Il est temps de renouer le dialogue sur le bien-être équin

Le nouveau Hors-Série de GRANDPRIX, dédié au bien-être équin, est en kiosques cet été. Dans son édito, la rédaction explique pourquoi il était temps que ce débat trouve enfin sa place dans la presse spécialisée.



Les débats les plus importants sont souvent les plus difficiles à avoir. Le bien-être équin en fait partie. Comme dans beaucoup de repas de famille, chacun arrive avec ses convictions... et repart rarement avec celles de son voisin. D’un côté, il y a ceux qui considèrent que le bien-être des chevaux est déjà largement assuré et que les sports équestres sont injustement montrés du doigt. De l’autre, ceux qui estiment que les évolutions n’arrivent jamais assez vite. Entre les deux, le dialogue s’est progressivement appauvri, au point de presque disparaître, laissant souvent place aux caricatures, aux procès d’intention et aux prises de position irréconciliables. Pourtant, c’est précisément dans ces moments-là qu’il devient indispensable de continuer à échanger. C’est de cette conviction qu’est né ce Hors-série. 

Son ambition est simple: remettre le dialogue au centre du débat. Dire ce qui ne va pas sans chercher le scandale. Donner la parole à des personnalités qui ne pensent pas toutes la même chose. Laisser des scientifiques, cavaliers, entraîneurs, officiels et professionnels de terrain partager leurs analyses et, surtout, leurs pro- positions. En somme, essayer de faire réfléchir plutôt que de convaincre.



Il semblait indispensable que cette réflexion soit menée au sein même de notre filière

Au fond, il était temps que cette discussion ait véritablement lieu dans les colonnes de la presse spécialisée. Depuis plusieurs années, le bien-être équin s’est régulièrement invité dans les médias généralistes, le plus souvent au gré d’une polémique ou d’une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. C’était inévitable. Mais il semblait tout aussi indispensable que cette réflexion soit menée au sein même de notre filière. Non pour minimiser les difficultés ou protéger à tout prix les sports équestres, mais parce que ceux qui les connaissent le mieux sont aussi les plus à même d’en comprendre les ressorts, les contraintes et la complexité des mécanismes qui les traversent. 

Le choix de consacrer ce numéro au cheval de sport s’est imposé naturellement. D’abord parce qu’il s’agit du coeur de métier de GRANDPRIX. Ensuite parce que le haut niveau est censé représenter ce que notre filière fait de mieux. L’excellence sportive, évidemment, mais également l’excellence dans la manière d’entraîner, de gérer, de soigner et, surtout, de comprendre les chevaux. C’est aussi à ce niveau que les questions de bien-être prennent une résonance particulière, tant les exigences sportives et économiques sont importantes. Enfin, parce que le haut niveau possède une force d’exemplarité considérable. Ce qui s’y fait, ce qui s’y voit et ce qui s’y décide influencent, directement ou indirectement, l’ensemble de la filière.



L’enjeu dépasse la seule question du bien-être équin

Si ce Hors-série est construit en deux parties, c’est parce qu’il est né d’une idée simple: on ne peut espérer faire évoluer un sujet aussi sensible sans accepter d’en discuter. Cette conviction, le regretté Jean-Maurice Bonneau, ancien membre de l’équipe de France de saut d’obstacles – dont il a été le glorieux sélectionneur de 2000 à 2006 –, l’avait exprimée avec force au lendemain d’une polémique concernant le multi-médaillé allemand Ludger Beerbaum, en 2022. Plutôt que de voir le monde équestre se replier sur lui-même, il appelait à une remise en question lucide et collective. C’est au cours d’une conversation avec lui qu’est née l’idée de réunir autour d’une même table des personnalités aux sensibilités différentes. Cette discussion ouvre aujourd’hui la première partie de ce Hors-série, consacrée au constat. 

Mais un constat, aussi lucide soit-il, ne suffit pas. C’est pourquoi la seconde partie de ce magazine est résolument tournée vers les solutions. Elle met en lumière des initiatives inspirantes, des femmes et des hommes qui expérimentent d’autres approches, ainsi que des propositions concrètes susceptibles de faire évoluer notre manière de penser le cheval de sport. 

Car, au fond, l’enjeu dépasse la seule question du bien-être équin. Il concerne la capacité de notre filière à continuer de progresser, à préserver la confiance du grand public, à attirer des partenaires majeurs et, surtout, à permettre à chacun d’exercer son métier avec la conviction d’être en accord avec ses propres valeurs. Les chevaux sont la raison d’être de toute notre filière. Sans eux, il n’y aurait ni éleveurs, ni cavaliers, ni entraîneurs, ni enseignants, ni vétérinaires, ni maréchaux-ferrants, ni organisateurs, ni journalistes. Si ce Hors-série permet de nourrir un débat plus apaisé, plus exigeant et plus constructif, alors il aura déjà atteint son objectif.

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