En marge des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle, des experts tenteront de décrypter la domination allemande en dressage
Le 17 août, le centre Charlemagne d’Aix-la-Chapelle sera le théâtre d’un colloque de La Bibliothèque Mondiale du Cheval principalement consacré à la question de la domination de l’Allemagne sur le dressage mondial. Des experts renommés tenteront de la décrypter lors d’une séquence animée par Kyra Kyrklund, prévue dans la matinée, tandis que l’après-midi sera consacrée à des présentations culturelles.
“Pourquoi l’Allemagne domine-t-elle le dressage mondial depuis cinquante ans?” Assumant un ton légèrement provocateur dans la mesure où les cavaliers germaniques n’aborderont pas les championnats du monde – organisés dans leur jardin d’Aix-la-Chapelle – en tant que tenants du titre, cette question animera une bonne partie des discussions du prochain colloque de La Bibliothèque Mondiale du Cheval, prévu le 17 août prochain. Après avoir organisé “Jeux et Enjeux”, un symposium notamment dédié à l’avenir des sports équestres au sein du programme olympique, dans le cadre fastueux du château de Versailles, l’organisation investira cette fois le centre Charlemagne d’Aix-la-Chapelle pour tenter de comprendre ce qui fait la force de l’Allemagne en dressage. Car si elle aborde les Mondiaux aixois avec l’objectif de reconquérir un titre qui lui avait échappé à Herning il y a quatre ans, la nation reine de la discipline l’a déjà décroché à douze reprises – soit autant de fois que l’or olympique! – en quinze éditions. Quant à la dresseuse germanique Isabell Werth, sélectionnée pour ses huitièmes championnats du monde cette année, elle est tout bonnement la cavalière la plus médaillée de tous les temps!
Évidemment, tenter de mettre en lumière les raisons de la mainmise des cavaliers germaniques est une tâche complexe, qui requiert le regard d’experts. Lors du colloque de La Bibliothèque mondiale du cheval, sept d’entre eux seront réunis lors d’une session de deux heures pour réfléchir aux origines de cette domination, mais aussi aux responsabilités qui en découlent pour l’Allemagne. La séance sera dirigée par la Finlandaise Kyra Kyrklund, instructrice d’équitation diplômée de l’Université suédoise des sciences agricoles forte d’une superbe carrière de cavalière internationale et entraîneure reconnue. La Dr. Britta Schöffmann, cavalière et juge mais aussi autrice d’un livre consacré à la fameuse échelle de progression, effectuera une intervention ayant pour but d’énoncer et de comprendre les sources historiques de l’équitation allemande, qui ont fondé la théorie allemande du dressage moderne, et d’expliquer son succès ainsi que son développement international. La Professeure de philosophie Sabine Döring, ancienne secrétaire d’État au sein du ministère fédéral de l’éducation et de la recherche, s’interrogera sur les raisons éthiques qui sous-tendent le succès des cavaliers allemands et leur intérêt – ainsi que celui de leur entourage – pour la discipline du dressage. Le journaliste néerlandais Dirk Willem Rosie tentera de de démontrer que les sports équestres en Allemagne doivent être compris et considérés comme une véritable industrie au sein de laquelle le dressage est un créneau très rentable, développé depuis cinquante ans avec rapidité et efficacité par une petite communauté hyper active et soucieuse de son succès commercial.
Enfin, avant le message de conclusion de Diana al-Shaer, présidente de la commission de dressage de la Fédération équestre internationale (FEI), le juge français de niveau quatre Bernard Maurel, ancien directeur de Haras nationaux, se livrera à un jeu de ping-pong verbal avec Monica Theodorescu, cavalière multi médaillée devenue entraîneure nationale de l’équipe d’Allemagne il y a un peu plus de dix ans. Les deux spécialistes s’interrogeront quant aux interactions politiques entre la FEI et les professionnels du dressage germaniques représentés par leur Fédération nationale ainsi que sur les évolutions du dressage ayant pu favoriser la réussite de l’Allemagne. “Je suis ravi d’effectuer cette intervention aux côtés de Monica qui, avant même d’entamer sa brillante carrière, avait déjà un pied dans le dressage de haut niveau grâce à son père, George, entraîneur renommé”, se réjouit Bernard Maurel. “Évidemment, l’une des raisons du succès de l’Allemagne à haut niveau réside dans l’échelle à laquelle le dressage est pratiqué outre-Rhin, car la discipline y est beaucoup plus répandue. Lors de ce colloque, j’évoquerai notamment des évolutions réglementaires ou liées au jugement qui ont pu favoriser la domination de l’Allemagne. Par exemple, dans les années 1970, il existait une définition de l’appuyer à la française dans lequel le cheval devait rester droit, avec un léger pli à la nuque, et finalement, c’est une vision plutôt germanique de cet exercice, avec un cheval plus incurvé, qui s’est imposée. Aussi, à une époque, un président de la commission de dressage de la FEI avait fait modifier la définition du piaffer en écrivant que celui-ci devait ‘donner l’impression d’être sur place’. Il avait donc insisté sur le fait qu’un piaffer qui avance ne devait pas récolter de trop mauvaises notes, ce qui avait un peu avantagé les Allemands car ils avaient des chevaux parfaitement rompus à l’exercice des demi-pas en main, ce qui leur donnait une tendance à avancer un peu au piaffer. En revanche, initialement, l’instauration des Reprises Libres en Musique n’était pas vraiment vue d’un bon œil par les Allemands, notamment par le multi-médaillé Reiner Klimke. Par ailleurs, ils continuent pour la plupart à critiquer la suppression des notes d’ensemble (intervenue en 2018 pour les compétitions internationales, ndlr), un thème que j’aborderai peut-être aussi. Et je ménage un effet de surprise avec quelques autres sujets!”
Outre ces interventions, le colloque de La Bibliothèque mondiale du cheval sera aussi le théâtre d’une intervention du Dr. Ulrich Johannes Schneider, ancien directeur de la bibliothèque universitaire à Leipzig, qui donnera un aperçu des bibliothèques allemandes et des collections publiques et privées sur les chevaux, ou encore d’une présentation de quelques rares livres équestres allemands issus de la prestigieuse collection d’Émile Hermès. Frank Pohle, le directeur du centre Charlemagne, hôte de ce colloque, s’adonnera quant à lui à une présentation sur la perception contemporaine et observations archéologiques et historiques sur la cavalerie carolingienne.
Toutes les informations sur ce colloque sont disponibles ici
L’événement sera également diffusé en direct sur le site de ClipMyHorse.tv

