Le BIP de Fontainebleau, révélateur de stars depuis plus de vingt ans

Du 16 au 19 avril, le Bonneau International Poney devait célébrer sa vingtième édition sur les terrains du prestigieux stade équestre du Grand Parquet de Fontainebleau. Bien que le virus Covid-19 ait finalement eu raison de l’événement, cela n’empêche pas de feuilleter l’histoire de ce qui constitue l’un des plus beaux rassemblements européens de jeunes cavaliers de haut niveau. Et de mesurer sa capacité à révéler de futurs grands champions de saut d’obstacles.



Associée à Pierre-Alain Mortier, Chaveta II remporta le premier Grand Prix du BIP en 2001. Par la suite, on la retrouva plusieurs fois au Grand Parquet, notamment avec Alexandre Fontanelle.

© Julien Counet

Le Bonneau International Poney (BIP) fait figure de rendez-vous incontournable pour tous les acteurs de la compétition à poney de haut niveau. Cavaliers, entraîneurs, sélectionneurs nationaux, éleveurs, professionnels des équipements, aficionados et journalistes s’y retrouvent chaque printemps. Durant quatre jours, plus de quarante épreuves nationales et internationales animent les cinq pistes de compétition du Grand Parquet, le célèbre stade équestre de Fontainebleau. Parmi elles, trois captivent particulièrement l’attention du public : la Coupe des nations du samedi après-midi, où se défient les meilleures équipes d’Europe, représentées par trois ou quatre couples, et les Grands Prix CSIP et CSIOP du dimanche. Bien avant les années 2000, la famille Bonneau a déjà l’équidé dans la peau. Marie-Ange, disparue en 2003, et André Bonneau, frère de Jean-Yves, Jean-Pierre et Jean-Maurice, célèbres cavaliers internationaux et entraîneurs de concours complet et de saut d’obstacles, dirigent le centre équestre de l’Étrier à Arbonne-la-Forêt, en Seine-et-Marne. Membre de l’équipe de France de jumping Poney, leur fille Mélanie a notamment pris part aux championnats d’Europe de 1997 et 1998. En 2001, avec Michel Valache, encore président d’honneur du concours à l’heure actuelle, le couple a l’idée de louer le Grand Parquet, situé à seulement dix kilomètres de chez eux. Adjoint de l’entraîneur national Francis Rebel et ayant participé à plusieurs Européens au sein du staff fédéral, André Bonneau souhaite ainsi dynamiser le circuit Poney en créant un très beau rendez-vous français.

2001, l'odyssée du Grand Parquet 

“À l’époque, le Grand Parquet était uniquement réservé aux chevaux, alors pouvoir y concourir à poney était une révolution !“, se souvient Pierre-Alain Mortier, jeune gagnant du premier Grand Prix du BIP avec Chaveta II (IPO 171, SF, Arthy x Mersebourg) et futur médaillé d’argent par équipes aux Jeux méditerranéens de 2018 à Barcelone. “Chaveta était la meilleure ponette de sa génération. Je l’ai montée pendant trois ans puis elle a poursuivi sa carrière en menant de nombreux cavaliers aux championnats d’Europe, dont Alexandre Fontanelle“, apprécie le Jurassien. “Connaissant intimement la famille Bonneau, nous nous attendions à ce que le concours soit très bien organisé, mais nous n’avions pas prévu qu’il prendrait une telle ampleur par la suite ! À l’époque, le monde du poney n’avait pas le même écho qu’aujourd’hui et était même boudé par le reste de la famille équestre. Monter à poney était mal vu et on reprochait aux jeunes cavaliers qui brillaient dans ces concours de disparaître une fois adultes.“ Avec cinquante partants dans le Grand Prix de jumping et un Grand Prix de dressage, la première édition, de niveau national, attire déjà plus de mille sept cents engagements !

“J’ai participé au BIP pour la première fois en 2002, lorsque le concours s’est ouvert à l’international“, se remémore Émeric George, sacré meilleur cavalier du concours en 2004 et actuel membre régulier de l’équipe de France de saut d’obstacles. “Nous redoutions alors particulièrement les Britanniques, grands favoris de la discipline.“ À juste titre d’ailleurs, puisque la Grande Bretagne remporte l’épreuve par équipes, et que la jeune Zara Phillips (future Tindall), petite-fille de la reine Élisabeth II et future triple championne d’Europe de concours complet, championne du monde en 2006 à Aix-la-Chapelle et médaillée d’argent par équipes aux Jeux olympiques de Londres 2012, glane le Grand Prix CSIP avec Short Step. “Ouvrir le Grand Parquet aux poneys a été un grand pas en avant, tout comme bénéficier du même terrain et du même parc d’obstacles que les adultes, de chefs de piste de haut niveau, etc. Cela a donné du crédit aux épreuves Poney“, reprend Émeric George. “La piste m’impressionnait car elle me semblait vraiment immense. C’est aussi là que j’ai été interviewé pour la première fois sur Equidia. À l’adolescence, on est plus ou moins à l’aise face à un micro mais ce fut une belle expérience ! Le BIP est très vite devenu un incontournable de l’agenda français, avec le Grand Prix national du Touquet et l’Open de France de Lamotte-Beuvron.“



2003, le BIP naît puis s'étoffe

L’Allemande Laura Klaphake garde un magnifique souvenir de l’édition 2006 du BIP, dont elle avait remporté le Grand Prix CSIP avec Jerome 56.

© PSV Morel

En 2003, la manifestation est renommée Bonneau International Poney, dit BIP, un diminutif dont la sonorité tinte joyeusement aux oreilles des jeunes cavaliers. À partir de 2004, le concours devient l’Officiel de France Poneys, ce qui lui confère le droit de recevoir la seule Coupe des nations de ce niveau organisée en France, la première du calendrier européen. Au printemps, les cinq meilleurs cavaliers de chaque nation, dont un réserviste, s’affrontent donc dans ce CSIOP. Future quatorzième et médaillée de bronze des Jeux mondiaux de Tryon en 2018, la jeune Allemande Laura Klaphake conserve un grand souvenir de l’édition 2006 du BIP, dont elle avait remporté le Grand Prix CSIP avec Jerome 56. “Je me rappelle très bien de ce concours. Le parcours était haut et rendu encore plus difficile par la déclivité du terrain. La piste et les cotes me paraissaient immenses !“, confie-t-elle. “Je n’avais ni attente ni pression concernant cette épreuve. J’étais soutenue par mes parents qui me coachaient alors - ce qu’ils font encore aujourd’hui, d’ailleurs - et je comptais sur mon poney. Je fus très surprise de gagner ! Le large public impressionnait la jeune enfant de douze ans que j’étais, mais il était heureusement fort chaleureux envers tous les cavaliers. Cette victoire m’a ouvert les portes de mon équipe nationale pour les championnats d’Europe, programmés trois mois plus tard à Saumur. Je fus d’abord sélectionnée en tant que réserviste puis promue titulaire quand le poney de l’un de mes coéquipiers s’est blessé.“ La cavalière glane alors l’argent par équipes, aux côtés notamment de Katrin Eckermann et Patrick Stühlmeyer, troisièmes de la Coupe à Fontainebleau et futurs cavaliers de CSI 5*. “Avec Jerome, j’ai participé à cinq championnats d’Europe et gagné quatre médailles, des Coupes et des Grands Prix… Je repense encore à mes années à poney avec beaucoup de nostalgie. Parfois, je revois d’ailleurs mes anciens parcours !“, sourit-elle. En 2007, le BIP enrichit son programme d’un CSI réservé aux poneys de six et sept ans, unique en Europe. “Je fus le premier à promouvoir cette idée en 2005“, précise André Bonneau. “La FEI a mis deux ans à l’accepter mais je suis très fier du résultat. Préparer la relève est primordial !“ Environ cinquante couples en prennent le départ chaque année. En 2009, Fontainebleau accueille même un Derby, mais celui-ci ne dura que quatre ans, faute de concurrents.

2012, la consécration européenne 

En 2012, André Bonneau et son équipe frappent fort en organisant successivement le BIP en avril puis les championnats d’Europe Poneys des trois disciplines olympiques en juillet, toujours sur les vingt-six hectares du Grand Parquet. “Planifier trois disciplines en même temps n’a pas été de tout repos“, se rappelle André Bonneau. “Pour m’épauler, j’ai fait appel à André Marius Berger, qui officiait à l’Office national des forêts (ONF), ainsi que Thierry Castel pour le concours complet et à Jean Morel pour le dressage. Même si les championnats se sont merveilleusement bien déroulés, être sur tous les fronts à la fois fut angoissant. Je pense notamment au concours complet, dont les exigences de sécurité furent compliquées à gérer. Notre budget a été déficitaire car un sponsor nous a malheureusement lâchés au dernier moment. Organiser ces Européens a permis au BIP de prendre une nouvelle dimension mais nous n’envisageons pas de réitérer l’aventure… Nous préférons laisser la place aux autres“, sourit-il. Lors de ce sommet continental, le stade bellifontain a accueilli trois cent soixante-dix poneys et plus de vingt-cinq mille spectateurs. Lauréate du Grand Prix du CSIOP en avril, la Britannique Millie Allen réitère en finale individuelle des Européens avec Song Girl. “Je la montais depuis ses quatre ans. Nous avons progressé ensemble jusque-là, ce qui est merveilleux“, commente la jeune cavalière, médaillée d’or par la suite aux championnats d’Europe Juniors et Jeunes Cavaliers et désormais performante en CSI 4*. “Nous évoluions à haut niveau depuis deux ans et c’était ma première participation aux Européens“, poursuit-elle avec émotion. “L’arène était immense, ce qui crée toujours une atmosphère géniale et spéciale. Le commentateur était aussi excellent et a rendu la compétition très excitante.“ Sur sa lancée, le couple glane à nouveau le Grand Prix du CSIOP en 2013. “J’ai gardé un bon souvenir de Fontainebleau, où nous étions chouchoutés, des écuries jusqu’aux pistes !“



2015, un tournant organisationnel

En 2015, André Bonneau quitte la direction de son centre équestre. Avec ses deux filles, Mélanie et Christelle, chargées respectivement de la communication et de la comptabilité, il crée la société AMC Bonneau afin de poursuivre l’aventure événementielle en famille. “Même si nous avons dû renoncer aux subventions des collectivités territoriales, cette SAS nous a clairement donné plus de poids pour négocier des contrats de sponsoring, ce qui reste le nerf de la guerre…“, souligne André Bonneau. Cette édition est marquée par la victoire de la France dans la Coupe des nations, malgré l’élimination et l’abandon de Camille Condé-Ferreira et Pumkins Pondi (Co, Apollon Pondy x Idénoir), lauréats le lendemain du Grand Prix du CSIOP. “J’ai toujours adoré le BIP“, livre la Francilienne, déjà victorieuse du Grand Prix CSIOP en 2014 avec ce crack. “Ce concours est très sélectif et la Coupe des nations est particulièrement bien suivie par le public. Faire partie de l’équipe de France est une motivation supplémentaire. En première manche de la Coupe, j’avais bêtement chuté sur l’avant-dernier. Heureusement, cela n’avait pas empêché la France de gagner. Le lendemain, il n’avait pas été évident de se remotiver pour le Grand Prix… Et pourtant, je l’avais remporté pour un centième de seconde sur ma coéquipière Justine Maërte (sacrée championne d’Europe en 2015 à Malmö avec Shamrock du Gîte, CPB, Welcome Sympatico x Kid de Garenne, Co, ndlr). Le parc d’obstacles était parfait, tout comme la remise des prix où les organisateurs invitent toutes les équipes à se joindre à la fête, ce qui constitue une vraie plus-value à mes yeux.“ Marraine de l’édition 2016, Camille Condé-Ferreira, championne d’Europe Juniors et lauréate de plusieurs Grands Prix CSI 2*, reste la deuxième cavalière avec Millie Allen à avoir remporté deux victoires consécutives dans le Grand Prix CSIOP du BIP.

Après les retransmissions de la Coupe et du Grand Prix en 2015, à partir de 2016, toutes les épreuves internationales sont visibles en direct. “Le BIP est très médiatisé, autant sur les réseaux sociaux que dans les médias spécialisés“, apprécie Clothilde Jeausserand, victorieuse cette année-là du Grand Prix CSIP avec Callas Rezidal (Z, Campione x Caletto). “Cela montre à quel point les cavaliers aiment ce concours. En dehors de l’organisation sportive, toujours parfaite, j’ai apprécié la décoration de la piste, les remises de prix… Poser à côté d’une Tour Eiffel fait toujours son petit effet sur les photos souvenirs !“, plaisante-t-elle.

Un avenir ensablé ? 

Après la tristesse de voir l’édition 2020 annulée en raison de l’épidémie de Covid-19, l’édition 2021, vingtième anniversaire que l’on célébrera forcément en grandes pompes, se déroulera en partie sur un Petit Parquet recouvert de sable et sûrement une Carrière des Princes agrandie. Qu’en sera-t-il de l’immense Terrain d’Honneur ? Si André Bonneau, comme d’autres organisateurs de concours à Fontainebleau, plaident pour son aplanissement et son ensablement, rien n’est encore acquis. “Le Grand Parquet en herbe, c’est l’image du BIP, la seule piste en herbe que foulent les poneys. S’il était recouvert de sable, il aurait bien moins de charme…“, soulève Clothilde Jeausserand. “Ma ponette de l’époque, Callas Rezidal, adore cette piste en herbe, comme on a pu le voir grâce à ses résultats avec moi et surtout avec Ilona (Mezzadri, lauréate de la Coupe des nations du BIP en 2018, ndlr).“ Même son de cloche chez Camille Condé-Ferreira, fidèle au stade bellifontain. “C’est en effet le seul terrain en herbe du circuit français. Pour s’y préparer, je m’entraînais dans des écuries voisines et profitais surtout de l’échauffement du premier jour de concours pour bien prendre mes marques. Les poneys sont généralement très stimulés et inspirés sur cette piste“, assure-t-elle. “C’est une piste magnifique que le dénivelé classe parmi les terrains les plus difficiles de France“, commente encore Pierre-Alain Mortier. “Sa spécificité peut perturber les couples habitués aux terrains plats et faire gagner des outsiders. Personnellement, j’adore les terrains en herbe. Et aujourd’hui encore, les plus grands concours du monde, les CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle et Calgary, se disputent sur herbe… mais je comprends aisément qu’on veuille compter sur la fiabilité d’un terrain en sable dans le futur“, conclut-il, en parfait accord avec le dilemme actuel… 

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX du mois d'avril.