“La fidélité de certains très grands cavaliers est une source précieuse de motivation”, Sylvie Robert
À quelques jours de l’ouverture de sa trente-deuxième édition, Equita Lyon, ainsi que son Concours hippique international Longines, s’apprêtent à accueillir une nouvelle fois les meilleurs cavaliers mondiaux, malgré la concurrence croissante entre les circuits internationaux. Forte de deux éditions record, la manifestation entend poursuivre son développement tout en cultivant ce qui fait sa singularité: la diversité des disciplines et la rencontre entre les acteurs de la filière. Entre nouveautés, ambitions sportives et enjeux de bien-être équin, Sylvie Robert, présidente de GL events Equestrian Sport, revient sur les défis et les perspectives de ce rendez-vous incontournable du calendrier équestre.
À quelques jours de l’ouverture de la trente-deuxième édition du CHI Longines d’Equita Lyon, dans quel état d’esprit êtes-vous? Comment se présentent les chiffres de la billetterie et les réservations des exposants?
Equita Lyon est toujours un moment de grande émotion, d’adrénaline, et de profonde reconnaissance pour toutes les équipes à pied d’œuvre depuis de nombreuses semaines. C’est aussi un contexte particulier cette année avec les récents événements qui ont durement frappé le centre de Lyon la semaine dernière. Nous sommes des entrepreneurs et nos pensées vont à ceux qui ont été touchés par les casses et la violence (survenues en marge des manifestations étudiantes, ndlr).
Après deux éditions record ayant réuni près de 200 000 visiteurs, pensez-vous que le salon dispose encore d’une marge de progression en matière de fréquentation? Est-ce toujours un objectif pour vous?
Notre objectif est qualitatif plutôt que quantitatif. Nous ne faisons pas la course au nombre de visiteurs, nous souhaitons avant tout que chacun ait apprécié le salon et reparte heureux de sa visite.
Quelles seront les principales nouveautés de cette édition 2026, tant sur le plan sportif que sur celui du salon?
Nous faisons le choix d’un programme sportif stable, avec un grand nombre de compétitions permettant à toutes les disciplines et à tous les cavaliers de prendre part à la fête. Comme chaque année, les temps forts de la Coupe du monde Longines FEI de saut d’obstacles seront le Grand Prix Longines vendredi soir, les Equita Masters presented by Hermès Sellier le samedi soir et le Grand Prix de l’étape Coupe du monde Longines FEI le dimanche après-midi. Si ces trois rendez-vous font l’objet d’une billetterie dédiée, nous conservons de nombreuses épreuves accessibles aux visiteurs du salon, à l’instar des épreuves de la Coupe du monde FEI de dressage, de la Coupe du monde FEI d’attelage et du FEI Jumping Ponies’ Trophy. C’est très important pour nous que le public puisse admirer et encourager les champions lors de ces épreuves en accès libre! Du côté du Western, les épreuves de tri de bétail sont de retour et nous nous réjouissons d’accueillir à nouveau les veaux dans les halls car ce sont des disciplines majeures de l’équitation Western. En ce qui concerne les nouveautés, nous mettrons à l’honneur, vendredi soir, les chevaux Selle Français de l’année des D, comme Dynamix de Bélhème (championne du monde en titre avec le Suisse Steve Guerdat, ndlr), GL events*Dorai d’Aiguilly (médaillée de bronze par équipes aux Jeux olympiques de Paris 2024 et tenante du titre du Grand Prix Coupe du monde de Lyon avec le Rhônalpin Olivier Perreau, ndlr), Dynastie de Beaufour (lauréate de nombreux Grands Prix 5* et huitième en individuel des Mondiaux d'Aix-la-Chapelle avec la meilleure représentante française Nina Mallevaey, ndlr), Donatello d’Auge (lauréat de la finale Coupe du monde Longines de Bâle avec le Normand Julien Épaillard, ndlr), Dexter de Kerglenn (membre de l'équipe de France et récemment lauréat de la Coupe des nations du CSIO 4* de Rabat avec la Toulousaine Jeanne Sadran, ndlr)… C’est une génération incroyable dont les performances ces derniers mois doivent être saluées!
Le samedi soir, une vente de poulains d’exception est proposée par 160Foals, un concept mené par Benoît Dulac et Nina Mallevaey, basé sur la sélection des lignées maternelles extraordinaires. Un rendez-vous de plus qui mettra à l’honneur le formidable travail des éleveurs que nous avons à cœur de mettre en lumière depuis toujours à Lyon.
L’an dernier, vous aviez annoncé la construction d’un nouveau hall à Eurexpo, qui devait permettre à l’événement de poursuivre son développement. Où en est ce projet et quelles perspectives ouvre-t-il?
Ce nouveau hall est effectivement terminé et nous l’utilisons cette année à l’occasion d’Equita Lyon. Il accueillera les écuries de spectacles et une piste de travail pour les chevaux de spectacles. Ceux-ci évoluaient jusqu’à présent à l’extérieur des halls et nous améliorons ainsi leur accueil et leurs conditions de vie.
“Je n’ai aucun doute sur le fait que le public lyonnais saura accueillir Nina Mallevaey à la hauteur de son talent”
Sportivement, le CSI 5*-W du CHI Longines d’Equita Lyon fait à nouveau face à la dernière étape de la saison régulière du Longines Global Champions Tour (LGCT) et de la Global Champions League (GCL), qui a lieu à Rabat cette année. Comment vivez-vous cette situation?
Cette complexité existe, on ne peut pas la nier. Et c’est une chance pour notre sport que ses sportifs aient de multiples opportunités. Ce que je constate en tout cas, c’est la fidélité de certains très grands cavaliers, qui est une source précieuse de motivation.
Si quelques grands noms du jumping mondial manqueront à l’appel, à l’image de l’Allemand Marcus Ehning, du Britannique Harry Charles ou du Belge Grégory Wathelet, huit membres du Top 30 mondial seront néanmoins présents, parmi lesquels les médaillés des derniers Mondiaux Steve Guerdat, Thibeau Spits, Richard Vogel, Daniel Deusser et Ben Maher. Vous évoquiez déjà l’an dernier la concurrence croissante entre les circuits internationaux. Celle-ci rend-elle toujours plus complexe la constitution d’un plateau sportif de haut niveau? Comment la Coupe du monde peut-elle continuer à attirer les meilleurs cavaliers?
Effectivement Harry Charles s’est blessé récemment et ne peux pas participer cette année au CSI 5*, mais de nombreux autres champions répondent présent cette année encore. L’ensemble des organisateurs d’étapes de la Coupe du monde travaillent main dans la main avec la FEI à l’attractivité de ce circuit, qui reste, malgré tout, le circuit star de la saison hivernale. Parmi les pistes que personnellement je défends: proposer d’autres labels en parallèle des épreuves Coupes du monde, pour que les cavaliers puissent venir travailler également leurs chevaux d’avenir (précisons que Lyon accueille depuis longtemps un CSI 2* en parallèle de la Coupe du monde, tandis que l'étape de Bâle organise un CSI 3* en parallèle de son CSI 5*-W, ndlr).
En contrepartie, plusieurs cavaliers français encore peu expérimentés à ce niveau, tels que Théo Ogorzaly, Lucas Fournier ou encore Alexis Lheureux, auront l’occasion de faire leurs preuves à Lyon. Est-ce aussi une volonté de votre part de donner leur chance à de nouveaux talents?
C’est dans l’ADN de nos événement depuis toujours! C’est un point que j’ai toujours défendu et que je continuerai de défendre. C’est une mission d’un organisateur de donner la chance aux jeunes pousses de se confronter au très grand sport.
Cette édition 2026 marquera également les débuts de Nina Mallevaey, meilleure Française au classement mondial, dans le CSI 5*-W de Lyon, sept ans après sa dernière participation au CSI 2*. Une belle nouvelle pour le public lyonnais?
Le public lyonnais est très apprécié des cavaliers. Je n’ai aucun doute sur le fait que le public saura accueillir Nina à la hauteur de son talent. Cette cavalière est un phénomène!
Nina Mallevaey. © Dirk Caremans/Hippo Foto
“Vous me trouverez toujours sur la route qui mène au bien-être du cheval”
Justin Verboomen et Zonik Plus seront à nouveau à Lyon cette année.
© Lukasz Kowalski/FEI
Samedi soir, à l’issue de l’Equita Masters by Hermès Sellier, Equita Lyon accueillera également une vente aux enchères de sept poulains organisée par 160Foals, une nouvelle structure fondée par Benoît Dulac, à laquelle Nina Mallevaey est justement associée. Comment est née cette collaboration et qu’est-ce qui vous a séduite dans ce projet, qui met notamment l’accent sur la sélection des lignées maternelles?
Benoît Dulac et Nina Mallevaey développent un concept original qui met en lumière les lignées maternelles d’exception. En tant que passionnée d’élevage, je suis particulièrement attentive aux données qu’ils mettent en avant. Ils souhaitaient organiser leur première vente physique, après une première session d’enchères 100% digitales au printemps. Leur format se veut spectaculaire et centré sur la qualité du travail des éleveurs. Nous sommes ravis d’avoir été choisis pour accueillir cette première vente!
Au-delà du jumping, le CHI Longines d’Equita Lyon a construit son identité autour d’une grande diversité de disciplines, avec notamment trois étapes de Coupe du monde et le FEI Jumping Ponies’ Trophy. Cette formule vous donne-t-elle toujours satisfaction? Envisagez-vous de faire évoluer votre programme sportif dans les années à venir?
C’est l’esprit même d’Equita Lyon que d’être une vitrine de toute la filière. Bien sûr, sur l’ensemble des événements organisés par GL events Equestrian Sport, je souhaite accueillir plusieurs disciplines et un maximum de niveaux de compétition, pour que la rencontre ait lieu.
Le western occupe une place importante à Lyon et continue de se développer, avec notamment l’arrivée du Mountain Trail cette année. Constatez-vous un engouement croissant du public et des pratiquants pour ces disciplines?
Le western est une valeur sûre d’Equita Lyon depuis toujours. Là encore, il est important que les différents cavaliers se rencontrent, échangent, pour mieux se comprendre et aller toujours vers un respect toujours amélioré du bien-être du cheval. La variété des disciplines permet le dialogue, l’échange. Nous aurons des épreuves nationales de Mountain Trail, mais aussi le retour des disciplines de tri de bétail, qui sont aussi des symboles de l’équitation western. La Coupe d’Europe de barrel devrait aussi être un rendez-vous spectaculaire. Ces compétitions ont un franc succès auprès des cavaliers et ils seront cette année 85 engagés dans cette discipline. C’est la première fois qu’ils seront si nombreux à Lyon!
Le dressage international traverse lui aussi une période de mutations, entre renouvellement des grands couples et préoccupations croissantes autour du bien-être équin. Quel regard portez-vous sur l’évolution de cette discipline et sur la place qu’elle occupe à Lyon?
Vous me trouverez toujours sur la route qui mène au bien-être du cheval. À ce titre, nous avons été à l’initiative, pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, de la création du poste de Horse Weflare Coordinator (coordinateur au bien-être équin, ndlr) et nous réitérons depuis sur l’ensemble de nos événements. Lors de chacun des événements de GL events Equestrian Sport, nous faisons se rencontrer les acteurs du dressage avec ceux qui estiment être les seuls défenseurs du bien-être. Ces rencontres sont fondamentales, là encore dans la perspective du dialogue et de l’enrichissement au contact de l’autre. Le dressage, ainsi que toutes les disciplines équestres, continue son évolution. C’est une discipline formidable que je suis ravie d’accueillir à Lyon avec notamment la présence de Justin Verboomen accompagné de son cheval Zonik Plus (le couple champion d'Europe en titre, ndlr), car ils donnent à voir une relation cavalier-cheval unique au monde qui fait l’unanimité.
“La conjoncture nationale et mondiale est difficile et touche toutes les filières”
Cette année, la Journée du bien-être équin sera consacrée au cheval sénior, un sujet qui concerne aussi bien les particuliers que les professionnels. Pourquoi avoir retenu cette thématique? Quel rôle souhaitez-vous donner à votre événement dans la sensibilisation aux enjeux du bien-être animal?
Equita Lyon est devenu un rendez-vous annuel pour l’ensemble des acteurs de la filière. C’est une fierté, bien sûr, mais c’est aussi une responsabilité que de faire de cette semaine, un lieu d’échange, de partage d’expérience et de réflexion sur tous les sujets importants qui animent nos quotidiens. Le bien-être animal en fait partie. En convoquant des experts sur les thématiques, nous privilégions le partage de savoirs à l’anthropomorphisme et nous sommes convaincus que cela permettra de faire avancer la filière dans le bon sens. Le choix de la thématique est, chaque année, confié au collège d’experts qui collaborent à l’organisation de cette journée. L’accompagnement du cheval sénior est un sujet majeur pour bon nombre de pratiquants et notamment pour les dirigeants de clubs que nous souhaitons nourrir, par cette journée, de pistes de réflexion et d’idées concrètes.
Avec son Pôle Santé, son espace consacré à l’élevage ou encore son village des startups, Equita Lyon est aussi un lieu de rencontres pour les professionnels. Quels sont aujourd’hui les principaux défis économiques auxquels sont confrontés vos exposants? Percevez-vous des signes de fragilité dans certaines branches de la filière?
La conjoncture nationale et mondiale est difficile et touche toutes les filières.
Vous évoquiez l’an dernier les difficultés économiques auxquelles sont confrontés les organisateurs de salons, notamment en raison de la hausse des coûts de fonctionnement. Ces contraintes se sont-elles accentuées? Est-il devenu plus difficile de maintenir un événement de l’envergure d’Equita Lyon tout en conservant des tarifs accessibles?
C’est un défi constant, notamment en lien avec les coûts de l’énergie et les turbulences mondiales. Enfin, après plus de trente ans d’existence, Equita Lyon continue de grandir.
À quoi aimeriez-vous que ressemble cet événement dans cinq ou dix ans? Quels sont les grands projets que vous souhaiteriez encore concrétiser?
La passion des chevaux et la satisfaction de l’ensemble de nos publics restent mes moteurs principaux.
En 2027, le Jumping indoor de Caen fera son grand retour au calendrier international, à l’initiative de la société Caen Événements, créée par GL events pour gérer le Parc des Expositions et le Centre de Congrès. GL events Equestrian Sport contribuera-t-elle à l’organisation?
L’activité du groupe GL events est multiple et compte notamment sur la gestion d’espaces événementiels mis à disposition d’organisateurs d’événements.
La plupart des épreuves de saut d’obstacles du CHI Longines d’Equita Lyon seront diffusées en direct et en replay sur GRANDPRIX.tv, tandis que le Grand Prix Longines du vendredi et l’étape Longines de la Coupe du monde dominicale seront à suivre sur ClipMyHorse.tv.

