avec trente et un points au classement général, à égalité avec Marcus Ehning et Lorenzo de Luca, mais un “place-average” moins favorable que ceux de l’Allemand, vainqueur de l’étape madrilène, et de l’Italien, quatrième à La Corogne, Julien achève l’exercice 2023-24 du circuit indoor à la vingt-deuxième place. En principe, les dix-huit meilleurs se qualifient pour la finale, mais le Suédois Henrik von Eckermann est qualifié d’office en tant que tenant du titre, et l’Allemand René Dittmer, très performant cet automne en Amérique du Nord, devait marquer au moins un point dans une étape européenne pour valider son ticket, ce qu’il n’a pas su faire. Triple vainqueur de la finale, Marcus Ehning, vingtième, est donc théoriquement le dernier qualifié. Théoriquement parce qu’il serait surprenant que personne ne déclare forfait, qui plus est à quelques mois des Jeux olympiques de Paris. Quoi qu’il en soit, ce soir, la France compte trois finalistes: Jeanne Sadran, Julien Épaillard et Kevin Staut, fautif à quatre reprise cet après-midi avec une Visconti du Telman visiblement moins bien réglée que jeudi lors de la victoire du couple. Pour espérer se rendre à Riyad, Roger-Yves Bost aurait dû finir dans le top cinq cet après-midi, mais sa généreuse et délicate Ballerine du Vilpion a renversé les éléments B et C du triple, ainsi que le vertical 12.



Une séparation de corps sans conséquence pour les champions du monde

Si le barrage ne revêtait plus aucun enjeu pour le classement général de la Ligue, il s’annonçait alléchant au regard de la liste de départ. Les spectateurs, très nombreux dans cette irrésistible chaudron suédois, ne s’y sont pas trompés, accueillant cette finale chronomètre d’une longue et vibrante ola, rappelant s’il le fallait que le grand sport n’est rien sans un grand public. Frissons garantis! Qu’on se rassure, aucun juge n’a eu à gâcher la fête d’un “Mesdames, Messieurs, les joueurs sont prêts”! Au Scandinavium, où s’est écrit aussi l’histoire du hockey sur glace, du patinage artistique, du tennis et des musiques actuelles, l’audience est connaisseuse et fair-play. Autant dire qu’on hâte de voir cet antre accueillir sa seizième finale de la Coupe du monde.

Première à revenir en piste, la Suédoise Amanda Landeblad, héroïque au tour initial, a produit un second parcours presque aussi bon que le premier avec For Killy, mais elle n’a pu sauver une faute sur la sortie du triple réduit en double, finissant cinquième. Olivier Robert est parti avec de belles ambitions sur Iglesias DV, incarnant à raison ses espoirs olympiques. Au final, le couple a produit sept superbes sauts… mais péché sur l’avant-dernier, le vertical 12, abordé de trop près par le Girondin. Ce très bel exercice a offert au couple la quatrième place. Dans la foulée, Lars Kersten a signé le premier double sans-faute, empreint d’intelligence et de fluidité, suivant un tracé irréprochable avec sa grise, très rapide au sol. Chapeau!

Leur performance était peut-être battable, mais personne n’y est parvenu. Héros du public, Peder Fredricson a tenté une option assez inattendue en demandant à Catch me Not S de se faufiler entre les verticaux 12 et 4 (voir plan) pour aller sauter le 4 après un demi-tour complet. Bien dressé et encore vaillant à dix-huit ans, son hongre gris de dix-huit s’est fort bien exécuté, mais cela n’a pas suffi à l’arrivée, le double vice-champion olympique individuel en titre, finalement troisième, coupant la ligne d’arrivée cinquante-cinq centièmes plus tard que le leader. On a cru à un coup de théâtre en voyant Henrik von Eckermann chuter au paddock après un saut “dévissé” de King Edward sur un très haut vertical. Une séparation de corps heureusement sans gravité pour les deux stars, le médecin du concours, tenu en pareilles circonstances de se prononcer sur la capacité du cavalier à poursuivre la compétition, n’ayant pas privé le public de son couple favori.

Avant le retour en piste des champions du monde et vainqueurs de la dernière finale de la Coupe du monde, Kim Emmen a tenté d’entretenir le suspense avec le joliment nommé Imagine, mais la Néerlandaise a sabordé ses chances dès le premier vertical du tracé, finissant sixième. Quelques minutes plus tard, il en fut de même pour le Norvégien Johann Sebastian Gulliksen, battu une seconde fois sur le vertical 12 et finalement septième sur le puissant Equine America Harwich VDL. Quant à “HVE” et King Edward, ils ont produit un barrage de meilleure facture que leur tour initial, l’alezan se montrant bondissant et aérien de bout en bout, mais cela n’a pas suffi, le duo s’inclinant pour vingt-huit centièmes de seconde devant plus fort que lui. Une victoire éclatante pour Lars Kersten, sa jument et leur entourage. Une victoire qui en appelle d’autres tant elle fut conquise avec l’art et la manière. Avec vingt points au général, le Néerlandais ne peut prétendre à la finale de Riyad, mais il a encore tout l’avenir devant lui.

Les résultats du Grand Prix Coupe du monde Longines
Le parcours du Grand Prix Coupe du monde Longines
Le classement général de la Ligue d’Europe occidentale Longines
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