À Lyon, Le Coultre de Muze décroche enfin les honneurs qu'il mérite grâce à la fusée Épaillard
Mener le tour d’honneur dans l’étape de la Coupe du monde Longines de Lyon, Julien Épaillard l’avait déjà expérimenté avec Caracole de la Roque, en 2022. En 2024 et l’an passé, il s’était aussi placé deuxième avec DubaÏ du Cèdre et Fringan de Vesquerie. En ce début de soirée, le Normand a offert à Le Coultre de Muze sa toute première victoire en Grand Prix 5*. Une distinction ô combien méritée pour le fils de Presley Boy de quinze ans, qui a dû galoper plus vite que le numéro un mondial Richard Vogel et son redoutable Cloudio. Un temps en tête de l’épreuve après un barrage épique, le talent suisse Édouard Schmitz a complété le podium avec Gamin van't Naastveldhof.
Point faible ? Trop fort ! Même quand un challenge corsé se dessine, Julien Épaillard défie les lois de la pesanteur. En fin d’après-midi, le Normand est entré sur la piste lyonnaise avec comme objectif de passer sous la barre des 38’’31, imposée par Édouard Schmitz. Associé à Gamin van’t Naastveldhof, le Suisse qui a traversé de son propre aveu “deux ou trois ans un peu creux” a en effet signé un parcours réduit exceptionnel. Conseillé par le double vice-champion du monde Patrice Delaveau depuis quelques mois, le Genevois estime que son partenaire bai a trouvé “un nouveau souffle”, ce qui lui a permis de “tout donner”. Suivant exactement son plan, il a ainsi mis une sacrée pression sur les six barragistes encore à venir. De quoi pousser son compatriote Martin Fuchs à la faute sur Lorde Do Bel Monte.
Parti quelques minutes après Édouard Schmitz, Julien Épaillard a lancé son gris à toute vitesse. Si l’amplitude du fils de Presley Boy n’est pas des plus immenses, le sens du tempo et du tracé du “cavalier le plus rapide au monde” a fait la différence. Sous les bruissements des tribunes, le duo formé il y a un an seulement a coupé les cellules en 38’’17, synonyme de leadership. À ses trousses, trois très gros clients : Roger-Yves Bost, Richard Vogel et Ben Maher. Comme lors du parcours initial, le barrage du premier cité et de Go To Hickstead MF a été acrobatique, en témoigne une main lâchée sur l’obstacle initial. Le tricolore a tout de même bouclé un double zéro en 43’’28, synonyme de septième place.
Situation ô combien cocasse, Richard Vogel a ensuite tenté de battre le cavalier qui le conseillait en début de semaine ! Avant de faire un crochet par Lyon, l’Allemand a en effet passé quelques jours au haras de la Bosquetterie, afin d’en apprendre davantage sur le système et les techniques de la fusée française. Il s’en est manqué de peu pour que les conseils de Julien Épaillard ne finissent par le desservir aujourd’hui. Lancé à pleine vitesse sur le formidable Cloudio, le numéro un mondial a pris de l’avance en début de barrage, qu’il a fini par perdre en fin de course. Seulement trois centièmes l’ont départagé avec le Tricolore. “Je dois blâmer mon entraîneur !”, s’est amusé Richard Vogel en conférence de presse. “Apparemment, il ne m’a pas appris à aller assez vite. Je vais devoir retourner chez lui pour en apprendre davantage… Plus sérieusement, c’était très agréable d’observer une autre approche de l’équitation et de l’entraînement d’un cheval. J’y suis allé avec trois chevaux de huit ans que j’estime prometteur, ce qui a donné lieu à de très bonnes sessions de travail”, a-t-il complété. Deuxième aujourd’hui, l’Allemand a aussi donné des nouvelles plutôt encourageantes concernant l’état de santé préoccupant de son champion d’Europe et champion du monde par équipes, United Touch S.
Ultime homme à pouvoir déloger Julien Épaillard de son trône, Ben Maher a mis quelques minutes à entrer en piste, son partenaire Point Break ayant déferré au paddock. Malgré tous ses efforts, le Britannique n’a pu mener son bai, deuxième de la finale de la Coupe du monde en 2025, qu’à une quatrième place avec un double zéro en 38’’63.
Conseillé par Patrice Delaveau depuis quelques mois, Édouard Schmitz a retrouvé un podium de 5* à Lyon.
© Lukasz Kowalski/FEI
“Avec Le Coultre, nous avons commencé par le vouvoiement et nous commençons à utiliser le tutoiement”
Alors qu’ils tournaient autour d’une très grande victoire depuis plusieurs semaines, manquant de peu un triomphe au CSIO 5* de Gassin le 18 septembre, Julien Épaillard et Le Coultre de Muze ont enfin enfoncé le clou, pour le plus grand bonheur des afficionados de l’étalon de quinze ans. Remarqué pour son modèle et ses capacités dès son plus jeune âge, le fils de Presley Boy a réalisé toute sa carrière internationale sous la selle de Philippe Rozier, avec qui il avait notamment remporté un Grand Prix 3* à Gassin, en mars 2025. Depuis la retraite des 5* du cavalier de Bois-le-Roi, le gris a pris la direction de la Normandie, où il vit une deuxième jeunesse. Vainqueur d’une épreuve à 1,50m le 23 octobre au 4* de Liège, l’étalon a enfin obtenu un succès à la hauteur de son talent, de quoi ravir ses propriétaires passionnés, la famille Baillet.
Après sa razzia de 2022, édition lors de laquelle il avait remporté les trois épreuves majeures avec Caracole de la Roque et Donatello d’Auge, Julien Épaillard avait poursuivi son idylle avec Lyon en se plaçant deuxième de l’étape de la Coupe du monde Longines en 2024 avec Dubaï du Cèdre, et 2025 avec Fringan de Vesquerie. Sa victoire du jour confirme encore que le quinquagénaire est capable de tirer le meilleur de chevaux particulièrement différents et de les amener au sommet, quel que soit le stade de leur carrière. “Je sentais que Le Coultre et moi n’étions pas loin d’une grande victoire. Depuis un an, nous avons appris à nous connaître. […] Même si cela ne semble pas évident, Le Coultre est plus sensible qu’on pourrait le croire. Quand je l’ai récupéré, j’ai tenté d’instauré une relation de confiance, mais il s’est blessé quelques temps après. Lors de son retour, nous avons dû retrouver nos codes et les améliorer. En fait, nous avons commencé par le vouvoiement et nous commençons petit à petit à utiliser le tutoiement”, a résumé le meilleur cavalier du jour. Ce dernier a ainsi marqué vingt points au classement général de la Coupe du monde Longines, ce qui le place en haut de tableau derrière Martin Fuchs après la deuxième étape. S’il a fait l’impasse sur la finale du circuit en 2026, le Tricolore compte bien se rendre à Göteborg fin mars pour tenter de soulever le trophée, deux ans après son sacre bâlois sur Donatello d’Auge.
Bonus non négligeable, Julien Épaillard devrait avoir marqué suffisamment de points ce week-end pour faire partie des dix meilleurs cavaliers au monde dans le classement mondial de novembre. Une ascension qui devrait lui ouvrir les portes de la finale du Top 10 IJRC, dont la vingt-cinquième édition se tiendra à Genève, en décembre.
Richard Vogel a bénéficié des conseils de Julien Épaillard en début de semaine, ce qui a semblé lui profiter aujourd’hui.
© Lukasz Kowalski/FEI
La belle découverte Paula de Boer-Schwarz
Le tour initial, exceptionnellement imaginé par Santiago Varela – Grégory Bodo étant mobilisé aux Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar – a permis à quatorze couples de s’élancer au barrage. Les double vice-champions du monde Thibeau Spits et Impress-K van’t Kattenheye Z ont une fois de plus fait partie des meilleurs en se plaçant sixièmes grâce à un double zéro remarquable.
Elle aussi qualifiée pour le barrage, Jodie Hall McAteer a – comme vendredi – signé des parcours éprouvants à regarder. Le contrôle relatif de La Gupardie a donné à voir des sauts et des lignes difficiles. Pas vraiment du rang de couples tels que Willem Greve et son très sérieux Party In de Hus (né Hercule de Hus) ou encore Paula de Boer-Schwarz et My Miss Marpel OLD. Alors qu’elles participent au sixième 5* de leur carrière, la fille de Mylord Carthago et l’Allemande ont signé un week-end réussi. Sixièmes du Grand Prix Longines vendredi, toutes deux n’ont été piégées qu’à l’entrée du double au barrage aujourd’hui. Également cavalière internationale de dressage, la trentenaire toute vêtue de rose a d’ailleurs partagé sa joie et sollicité les tribunes après ses beaux parcours. Une belle découverte ! Pour la France, Jeanne Sadran et Pénélope Leprevost ont accédé au barrage avec Dexter de Kerglenn et Fair Play Margot.
Toutes les épreuves d’Equita Lyon sont à revoir à la demande sur GRANDPRIX.TV (hors Coupes du monde)

