“Dans le Grand Prix d’Aix-la-Chapelle, nous allons tout perdre ou tout gagner”, Richard Vogel
Entre la pression du Grand Chelem Rolex pour l’un, le souvenir encore frais d’une victoire marquante pour l’autre, Richard Vogel et Martin Fuchs abordent le Grand Prix 5* d’Aix-la-Chapelle avec la même conviction : aucune autre piste ne suscite d’émotions comparables. À quelques mois des championnats du monde disputés sur ce même terrain, les deux cavaliers croisent leurs regards sur la magie du stade de la Soers, l’exigence d’un tel rendez-vous et la pression qui entoure les sélections pour les Mondiaux.
Cette édition spéciale de TSCHIO Aachen rend hommage à tout ce qui fait d’Aix-la-Chapelle un lieu si unique. En quoi cette compétition est si spéciale ?
Richard Vogel : Je pense qu’Aix-la-Chapelle est, pour n’importe quel cavalier dans le monde, l’un des meilleurs concours. Personnellement, j’estime qu’il s’agit du meilleur, c’est ma compétition préféré de toute l’année. Elle se déroule en Allemagne, ce qui la rend encore plus spéciale pour nous, qui jouons à domicile. Je me souviens avoir regardé ce concours à la télévision quand j’étais petit, dans le salon de mon grand-père. Je me prenais à rêver et me disais que concourir à Aix-la-Chapelle un jour serait incroyable. Aujourd’hui, être ici et pouvoir concourir avec un cheval comme United Touch S, c’est un rêve qui devient réalité. Dès que l’on entre dans le stade principal et que l’on ressent cette tension, ainsi que l’atmosphère créée par le public, c’est de très spécial. Cela donne la chair de poule.
Martin Fuchs : Je suis d’accord avec Richie. Aix-la-Chapelle est la Mecque de notre sport : le plus beau terrain, le meilleur public et l’une des plus belles compétitions. Le Grand Prix Rolex est le plus exigeant. J’adore concourir ici. Comme Richie, lorsque je suis entré en piste hier matin avec Leone Jei, j’ai eu la chair de. Même si beaucoup de très beaux concours existent, un tel événement est rare. On ne ressent pas ce genre d’émotions ailleurs.
Richard Vogel, vous concourez à domicile en tant que prétendant au Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles, après votre victoire à Bois-le-Duc. À quel point êtes-vous impatient de profiter de ce moment, dans un lieu aussi emblématique, et devant le public allemand ?
Richard Vogel : C’est très excitant. Comme je l’ai mentionné, Aix-la-Chapelle est toujours une priorité absolue dans notre calendrier de concours. Venir ici en tant que prétendant au Grand Chelem Rolex ajoute bien sûr de la pression et confère à cet événement une importance encore plus grande. Néanmoins, nous voulons toujours bien figurer ici et donner le meilleur de nous-mêmes. Cette donnée ne change donc pas vraiment fondamentalement notre planning. Tout le monde amène ses meilleurs chevaux, surtout pour le Grand Prix Rolex. Je compte sur United Touch S ici, le cheval qui nous a permis d’être dans la course au Grand Chelem après avoir remporté le Grand Prix de Bois-le-Duc. Avec lui, je vais essayer d’en faire autant demain.
Martin Fuchs, vous revenez à Aix-la-Chapelle avec le souvenir de votre victoire dans le Grand Prix sur Leone Jei (ex Hay El Desta Ali), l’année dernière. Compte tenu des succès de votre famille et des vôtres sur cette piste, que cela représente-t-il ?
Martin Fuchs : Gagner ici vingt-trois ans après mon oncle (Markus, ndlr) était très particulier. Je me souviens encore de son barrage avec Tinka’s Boy, lors duquel il avait battu Christian Ahlmann de deux centièmes. C’était une victoire très spéciale. Revenir ici et pouvoir participer et remporter moi-même le Grand Prix a été un sentiment incroyable, chargé d’émotion. J’avais déjà été tout près de la victoire une ou deux fois auparavant, mais cela ne s’était pas passé comme je le souhaitais dans les derniers instants, et j’avais commis quelques erreurs de cavalier. L’année dernière, j’étais vraiment déterminé à ne pas reproduire ces erreurs et à donner à mon cheval les meilleures chances de réussir.
“Être ici quelques mois avant les championnats du monde est une excellente préparation”
Martin Fuchs et Leone Jei sont les tenants du titre dans le Grand Prix d’Aix-la-Chapelle.
© Ashley Neuhof/Rolex
Bien sûr, l’objectif sera de remporter le Grand Prix, mais aussi de convaincre votre chef d’équipe en vue des Mondiaux, qui se tiendront sur cette même piste, dans trois mois. À quel point avez-vous cela à l’esprit ?
Richard Vogel : Vous avez tout à fait raison. Lors de ce Grand Prix, nous allons potentiellement tout perdre ou tout gagner. J’ai bien cela en tête et je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles le niveau est si élevé cette année. Tout le monde a amené ses meilleurs chevaux et tous les regards sont tournés vers ce rendez-vous, y compris ceux des chefs d’équipe. Quelle meilleure performance, ou quel meilleur message, pourrions-nous leur offrir que de bien figurer dans la piste où se dérouleront les championnats du monde ? D’autant plus que le rectangle de dressage est déjà en place, que le même chef de piste (Frank Rothenberger, ndlr) utilisera le même matériel… Il s’agit de l’une des compétitions les plus importantes avant les Mondiaux, où nous devons faire bonne figure.
Martin Fuchs : Bien sûr, être ici quelques mois avant les championnats du monde est une excellente préparation. Il est important concourir ici pour que les chevaux vivent une bonne expérience, mais aussi pour nous, les cavaliers. Même si cela peut parfois paraître facile vu de l’extérieur, cela ne l’est jamais vraiment et chaque jour est différent. Je pense que c’est là le plus grand défi : savoir comment se préparer au mieux pour ce jour-là et ce Grand Prix en particulier, puis être capable de performer au plus haut niveau et d’être sûr que son cheval est en pleine forme. Cela demande beaucoup de réflexion – parfois même des nuits blanches – à se demander : est-ce que je me suis bien préparé, est-ce que j’ai fait ce qu’il fallait ? Quand tout se passe bien, c’est un sentiment très gratifiant. Une fois entrés en piste, le résultat ne dépend plus complètement de nous.
Lors de ce TSCHIO, la configuration est quasi identique à celle que vous connaîtrez aux championnats du monde, notamment avec le rectangle de dressage au milieu de la piste. Cela fait-il une différence, pour vous cavaliers ?
Martin Fuchs : Pour être honnête, je ne pense pas que cela change grand-chose. Pour Frank Rothenberger, c’est une autre façon de concevoir le parcours. Mais la piste est tellement immense et magnifique que nous avons suffisamment d’espace pour en faire le tour. Pour nous, les obstacles seront aussi hauts que d’habitude, les lignes seront globalement les mêmes, le temps imparti sera court et il nous mettra à rude épreuve.
Richard Vogel : Je suis d’accord. Je pense que la mission la plus difficile est celle du chef de piste, car il ne dispose pas de ces diagonales qu’il peut habituellement utiliser. Pour lui, cette semaine est aussi un très bon entraînement afin de tester certaines lignes et se faire une idée. Je ne sais pas depuis combien d’années Frank Rothenberger officie ici, mais cette configuration était déjà la même il y a vingt ans, pour les championnats du monde. Comme l’a dit Martin, même avec la piste en sable au milieu, nous avons encore beaucoup d’espace, et je suis sûr que Frank construira un parcours de qualité et exigeant. Il sera aussi difficile que d’habitude !

