Les Équirencontres ont créé une bulle d’échanges instructifs pour les acteurs du monde équestre
Au début du mois de juillet, les écuries du Grand Manoir, situées à Thun-Saint-Amand, dans le Nord, ont accueilli la première édition des Équirencontres. Organisé par Apolline Loubradou et Alexandrine Barbieux, cet événement inédit a réuni de nombreux professionnels de la filière équine autour de tables rondes, d’ateliers et de discussions consacrés à ce que sa créatrice nomme “l’équitation relationnelle”. Parmi les sujets abordés: le rôle de chaque individu dans la construction du monde équestre de demain, l’adaptation des équipements, la préparation mentale, ou encore le débourrage. En fin de journée, les fondatrices ont diffusé en avant-première leur documentaire Sans Torts, consacré notamment au paradoxe du métier-passion dans le monde du cheval.
Le samedi 4 juillet Apolline Loubradou et Alexandrine Barbieux avaient donné rendez-vous aux cavaliers, professionnels et passionnés du monde équestre, mais aussi aux simples curieux, pour les Équirencontres. Cet événement a été pensé comme le premier festival de “l’équitation relationnelle”, une appellation notamment utilisée par Appoline Loubradou pour qualifier son enseignement, à travers lequel elle tente de “replacer la connexion humain-équin au centre des pratiques”. Organisé au Grand Manoir de Thun-Saint-Amand, au nord-ouest de Valenciennes, l’événement qu’elle a mis sur pied aux côtés de sa mère a été pensé pour celles et ceux qui souhaitent expérimenter de nouvelles approches sans être jugés, confronter différents points de vue et construire leur propre vision de l'équitation. Il proposait un programme riche mêlant des temps dédiés à la réflexion sous des formes assez traditionnelles telles que la table ronde et la conférence, avec des ateliers pratiques crées afin d’inviter les visiteurs à “s’inspirer et expérimenter”, plutôt que d’apprendre uniquement par l’observation.
Pour l'occasion, l'ensemble des infrastructures équestres du domaine du Grand Manoir avaient été investies, offrant un cadre particulièrement propice aux rencontres et aux discussions. “Je suis impressionnée par l’ampleur de ce bel événement organisé dans un si petit village du nord de la France. Beaucoup d’intervenants viennent de loin, notamment du sud de l’Hexagone et je trouve cela remarquable”, s’est réjouie Tiffany, une spectatrice de ces Équirencontres. “Il est intéressant de découvrir une autre facette de l’équitation, loin des gains, de la compétition et des classements. Ici, nous sommes dans une philosophie totalement différente, davantage tournée vers le cheval que vers le sport. Tous les ateliers sont intéressants, mais nous avons dû faire des choix, car plusieurs se tenaient simultanément. Je pense qu’il faudrait davantage d’événements comme celui-ci”, a appuyé Florence, également venue découvrir ce festival.
Des ateliers riches en enseignements
Comme elle le souligne, tout au long de la journée, les conférences, tables rondes et ateliers se sont tenus les uns en parallèle des autres, permettant d’aborder des thèmes tels que le débourrage, la préparation mentale, le rôle de chaque individu dans la construction du monde équestre de demain, ou encore l’adaptation des mors et l’évaluation de l’état corporel des chevaux. Des experts renommés tels que l’auteur et enseignant de dressage Pierre Beaupère, ou encore l’auteur et historien Guillaume Henry, avaient fait le déplacement. Parmi les temps forts de la journée figurait notamment une table ronde consacrée à l'influence des réseaux sociaux sur la relation entre l'humain et le cheval. Les intervenants ont mis en avant les nombreux atouts de ces plateformes d’échange pour la diffusion des connaissances, la vulgarisation scientifique et la sensibilisation au bien-être équin, confirmant qu’ils jouent un rôle majeur dans l’évolution des mentalités. À l’inverse, ils ont évidemment signalé l’existence de dérives telles que les jugements trop hâtifs, la haine en ligne, la culpabilisation ou encore la mise en scène permanente de soi, autant de phénomènes susceptibles d'influencer la relation qui unit humains et chevaux.
Un autre atelier était consacré au matériel équestre et à son adaptation à la morphologie de chaque cheval. Les différents intervenants ont rappelé qu'un équipement mal choisi ou mal ajusté pouvait provoquer, voire aggraver, certains inconforts, entraîner l'apparition de comportements inhabituels et parfois même révéler des boiteries. Lors de cette conférence, l'importance de bien connaître l'anatomie de la tête du cheval — ses os, ses nerfs et ses différents points de pression — afin d'éviter toute gêne liée à un mauvais réglage du bridon a aussi été soulignée.
Tout au long de la journée, des conférences, tables rondes et ateliers se sont tenus les uns en parallèle des autres.
© David Husson / Équirencontres
L'avant-première du documentaire Sans Torts
La journée s'est achevée par la diffusion en avant-première du documentaire Sans Torts. Apolline Loubradou y donne la parole à d’une vingtaine professionnels qu’elle rencontrés au cours d’un voyage d’un an qu’elle a mené à travers plusieurs pays afin de questionner le monde équestre d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Frappée par une statistique selon laquelle la durée moyenne d’une carrière de moniteur est de trois ans, la jeune femme explore une question essentielle dans ce film: comment continuer à croire en ses rêves lorsque la passion devient aussi un métier, qui plus est aussi exigeant et fatiguant que ceux du monde équestre? Sans Torts s’interroge donc sur la place du travail, le sens de l’engagement et la possibilité de vivre pleinement sa passion sans se perdre. Le documentaire amène également à réfléchir quant à la manière de remettre la relation humain-cheval au centre des pratiques équestres. D’ailleurs, son titre porte un double sens évocateur: celui d'une quête d'harmonie — ne faire qu'un avec son cheval, à l'image du centaure — et celui de la complexité du monde équestre, où personne ne détient toutes les réponses... ni tous les torts.

