Champagne d'Ar Cus, un bon élève sur la route du succès

En fin d’année dernière, à seulement huit ans, Champagne d’Ar Cus s’est offert les deux premiers Grands Prix As Poney Élite auxquels il participait sous la selle de Romane Orhant. Champion de France des mâles PFS de deux et trois ans, puis médaillé d’or à six ans au Sologn’Pony, le brillant étalon affiche déjà un palmarès remarquable et semble suivre un chemin tout tracé vers les plus belles épreuves Poneys.



“Il était très téméraire dès sa naissance. S’il y avait une flaque d’eau, c’était le premier à sauter dedans ! Alors qu’il avait à peine vingt-quatre heures, il a franchi un contrehaut devant les écuries…“ Joueur et curieux, le jeune poulain dont se souvient la Bretonne Erell Le Berre, sa co-naisseuse, n’est autre que Champagne d’Ar Cus (IPO 153, PFS, Machno Carwyn x Quidam de Revel). Star dans le monde des poneys avec quatre titres de champion de Suisse et deux médailles d’or en individuel aux championnats d’Europe, on ne présente plus son père, Machno Carwyn (Welsh, Carregcoch Bleddyn x Tylan Danny), qui compte près de cinq cent trente produits inscrits au SIRE. En revanche, sa mère, Utopie de Kerglenn (SF, Quidam de Revel x Dollar dela Pierre), n’a rien d’une ponette, si ce n’est la taille (1,50m). Née elle aussi dans le Finistère, à Plougonvelin, cette Selle Français a pour mère Rafale de Kerglenn (SF, Dollar Dela Pierre x Diamant de Semilly), une descendante de Jumpy de Kreisker (SF, Quito de Baussy x Muguet du Manoir), elle aussi issue d’un élevage finistérien. “Nous venions de nous installer dans notre nouvelle propriété, et notre voisin Thomas Le Berre (avec lequel ils n’ont aucun lien de parenté malgré le nom de famille identique, ndlr), éleveur et marchand de chevaux, nous a proposé d’acheter une jument en commun nommée Utopie“, explique Erell Le Berre, installée avec son époux à Ploneour-Lanvern. “Ses origines nous plaisaient et sont issues de notre région, donc nous avons accepté. En général, le premier poulain d’une jument est plus petit que les autres, donc nous avons choisi d’utiliser Machno Carwyn comme premier croisement, et Thomas nous a fait confiance.“



Né en 2012 de cette première union, Champagne d’Ar Cus se distingue très tôt, s’octroyant à deux ans la première place d’un concours local de Modèle et Allures à Hennebont. “Les juges l’ont vraiment adoré, donc nous avons décidé de l’emmener à la finale nationale, ce qui était une première pour lui comme pour nous“, se remémore Erell Le Berre. Alors qu’il n’a encore jamais quitté son Finistère natal, Champagne d’Ar Cus effectue son premier long trajet, six heures, pour rejoindre le Sologn’Pony, à Lamotte-Beuvron. Avec une moyenne de 17,45, et un 18 à l’obstacle, Champagne d’Ar Cus remporte son premier titre national et obtient l’agrément pour produire en PFS. L’année suivante, après un prédébourrage et de longues vacances, le jeune entier reprend le travail en vue de la finale des mâles de trois ans. “Champagne a bien failli ne pas pouvoir courir le championnat de France cette année-là“, raconte l’éleveuse, qui n’était alors pas au bout de ses peines. 

“En arrivant, lorsque nous l’avons sorti du van, il a eu peur d’une trottinette électrique. Surpris, il a voulu remonter par le côté du pont du van et il s’est fait mal… Il marchait sur trois jambes, nous avons eu vraiment peur. Heureusement, tout s’est rétabli après quelques minutes de marche. Ensuite, pour qu’il se dégourdisse les jambes, Thomas et mon époux sont allés le longer et… il a déferré. Il a fallu trouver un maréchal-ferrant en urgence, mais comme il faisait déjà nuit, nous lui avons simplement bidouillé le fer en lui repiquant le dernier clou. Franchement, nous étions super stressés pour l’épreuve du lendemain et avions peur qu’il ne soit pas carré.“ Malgré ces incidents, Champagne parvient à décrocher l’excellente note de 17 aux allures. Métronome sur l’atelier de saut en liberté, et malgré une légère agitation lors de la présentation au modèle, l’alezan grimpe sur la plus haute marche du podium grâce à un total de 16,44, à la plus grande surprise de ses propriétaires. “Franchement, nous espérions finir dans les quinze premiers. Quand on nous a rappelés pour la remise des prix, nous avons même mis du temps à comprendre !“, se souvient Erell Le Berre.



Quelques semaines après ce beau doublé, Champagne d’Ar Cus participe, comme tous les étalons fraîchement approuvés, au testage. Là encore, il fait l’unanimité. “On voyait bien que le saut d’obstacle était inné chez lui. C’est un génie de la barre“, affirme Mathieu Laisney, l’un des deux cavaliers du testage et formateur de jeunes poneys. “C’est amusant parce que nous l’avons ensuite amené chez Denis Hubert à Saint-Lô afin de faire congeler sa semence. Un ami de Thomas devait venir l’entraîner, mais le trajet était finalement trop long pour lui, donc Denis Hubert nous a proposé d’appeler son cavalier pour lui demander de s’en charger. Et il s’avère que c’était Mathieu !“, confie Erell Le Berre. C’est donc au Normand que revient la formation du double champion de France, avec lequel il dispute quelques épreuves en Cycle classique. “À quatre ans, sur six parcours, cinq se sont soldés par un sans-faute“, illustre la naisseuse. Ayant déjà beaucoup donné, l’alezan ne participe pas à la finale nationale et profite d’une pause jusqu’en 2017, reprenant juste à temps pour l’incontournable Salon des étalons de SaintLô. Quelques mois plus tard, il obtient la mention Excellent lors de la finale des poneys de cinq ans, puis signe une saison exemplaire en 2018 avec un taux de sansfaute de 100 % ! En fin de saison, il est sacré champion de France des six ans et ajoute une nouvelle ligne à un palmarès déjà très fourni pour son âge. “À l’écurie, il avait ses petites habitudes“, se remémore Mathieu Laisney, à qui il doit aussi sa réussite. “Il mordillait un peu, comme tous les entiers, mais était très gentil. Il était très facile et respectueux ; il fallait juste travailler sur sa concentration, car il lui arrivait de jouer un peu ou de faire quelques ruades.“

“Après avoir constitué un stock de semence, nous avons décidé de le vendre“, explique Erell Le Berre. “Claude Castex était intéressé par le poney, mais nous a plutôt proposer de le confier au lieu de le vendre, afin de faciliter la transition entre un cavalier adulte et un enfant.“ Début 2019, le triple champion de France rejoint alors le piquet de la jeune Romane Orhant, élève de Claude Castex, déjà deux fois médaillée de bronze par équipes aux championnats d’Europe Poneys en 2018 et 2019 avec l’incroyable Quabar des Monceaux (IPO 175, PFS, Nabor x Rosire). “Nous avons mis un peu de temps pour nous comprendre“, relate la jeune amazone. “Au début, je n’osais pas trop l’embêter, donc il avait le nez en l’air et regardait de tous les côtés. Par contre, dès le premier saut, j’ai senti qu’il avait quelque chose de spécial. Comme il a beaucoup de force, Claude m’a aidée à travailler sur des petits obstacles, parce que Champagne avait tendance à m’embarquer un peu, mais aussi sur les combinaisons. Il prenait tellement de trajectoire sur le premier élément qu’il avait du mal à rester dans le bon contrat de foulées pour en sortir sans faute. Nous avons eu un déclic au BIP de Fontainebleau, où nous avons notamment dû passer d’un mors simple à un Pessoa.“ Qualifié en As Poney 1 Excellence aux championnats de France de Lamotte-Beuvron, le couple y termine dixneuvième, un résultat de bon augure pour la finale des poneys de sept ans prévue quelques semaines plus tard. Avec une barre et une légère faute sur la rivière, Champagne d’Arc Cus prend la quinzième place. “Il s’est très bien comporté. C’était un super championnat“, assure sa cavalière. 

Après une période de repos, l’étalon est revenu plus en forme que jamais. Après un week-end de nouveau en As Poney 1 à Canteleu mi-octobre dernier, l’étalon participe à son premier Grand Prix As Poney Élite à Barbizon la semaine suivante. Il remporte l’épreuve phare, avant de réitérer la performance le mois suivant à Dreux. Depuis, le couple n’a pas fini moins bon que troisième dans les épreuves auxquelles il a participé. Séduit par l’alezan, Bernard Orhant, le grand-père de Romane, décide finalement d’acquérir les parts de Thomas Le Berre, devenant propriétaire de la moitié du poney. Cette saison, le couple devait poursuivre sa progression en As Poney Élite jusqu’au championnat de France avant que la petite sœur de Romane, Gaëtane, âgée de douze ans, ne prenne la relève.

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