“Le talent inné de United Touch S n’a pas toujours rendu les choses simples”, Richard Vogel
Dimanche, Richard Vogel abordera le Grand Prix Rolex du CSI 5* d’Aix-la-Chapelle en tant que prétendant au titre du Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles. Pour l’occasion, le numéro trois au classement mondial Longines des cavaliers misera évidemment sur son crack, United Touch S, vainqueur de l’épreuve reine du CSI 5* de Bois-le-Duc. Il s’est confié sur ses ambitions et son état d’esprit à l’approche de ce temps fort de la saison extérieure.
Vainqueur du Grand Prix Rolex du CSI 5* de Bois-le-Duc en mars dernier, vous êtes le prétendant actuel au Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles. Comment vous sentez-vous à deux jours du CSI 5* d’Aix-la-Chapelle?
À vrai dire, j’essaie de ne pas trop penser à mon statut de prétendant au Grand Chelem Rolex, même si cela ajoute une petite pression supplémentaire. En tant que cavalier, savoir la gérer faire partie de notre métier. Ce n’est pas toujours facile, mais j’ai l’habitude de devoir rester calme et concentré sans me laisser submerger par mes émotions. Il est aussi crucial de ne pas transmettre son anxiété à son cheval, car avec le stress, ils ont du mal à se concentrer. Si United Touch S sent ma nervosité, ou même une différence de comportement de ma part, cela l’affecte.
J’ai souhaité préparer le concoursd’Aix comme tout autre concours, ou plutôt comme tout événement majeur. Nous sommes toujours enchantés de participer à ce concours qui, au même titre que les autres étapes du Grand Chelem Rolex, est l’un des plus importants de notre saison. United Touch S est un partenaire hors du commun. L’objectif est donc de le garder dans la même forme qu’à Bois-le-Duc pour signer la meilleure performance possible ce dimanche à Aix-la-Chapelle. Heureusement, il a beaucoup d’expérience et il sait très bien reconnaitre les occasions importantes, comme le Grand Prix Rolex. Il est extrêmement intelligent. Il est donc vital de lui faire comprendre que malgré l’atmosphère inhabituelle, tout va bien.
Avez-vous toutefois mis en place des modifications concrètes dans votre préparation pour ce concours aixois ?
Nous avons axés nos efforts sur le travail sur l’herbe et la préparation aux conditions qui l’attendent à Aix. Ce sera son premier de l’année sur cette surface, mais je l’ai préparé en sautant beaucoup sur herbe à la maison. Nous avons fait en sorte de reproduire le cadre du CHIO au plus près, pour que United Touch S soit à l’aise lorsqu’il lui faudra évoluer sur l’herbe et avec des crampons. En collaboration avec notre maréchal-ferrant et notre vétérinaire, nous avons aussi effectué quelques changement dans la manière dont il était ferré afin de trouver la solution idéale pour lui. Comme il est normalement déferré en indoor, il a fallu changer pas mal de choses, l’idée n’étant pas de tout bousculer, mais de vérifier que chaque détail a été pris en compte.
Quelles sont les qualités qui ont permis à United Touch S de s’imposer à Bois-le-Duc?
Bien sûr, il a une amplitude phénoménale et il est très puissant, mais nous avons aussi bâti une relation très étroite au fil des ans. Même sur une piste intérieure aux dimensions modestes, du genre de celles où beaucoup pensaient qu’il aurait du mal à réaliser de bonnes choses lors qu’il était plus jeune, il a montré sa soif de gagner et son aptitude à tourner serré. Avec sa grande piste, Aix-la-Chapelle est a priori plus adapté à son type de foulée et son amplitude. Cela dit, il saute tous les types de parcours sans difficulté et si un obstacle lui donne du fil à retordre, je sais que la plupart des autres chevaux auront le même problème. En tant que cavalier, cela me rassure énormément. En revanche, son talent inné n’a pas toujours rendu les choses faciles, surtout au début. Il a beaucoup fallu travailler sa maniabilité et lui apprendre à raccourcir ses foulées, à reporter davantage son poids sur son arrière-main et à trouver son équilibre. Heureusement, il a un super mental. Il aime apprendre et c’est pour moi son plus grand point fort.
Réaliser le Grand Chelem Rolex consiste à gagner le Grand Prix de quatre des plus importants CSI 5* de la planète. Qu’est-ce qui fait l’originalité de ce défi?
Remporter un seul de ces Grands Prix est déjà un exploit en soi et le rêve de tout cavalier. Je me souviens encore de ma première victoire, au CHI de Genève. J’ai normalement tendance à garder la tête froide et à comprendre la portée d’une victoire immédiatement. Mais là, j’ai mis plusieurs jours pour réaliser l’ampleur de cette réussite. Cette fois, je dois dire que j’ai encore plus hâte de participer au Grand Prix d’Aix-la-Chapelle du fait que je sois prétendant au titre. L’histoire a démontré que deux victoires consécutives (et même trois, ndlr) étaient possibles, mais cela n’en reste pas moins extrêmement difficile à réaliser. Ce Grand Prix s’annonce d’autant plus difficile que nombre de cavaliers parmi les tout meilleurs mondiaux (vingt-quatre du Top vingt-cinq au classement mondial Longines, ndlr) sont présents à Aix-la-Chapelle cette année pour préparer les Mondiaux avec leurs meilleurs chevaux.
Le concours d’Aix-la-Chapelle est l’un des plus emblématiques du saut d’obstacles mondial. De votre point de vue de cavalier, qu’est-ce qui en fait un événement à part?
Dans ma plus tendre enfance, je regardais déjà le CHIO d’Aix à la télévision. En Allemagne, c’est l’événement équestre à ne surtout pas rater. Chacun des Majeurs du Grand Chelem Rolex a son importance dans notre planning, mais Aix-la-Chapelle est le summum. L’atmosphère qui émane du grand stade y est très intense. On sent que le lieu est empreint d’histoire et à quel point la foule est composée de passionnés. En tant que cavalier, c’est au moment d’entrer en piste que l’on prend véritablement conscience de la teneur symbolique du moment. Gagner ce Grand Prix reviendrait à réaliser un rêve de longue. Quand j’étais enfant, je n’aurais jamais osé imaginer un tel scénario car cela me semblait impossible, mais maintenant, je me prends à rêver de cette victoire.

