Otto Becker face à l’un de ses derniers grands défis ?
À l’approche des championnats du monde d’Aix-la-Chapelle, programmés du 11 au 23 août, la nation hôte se prépare avec le statut presque évident de favorite. Portée par l’ambition de faire mieux qu’aux Jeux équestres mondiaux de 2006, où elle avait ravi le bronze par équipes sur ce même terrain, la Mannschaft surfe sur une dynamique très prometteuse : les deux derniers grands titres individuels, aux Jeux olympiques de Paris 2024 et aux Européens de La Corogne, ont été remportés par deux de ses représentants, et son début de saison a été rythmé par une victoire dans la Ligue des nations Longines du CSIO 5* d’Ocala, mi-mars. À ce jour, l’Allemagne dispose d’un vivier de couples très riche, mais au sein duquel il est difficile d’établir une hiérarchie.
Dans ce paysage saturé de performances, Otto Becker, chef d’équipe depuis 2009, orchestre une sélection encore en mouvement. “Ma stratégie consiste tout simplement à trouver la meilleure équipe possible”, résume-t-il. Un travail minutieux amorcé depuis l’ouverture de cette nouvelle saison, alors que les couples allemands ont été dispersés aux quatre coins du globe. Entre les derniers indoors européens, les Émirats arabes unis et les États-Unis, les performances s’accumulent et sont suivies de près par le staff national. “J’ai bien observé tout le monde avec notre comité de saut d’obstacles. Nous avons un plan à long terme avec chaque cavalier et chaque couple : ce qu’ils font, où ils sont, s’ils disputent des Coupes des nations, etc. Nous sommes en contact permanent avec chacun d’eux”, précise le sélectionneur, qui affine progressivement sa vision avant le regroupement prévu en mai sur le circuit européen.
À partir de cette période, la saison basculera dans une phase plus lisible. Les grandes étapes pour décrocher une sélection vont se succéder : le CSIO 3* de Mannheim, du 30 avril au 5 mai, et le CSI 5* d’Aix-la-Chapelle, du 21 au 24 mai, qui auront tous les deux lieux à domicile, puis une série d’épreuves sur herbe qui servira de filtre déterminant. Les CSIO 5* de Rome, du 27 au 31 mai, de Saint-Gall, du 3 au 7 juin, et de La Baule, du 10 au 14 juin, dessineront les premières lignes de la sélection, avant un second bloc estival mi-juillet avec, notamment, le CSI 5* de Riesenbeck et le CSIO 5* de Falsterbo. À trois mois des championnats du monde, l’Allemagne peut s’appuyer sur un noyau de couples identifié et solide. “Il y a le cadre olympique (autrement dit, un premier cercle de couples prioritaires, ndlr), puis le second cadre. Les sept du premier groupe sont naturellement favoris”, explique Otto Becker.
Parmi les noms cités figurent évidemment celui du champion d’Europe en titre, Richard Vogel, que l’on imagine mal absent d’un tel rendez-vous avec United Touch S, qui a d’ailleurs déjà terminé troisième du Grand Prix Rolex d’Aix-la-Chapelle en 2024, et du couple champion olympique en titre formé par Christian Kukuk et Checker 47. Il y également Daniel Deusser, vainqueur du Grand Prix du CSIO 5* de La Baule en 2025 et tout juste deuxième de la finale de la Coupe du monde Longines à Fort Worth avec Otello de Guldenboom, Sophie Hinners, la meilleure athlète des Coupe des nations en 2025 et qui pourrait bien être sélectionnée avec Iron Dames Combella ou Iron Dames Singclair, mais aussi Marcus Ehning avec Coolio 42, Christian Ahlmann avec Dourkhan Hero Z, puis enfin Gerrit Nieberg, qui avait décroché le mythique Grand Prix d’Aix-la-Chapelle en 2022 et peut compter sur Ping Pong van de Lentamel.
Le chef d’équipe insiste cependant sur le fait que la hiérarchie reste ouverte : “Rien n’est figé… Si quelqu’un est meilleur, cela peut changer.” Une logique de performance pure, qui laisse la porte entrouverte à de nouvelles têtes. Derrière ces figures établies, le retour en forme de certains chevaux comme Chakaria, championne d’Europe en individuel avec André Thieme en 2021, élargit encore le champ des possibles. “Il y a toujours deux ou trois autres cavaliers qui ont leurs chances”, explique Otto Becker, refusant l’idée d’un cercle fermé. “C’est toujours le plus difficile quand on est à ce poste : prendre des décisions. Mais, finalement, je suis heureux d’avoir autant de couples à ce niveau !”, reconnaît-il. “Le plus important est d’avoir un bon plan de préparation pour chaque cheval, de façon à tous les amener en forme à Aix-La-Chapelle, et qu’ils restent en bonne santé.” À la tête de l’équipe allemande depuis bientôt deux décennies, Otto Becker incarne une stabilité rare dans un système en perpétuel mouvement, qui plus est à un poste soumis aux aléas des décisions politiques fédérales. Mais au sujet de son avenir dans la Mannschaft, le sélectionneur reste ouvert. L’homme de soixante-sept ans s’est engagé dans un nouveau cycle olympique et restera à la tête de l’équipe au moins jusqu’aux Jeux de Los Angeles 2028.

