Kashmir van Schuttershof, le fleuron de la lignée Almé

Depuis une bonne dizaine d’années, les produits de Kashmir van Schuttershof brillent au plus haut niveau. H&M All In de Vinck, champion d’Europe et vice-champion olympique individuel, Rêveur de Hurtebise*HDC, champion olympique par équipes, ou Gazelle ter Elzen, lauréate cette année du Grand Prix CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle sont ses plus illustres descendants. Sixième du classement des meilleurs pères de gagnants internationaux en saut d’obstacles, le sBs est désormais le meilleur représentant de la lignée mâle d’Almé.



Victorieuse de onze Grands Prix de niveau 5* sous la selle de l’Américain Kent Farrington, Gazelle ter Elzen, consacrée cet été à Aix-la-Chapelle, est sans doute le produit le plus abouti de Kashmir van Schuttershof.

© Scoopdyga

D'année en année, la lignée mâle d’Almé demeure parmi les trois plus influentes dans l’élevage mondial de chevaux de saut d’obstacles. Dans le top cent du classement des meilleurs pères de gagnants internationaux en saut d’obstacles édité en 2018 par la Fédération mondiale de l’élevage de chevaux de sport (WBFSH), la lignée de Cor de la Bryère est la plus représentée avec vingt-trois descendants, devant celles de Capitol I et d’Almé, tous deux à l’origine de seize étalons. Plus loin derrière, on trouve les lignées de Furioso II avec huit descendants contre sept pour Ladykiller, cinq pour Nimmerdor, par l’intermédiaire d’Heartbreaker et ses fils, et pour Lugano van la Roche, via Darco et ses fils, puis quatre pour Spartan/Stakkato et Argentan/Argentinus. Si Almé est de très loin le plus prolifique fils d’Ibrahim, la lignée d’Ibrahim compte également un autre représentant dans ce classement par l’intermédiaire de Tangelo van de Zuuthoeve, qui descend d’Ibrahim via Narcos II, Fair Play III et Quastor. La lignée d’Almé s’est essentiellement perpétuée via deux de ses fils, Galoubet A et Jalisco B, qui comptent à eux deux quinze descendants, le seizième représentant provenant d’Almé étant son petit-fils néerlandais Andiamo (Animo). 

Jalisco B est représenté à onze reprises dans le classement. Par son fils Dollar du Mûrier, lequel ne semble pas avoir encore engendré de grands étalons, et par Quidam de Revel, lui-même, et neuf de ses fils et petits-fils. Si Quidam de Revel demeure sans conteste le plus influent fils de Jalisco, c’est par le biais de sa production à l’étranger. Ainsi, ses neuf descendants présents dans le classement de 2018 sont tous nés à l’étranger, en Belgique, en Allemagne et aux PaysBas. Hormis Guidam (ex-Adagio IV) - qui a essentiellement produit aux Pays-Bas -, Dollar dela Pierre est le seul fils Selle Français de Quidam ayant réussi à intégrer le top cent du classement WBFSH, et ce durant trois ans, de 2013 à 2015. On peut néanmoins signaler que seule la moitié des produits de Dollar ayant gagné entre 1,50m et 1,60m est enregistrée au Stud-book Selle Français.

Le meilleur descendant de Quidam

Depuis la création de ce classement des étalons, en 2008, Quidam de Revel a toujours été présent au sommet de la hiérarchie, entre la deuxième et la dix-septième place. Son fils le plus influent est incontestablement Nabab de Rêve, qui est également omniprésent parmi les meilleurs, entre la cinquième et la dix-huitième places. Si Nabab de Rêve est entièrement SF dans son pedigree, il est bien enregistré au stud-book BWP et né en Belgique, où il a essentiellement fait la monte. Jusqu’à présent, deux fils de Nabab ont intégré le top cent : le champion du monde Vigo d’Arsouilles et Kashmir van Schuttershof, qui n’en finit pas de grimper depuis son entrée au classement en 2010. Sixième en 2019, alors que Nabab est septième et Quidam onzième, Kashmir est le meilleur descendant actuel de la lignée de Quidam. Dans un avenir relativement proche, il pourrait cependant être remplacé par Verdi TN (KWPN, Quidam de Revel) qui compte une production très conséquente et occupe la douzième place cette année. 

Comme son frère Vigo d’Arsouilles, Kashmir, enregistré au sBs, présente un pedigree aux sept huitièmes Selle Français. En effet, sa mère, Fines van Kameren, est une fille de Ténor Manciais (SF, Grand Veneur x Nankin) et de Gotha, Oldenbourgeoise issue du croisement entre Furioso II (ex-Vertuoso, SF, par Furioso, Ps) et Ghana (Han, Gotthard). De fait, c’est avec Gotha, très bien née et issue d’une souche riche en étalons et gagnants à haut niveau, que le Belge Willy van Impe, installé à Herzele, entre Gand et Bruxelles, a véritablement lancé son élevage. “Nous avons acheté nos premiers chevaux de loisir dans les années 1970, et je me suis essayé à l’élevage à la fin de cette décennie avec quelques juments assez ordinaires. En 1984, j’ai acheté Gotha chez la famille Böckmann, en Allemagne. L’année suivante, j’ai acquis Ténor Manciais, fils de Golden Comet, l’une des meilleures juments françaises de l’époque, chez Guy Hubert, le père de Denis. Le premier produit que m’a donné Gotha était Fines van Kameren, une fille de Ténor. À cette époque, nous avions choisi l’affixe van Kameren, parce que la route qui bordait notre propriété s’appelait Kamerstraat.“ 

À quatre ans, Fines est croisée à Nabab de Rêve, qui n’était pas le premier choix de Willy van Impe. “Nous l’avons amenée chez Joris de Brabander pour la faire saillir par Chin Chin, mais comme cela ne fonctionnait pas, nous avons opté pour Nabab de Rêve, un autre étalon que j’aimais bien, ce qui a nous donné Kashmir.“ Le croisement entre Fines et Nabab a si bien fonctionné que l’éleveur l’a privilégié par la suite, ce qui nous a donné Sissi van Schuttershof (sBs), gagnante entre 1,50m et 1,60m avec le Néerlandais Jur Vrieling ; Pristina van’t Schuttershof (sBs), mère de Triomphe van Schuttershof (sBs, Oklund), gagnant international en Italie, et de Dakota van Schuttershof (Z, Darco), classée à 1,55m avec le Néerlandais Gert-Jan Bruggink ; Ochin van het Schuttershof (sBs), mère de Angel van’t Hof (sBs, Chin Chin) classée en Grands Prix CSI 5* avec le Belge Niels Bruynseels ; ou encore Triomphante van Schuttershof (sBs), mère de Fiumicino van de Kalevallei (sBs, Plot Blue), âgé de huit ans et concourant à 1,50 m avec Jur Vrieling. D’autres filles de Fines ont bien produit, dont Qualine van Schuttershof (sBs, Power Light), mère de U Chin van Schuttershof (sBs, Chin Chin), classé à 1,55 m avec le Belge Thierry Goffinet, ou Nistria van het Schuttershof (sBs, Cento), mère de l’étalon Aragorn van Schuttershof (sBs, Quintero), gagnant jusqu’à 1,55 m avec le Belge Olivier Philippaerts.



UNE CARRIÈRE SPORTIVE TRONQUÉE

Depuis 2016, la Suède doit en partie ses succès à deux produits de Kashmir, H&M All in de Vinck (en première) et H&M Indiana (en deuxième), respectivement associés à Peder Fredricson et Malin Baryard-Johnsson, ici au barrage du tout premier Longines Global Champions Tour de Stockholm.

© Stefano Grasso/LGCT

Approuvé à trois ans par le stud-book sBs, Kashmir a débuté la monte la saison suivante et réussi un bon début de carrière en Jeunes Chevaux, monté successivement par les Belges Rik Hemeryck, Gilbert de Roock et Philippe Le Jeune. Le champion du monde 2010 connaissait bien la famille, puisqu’il avait monté non seulement Nabab de Rêve, mais aussi Ténor Manciais, dont il garde le souvenir d’un petit cheval au grand cœur. “Ténor était petit et très respectueux, mais pouvait manquer de moyens. Il avait assez de sang, et était surtout très compétitif et volontaire, même quand les parcours étaient trop haut pour lui.“ Le champion belge se montre nettement moins dithyrambique au sujet de Nabab de Rêve, avec lequel il a pourtant accompli une belle carrière internationale, dérochant notamment une médaille de bronze par équipes aux Jeux équestres mondiaux de Jerez de la Frontera, en 2002. “Il n’avait pas vraiment de sang et n’était pas tellement une bête de concours. Il avait la mauvaise bouche de Quidam, mais on ne pouvait pas l’emboucher trop fort, sinon il ne supportait pas et baissait le garrot. Il se blasait vite des épreuves et de tout, en fait. Il faisait la monte un moment, puis Joris me le ramenait car il n’avait plus trop envie de monter sur le mannequin. Là, nous repartions en compétition et il se comportait super bien pendant trois ou quatre concours, avant de lever un peu le pied. Il était très brave, pétri de moyens et avait un style extraordinaire, si bien que nous pouvions sauter n’importe quoi, mais il fallait l’avoir frais.“

Cela n’a pas empêché Nabab de réussir une superbe carrière d’étalon, engendrant une multitude de cracks, dont Vigo d’Arsouilles bien sûr, partenaire du titre mondial de Philippe Le Jeune, et bien d’autres tels Glock’s London (ex-Carembar de Muze, BWP), double médaillé d’argent olympique en 2012 à Londres et champion du monde par équipes en 2014 à Caen avec le Néerlandais Gerco Schröder, Valentina van’t Heike (BWP), médaillée de bronze par équipes aux JEM de Lexington en 2010 avec le Belge Jos Lansink, et bien d’autres gagnants à 1,60m : Le Rêve de Nabab (sBs), avec l’Espagnol Sergio Álvarez Moya, Nabab’s Son (Z) avec l’Irlandais Denis Lynch, Abab van het Molenhof (BWP) avec Sergio Moya, Candy avec le Belge Pieter Devos, Ensor de Litrange LXIII (BWP) avec l’Italien Lorenzo de Luca, VDL Glasgow van’t Merelsnest (BWP) avec Jur Vrieling, Zinius (BWP) avec le Néerlandais Harrie Smolders, Equador van’t Roosakker (BWP) avec Frédéric David, Gitano van Berkenbroeck avec l’Italien Juan Carlos García, RMF Cadeau de Muze avec Philippe Le Jeune, l’Irlandais Denis Lynch et le Britannique William Whitaker, ou encore Gravity of Greenhill avec Julien Anquetin.

Philippe Le Jeune est nettement plus élogieux à l’égard de Kashmir. “Il avait un caractère extraordinaire, un très bon galop, un très bon passage de postérieurs et une super bouche. Je le montais d’ailleurs avec un petit Pelham en caoutchouc. Il était assez simple à monter, respectueux et avait un mental fantastique. Malheureusement, il s’est gravement blessé au jarret gauche à cinq ans dans une prairie. Mal opéré, il en avait gardé un gros jarret soudé et assez raide. Je l’ai monté une bonne saison, en 2004, et nous avons tout de suite obtenu des résultats. Nous avions notamment réussi une belle Coupe des nations au CSIO de Lucerne (quatre points puis sans-faute, ndlr). À Rotterdam, il a réussi un double sans-faute dans la Coupe et concédé quatre points au barrage du Grand Prix. J’ai été présélectionné pour les Jeux olympiques d’Athènes et le comité olympique belge a juste demandé à ce qu’il ressaute deux parcours à Aix-la-Chapelle.“

Malheureusement, la belle histoire a tourné court, Kashmir ayant été rattrapé par ses problèmes de santé, au grand désespoir de son cavalier… “Nous avions réussi à bien soigner son jarret, nous allions à la mer et le cheval était en forme. Avant de partir à Aix, son propriétaire, Willy van Impe, a souhaité effectuer un check-up chez le vétérinaire. Celui-ci nous a confirmé que le cheval allait bien, mais nous a encouragés à administrer au jarret un nouveau traitement qu’il avait reçu. Je n’étais pas très chaud de faire ça si peu de temps avant Aix, mais le vétérinaire a insisté alors nous avons accepté. Kashmir est resté trois jours à marcher au pas chez son propriétaire, qui me l’a ensuite ramené. Hélas, quand il est descendu du camion, je me suis tout de suite rendu compte qu’il boitait. Il avait mal réagi au produit… Alors nous avons dit adieu à Aix et aux Jeux d’Athènes…“, souffle-t-il. “Je l’ai remis en condition, l’ai engagé dans un ou deux concours, puis Willy a voulu qu’il aille à Calgary. Là-bas, après une bonne première épreuve, il s’est remis à boiter. J’ai alors conseillé à Willy de l’arrêter parce qu’il n’avait plus rien à prouver et que je n’avais plus envie de le monter comme cela. Sans cet accident, il aurait pu briller en championnats et Grands Prix, il aurait été phénoménal. Il avait tous les moyens et un mental extraordinaire. Je prenais beaucoup de plaisir à le monter. Ce n’était pas un Pur-sang, mais il avait suffisamment de sang pour être très compétitif. Si je devais lui reprocher quelque chose, ce serait peut-être sa montée de garrot, mais on ne peut pas tout avoir. Les chevaux qui ont un geste magnifique devant n’ont pas forcément un très bon passage de postérieurs et inversement. Comme tous ces grands chevaux, il a besoin de juments près du sang. Lui apporte sa force, ses moyens, du cadre et un très bon tempérament“, conclut le Wallon.

Depuis 2016, la Suède doit en partie ses succès à deux produits de Kashmir, H&M All in de Vinck (en première) et H&M Indiana (en deuxième), respectivement associés à Peder Fredricson et Malin Baryard-Johnsson, ici au barrage du tout premier Longines Global Champions Tour de Stockholm.

© Stefano Grasso/LGCT



UNE PRODUCTION DE HAUT VOL

La production de Kashmir van’t Schuttershof s’avère effectivement de très grande qualité avec, dès la première génération, des chevaux de très haut niveau comme Oléandre (sBs, mère par Roy de Vergoignan, AA), très bon gagnant international avec le Suisse Grégoire Oberson, avant de passer sous la selle de l’Émiratie Latifa al-Maktoum, ou Orlando de la Provillo (sBs, mère par Ténor Manciais), international avec la Suissesse Alessandra Bichsel. Cette qualité s’est confirmée d’année en année, et Kashmir est passé de la vingt-neuvième place du classement WBFSH en 2010 à la cinquième en 2018, et la sixième en 2019. Il compte plus d’une centaine de gagnants à 1,55m et 1,60m, dont les figures de proue sont H&M All In de Vinck, vice-champion olympique individuel en 2016 à Rio puis médaillé d’or individuel et d’argent par équipes aux Européens Longines de Göteborg en 2017 avec le Suédois Peder Fredricson, Rêveur de Hurtebise*HDC, médaillé d’argent par équipes aux JEM de Normandie en 2014 puis champion olympique par équipes à Rio avec Kevin Staut, et Gazelle ter Elzen, gagnante de onze Grands Prix de niveau 5* avec l’Américain Kent Farrington à Calgary (à cinq reprises durant la tournée estivale de Spruce Meadows), Madrid, Tryon, Valence (par deux fois) et surtout à Genève et, bien sûr, au CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle, où son nom est inscrit dans le marbre pour avoir gagné l’édition 2019. 

En France, Kashmir a engendré trois cent quatre-vingt-sept produits, dont trentecinq ont obtenu un indice supérieur à 140, soit un excellent ratio. Les meilleurs à ce jour sont T’Obetty du Domaine, gagnante régulière à 1,50 m avec Harold Boisset, Silver Deux de Virton*HDC, classé dans plusieurs Grands Prix à 1,60m avec Kevin Staut après avoir été formé par Olivier Guillon et aujourd’hui sous la selle de Patrice Delaveau. Citons encore Théodore Manciais, excellent cheval de tête du jeune Américain Spencer Smith, Sam de Bacon, très bon gagnant à 1,50m avec la Britannique Jessica Mendoza, tout comme Utah d’Aiguilly avec Simon Delestre. 

Avant de s’illustrer à son tour à 1,50m avec Pauline Guignery, Meadow de l’Othain, autre très bonne fille SF de Kashmir, a donné naissance à l’extraordinaire Pablo de Virton (ISO 175, SF, Andiamo), classé dans de nombreux Grands Prix CSI 5*. En tant que père de mères, le sBs se montre également brillant à en juger par les performances de Chanel du Calvaire (sBs, Luccianno), classé en Grands Prix et Coupes des nations avec le Canadien François Lamontagne, Casanova de l’Herse (sBs, Ugano Sitte), gagnant jusqu’à 1,60m avec le Belge François Mathy Jr, et surtout Estoy Aqui de Muze*HC (ISO 166, BWP, Malito de Rêve), grande gagnante en Grands Prix et Coupes des nations à 1,60m avec Kevin Staut, et Hannah (ex-Happy D’Houtem, BWP, Dulf van den Bisschop), brillante en Coupes de nations et lauréate de plusieurs Grands Prix CSIO 5* et CSI 5*-W avec le Suisse Steve Guerdat, et associée depuis peu au Suédois Henrik von Eckermann. Malheureusement, Kashmir van Schuttershof n’est plus fertile depuis plusieurs années et le stock de semence congelée s’amenuise. Reste maintenant à lui trouver un successeur parmi sa quarantaine de fils étalons.

Cet article est paru dans le magazine GRANDPRIX n°112.

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