“Au Mondiaux U25, nous pouvons viser un classement… voire un très bon classement”, Clara Cazeneuve

Après avoir vu la victoire à Chaumont-en-Vexin lui échapper pour une question réglementaire, Clara Cazeneuve est au départ des championnats du monde U25 de Millstreet avec sa fidèle Dolce Gabana. À vingt-quatre ans, la cavalière landaise y honorera sa première sélection en équipe de France dans un grand championnat. Portée par une méthode faite de rigueur, de remise en question et une confiance retrouvée, elle nourrit de légitimes ambitions en Irlande.



Clara Cazeneuve avait connu un week-end parfait à Chaumont-en-Vexin, fin mai. La jeune Landaise avait déroulé un dressage à 29,8 points, signé un double sans-faute et terminé en tête du CCI4*-S, avant d’entendre résonner une Marseillaise qui semblait consacrer l’une des plus belles performances de sa jeune carrière. Pourtant, douze jours plus tard pourtant, la victoire lui a été retirée pour une question réglementaire liée au statut du concours

Derrière ce résultat se cache une cavalière qui ne croit ni au hasard, ni aux coups d’éclat. Chez Clara Cazeneuve, tout est affaire de méthode, d’organisation et de travail. À quelques jours des championnats du monde U25 de Millstreet, où elle défendra les couleurs françaises dès demain, cette exigence est devenue sa véritable signature.

Lorsqu’elle évoque sa jument Dolce Gabana (SF, Quite Easy x Diamant de Semilly), le ton change immédiatement : “C’est ma jument de cœur”. La baie n’est pas un investissement, Clara en est même actionnaire majoritaire et a déjà fait naître deux produits grâce au transfert d’embryons. Pour elle, pas de doute, “elle restera à la maison”. Leur relation dépasse le cadre sportif. “En concours, elle aime être regardée. Quand elle entre sur un rectangle de dressage, elle se montre. Je crois même qu’elle sait qu’elle est belle. Elle est un peu frimeuse, je le sais et ça m’amuse. C’est une jument très sage, qui maîtrise ses mouvements, qui change très bien de pied. Le dressage est clairement un de nos points forts”, affirme la cavalière de vingt-quatre ans.

Malgré tout, la jeune femme se veut perfectionniste. “Je suis rarement complètement contente de ma reprise. Cela étonne souvent les observateurs, mais mon objectif n’est pas d’être première. Mon objectif est de présenter mes chevaux de la meilleure manière possible, aussi bien que ce qu’ils savent faire à la maison, et c’est compliqué”. Cette quête permanente nourrit une frustration qu’elle reconnaît pleinement. “Je suis coutumière de la frustration. Je la crois parfois constructive”, souffle-t-elle.



Deux années pour apprendre

L’histoire entre la cavalière et sa jument n’a pourtant rien eu d’un coup de foudre évident. Lors du premier essai, Clara est ressortie presque découragée. “Je la trouvais beaucoup trop forte physiquement pour moi, mais paradoxalement, presque trop facile aussi techniquement”. Elle poursuit alors ses recherches, essaie une dizaine d’autres chevaux... avant de revenir vers Dolce Gabana, qui l’attendait toujours aux écuries de Maxime Livio. “J’ai mis deux ans à apprendre à gérer sa force. J’ai galéré en saut d’obstacles, mais aussi en cross. Au début, je la trouvais presque trop guerrière. Finalement, ce n’est pas elle qui devait changer mais à moi de progresser pour me mettre à son niveau. Je ne veux surtout pas que ma jument compense mes lacunes. Je veux être capable de l’amener au maximum de son potentiel. C’est ma priorité”, détaille-t-elle.



Depuis Pratoni, une remise en question permanente

Cette philosophie trouve son origine dans un souvenir encore très présent. À Pratoni del Vivaro, l’automne dernier, le couple a disputé son premier CCI 4*. Après avoir remporté le dressage avec plus de 74 %, Clara est éliminée sur le saut d’obstacles après deux refus. “Cela a été extrêmement frustrant. J’avais vraiment la sensation d’avoir une jument exceptionnelle sans réussir à lui permettre de s’’exprimer”.

Loin de la décourager, cet épisode a fait office de déclic. Préparation mentale, travail spécifique en hippique, remise en question technique, Clara Cazeneuve a tout revu. “Nous avons énormément travaillé. Avant les Mondiaux de Millstreet, j’ai continué dans cette idée en sautant des parcours à des hauteurs un peu supérieures, simplement pour m’enlever toute dramatisation autour du saut d’obstacles”.

Cette préparation s’est encore affinée ces dernières semaines. “Après Bertichères, Dolce a bénéficié de deux semaines de calme, avec une semaine de paddock puis une semaine de travail léger. Elle a même été plutôt potelée”, sourit la jeune femme. Les galops de préparation se sont parfaitement déroulés, tout comme une sortie en concours de saut d’obstacles à 1,25 m. “Elle a très bien sauté. Nous terminons avec une petite faute à cause de moi, mais ce parcours m’a vraiment confortée dans notre niveau actuel sur ce test. Toute la préparation pour les Mondiaux s’est très bien passée. Je nous sens prêtes”. Le récent stage fédéral organisé à Saumur a également conforté cette impression. “Dolce a réalisé plusieurs séances préparatoires très intéressantes”.



La méthode Livio

Durant quatre années, Clara Cazeneuve s’est formée auprès de Maxime Livio.

Durant quatre années, Clara Cazeneuve s’est formée auprès de Maxime Livio.

© Hpalprod - Hélène Palmer

Durant quatre années, Clara Cazeneuve s’est formée auprès de Maxime Livio, tout en poursuivant un cursus d’ingénieure agronome puis un Bachelor en commerce international à Angers. Aujourd’hui encore, le cavalier qui a fait une parenthèse dans sa carrière de compétiteur demeure son premier conseiller. “Il sait exactement comment me parler : il nous connaît par cœur, ma jument et moi. Il sait quand il faut mettre de la pression et quand il faut l’enlever”. À Millstreet, le Saumurois fait d’ailleurs partie du voyage, ce qui rassure la cavalièreMême si l’encadrement fédéral sera assuré par Amélie Billard pour le dressage, Cédric Lyard – également chef d’équipe – pour le cross, et Pascal Henry pour le saut d’obstacles, quatre des six Français pourront compter sur la présence de leur entraîneur personnel. “Avoir Maxime à mes côtés est une vraie chance”.

À seulement vingt-quatre ans, Clara Cazeneuve a déjà plusieurs casquettes. Elle enseigne avec enthousiasme, développe le centre équestre familial, poursuit son élevage “du Landran” et prépare déjà l’avenir avec une jeune génération de chevaux, mais surtout avec Harmany du Landran (SF, Andiamo Semilly x Quito de Baussy), première jument de haut niveau née sur ses terres. “Je ne veux pas avoir dix chevaux à faire concourir. Je veux un système qui fonctionne, qui me permette d’avoir plusieurs chevaux performants tout en gardant du temps pour enseigner. Parce que j’aime vraiment transmettre”. 

Ses installations évoluent elles aussi avec de nouvelles écuries, des paddocks attenants, un système de récupération des eaux de pluie et des panneaux photovoltaïques. Mais ce qui lui importe avant tout reste le bien-être de ses partenaires. “Je veux d’abord respecter mes chevaux en tant que tels. Chez nous, ils vivent dehors toute la journée en hiver, même dans la boue qu’ils adorent. L’été, ils passent leurs nuits au pré et rentrent au frais la journée avec les ventilateurs et les brumisateurs. Je ne changerais leur mode de vie pour rien au monde”.



Millstreet, l’heure de vérité

Les Championnats du monde U25 constituent une étape majeure dans la carrière de la Landaise.

Les Championnats du monde U25 constituent une étape majeure dans la carrière de la Landaise.

© Chp Photographie 17:22

Les Championnats du monde U25, disputés du 21 au 26 juillet en Irlande, constituent une étape majeure dans la carrière de la Landaise. D’abord parce qu’il s’agit de sa dernière saison dans cette catégorie d’âge, mais aussi parce qu’elle décroche enfin sa première sélection pour un grand championnat. “Je suis très fière de cette sélection, surtout après les aléas que nous avons connus avec le déclassement de Bertichères. J’espérais secrètement en faire partie, car c’est ma dernière année chez les U25”.

Cette sélection récompense également le travail entrepris depuis plusieurs saisons au sein du dispositif fédéral. “Nous bénéficions aujourd’hui d’un très bon accompagnement. Le staff de la fédération est très dynamique dans sa volonté de créer ce réservoir de jeunes Seniors. On sent qu’il y a une volonté de nous préparer progressivement aux CCI 4*”. À quelques jours du départ, une seule interrogation subsistait : savoir si elle intégrerait l’équipe de France ou si elle prendrait le départ en individuel. “Évidemment, j’aimerais être en équipe. Ce serait ma première sélection collective. Mais je comprendrais aussi parfaitement si j’étais en individuel. Dans les deux cas, je sais que ma jument est capable d’aller chercher une médaille toute seule, je serai là pour la seconder !”. Le vœu de Clara Cazeneuve a été exaucé, elle s’élancera demain sur le dressage à 15h38 en faisant partie de l’équipe de France. 

Je pense que nous sommes capables de présenter un très bon dressage. En cross, nous sommes prêtes à réaliser un sans-faute en nous rapprochant le plus possible du temps idéal. Et à l’hippique, je veux simplement réussir à rester calme si tout s’est bien passé auparavant. Si nous évitons l’erreur bête, tout est possible. Nous pouvons viser un classement… voire un très bon classement”, estime la jeune femmeL’ambiance qui règne au sein du collectif français nourrit également son optimisme. “Pendant le stage préparatoire, nous avons cultivé un très bon état d’esprit. Et il est assez rare d’avoir autant de femmes dans un collectif de championnat. Nous en sommes toutes très fières et nous allons essayer de faire mieux que les garçons… c’est notre petit défi”, glisse-t-elle en riant. À plus long terme, le cap est déjà fixé : un CCI 4*-L en fin de saison, puis les Coupes des nations et, pourquoi pas, une place durable au sein de l’équipe de France Seniors… 



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