La Tour Vidal, une vision de l’élevage hors du commun

Mylord Carthago, Sisley de la Tour Vidal, Excalibur de la Tour Vidal*GFE. Derrière ces chevaux, se cache un couple d’éleveurs passionné : Paule et Jean-Louis Bourdy-Dubois. À la tête de l’élevage de la Tour Vidal, situé à quelques kilomètres de Vichy, dans l’Allier, le duo a fait naître trente-huit sujets, présentant un impressionnant ratio de chevaux ayant atteint le plus haut niveau.



À quelques kilomètres de Vichy, les poulains de la Tour Vidal profitent des prairies.

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Excalibur de la Tour Vidal représente une intéressante synthèse de ce que je cherchais à faire”, lance Jean-Louis Bourdy-Dubois. En 1998, lorsque ce scientifique à l’esprit cartésien se lance dans l’élevage, rien ne laisse présager autant de succès pour son petit élevage. Sa fille, mordue de compétition, entraîne son père dans sa passion. “En transportant son cheval, j’ai découvert le monde du concours hippique et dans le même temps celui de l’élevage”, explique ce-dernier. “J’ai alors rencontré fortuitement le grand éleveur belge Daniel Boudrenghien (naisseur entre autres d’Ogano et Ugano Sitte, ndlr). J’ai été très intéressé par les propos de cet érudit pour tout ce qui touche au cheval de saut d’obstacles. Il m’a donné envie de faire de l’élevage.

Autodidacte et fort d’études de chimie, biologie et génétique, le docteur en pharmacie qu’est Jean-Louis Bourdy-Dubois décide d’appliquer ses connaissances théoriques aux chevaux, suivant ainsi la passion de sa fille. À cinquante-deux ans, et aidé par les connaissances de son ami belge, le scientifique apprend à reconnaître les qualités d’un très bon cheval et comprend la biomécanique nécessaire chez un cheval de sport. “Je pouvais alors me lancer dans l’élevage !”, se remémore-t-il. 

Lorsque j’ai décidé de me lancer dans l’élevage, je n’avais pas de jument répondant à mes exigences. Par l’intermédiaire de mon ami Daniel Boudrenghien, j’ai trouvé en Belgique une personne qui possédait une jument correspondant à ces critères, et qui a accepté de me la louer durant le temps de la gestation”, détaille Jean-Louis Bourdy-Dubois. Naît alors Lady Calvaro, fille de Calvaro, comme son nom l’indique, et petite-fille de Pluriel. Cette jument, dont les qualités correspondent aux attentes de son naisseur, deviendrait plus tard la mère d’un certain Sisley de la Tour Vidal, et de huit autres propres frères et sœurs du crack alezan. Parmi eux, il convient de citer Sire de la Tour Vidal, renommé Gaudi et monté par Marcus Ehning puis Paola Amilibia, ainsi que Cassius de la Tour Vidal, tragiquement disparu à cinq ans après de prometteuses sorties en Cycles Classiques.



Lady Calvaro et Mylord Carthago : des débuts fructueux

Sous la selle de Pénélope Leprevost, Mylord Carthago a marqué les esprits en étant l'un des piliers de l'équipe de France.

© Scoopdyga

Après Lady Calvaro, vient au monde Mylord Carthago, que l’on ne présente plus. Vice-champion du monde à Lexington, vice-champion d’Europe à Madrid, vainqueur des Grands Prix CSI 5* de Paris, Vienne, Helsinki, ainsi que des Coupes des nations CSIO 5* de Rome, d’Aix-la-Chapelle, et de Gijón, Mylord Carthago a participé à lancer sur le devant de la scène sa cavalière : Pénélope Leprevost. “Chanceux”, selon ses propres mots, Jean-Louis Bourdy-Dubois avait acquis un embryon auprès du grand éleveur belge Joris de Brabander. Pour donner plus "d’intensité" aux qualités de sauteuse de l’illustre et regrettée Fragance de Chalus, jument née chez Solange Planson et appartenant à la célèbre et prolifique souche d'Ifrane. Le nouvel éleveur souhaite utiliser Calvaro ou Carthago. Finalement, c’est avec le second qu’est croisée Fragance de Chalus. Un croisement produit une unique fois, qui s’avère plus que payant.

Ces deux premiers produits fructueux que sont Lady Calvaro et Mylord Carthago en ont appelé bien d’autres. Finalement, rien n’était lié au hasard. Dès le départ, Jean-Louis Bourdy-Dubois est resté attaché à ses principes, à ses convictions. Loin du microcosme normand et des élevages à grande échelle, ce discret éleveur bourbonnais a conservé sa vision et tracé sa route, avec le succès qu’on lui connaît. “Je ne suis jamais monté à cheval, mais j’ai essayé d’apprendre l’équitation à travers des lectures, des vidéos, des discussions avec de grands entraîneurs que j’ai eu la chance de rencontrer. J’en citerai deux en particulier : Laurent Elias et Jean-Paul Musette”, raconte Jean-Louis Bourdy-Dubois. “Cette connaissance de la technique équestre était pour moi indispensable afin de faire le lien entre les aptitudes naturelles d’un cheval et l’utilisation qui pouvait en être faite.

Grâce à cet apprentissage, l’éleveur a déterminé trois critères de base. L’excellence, d’abord, constitue une première nécessité sur laquelle il est impossible de transiger. Ensuite, Jean-Louis Bourdy-Dubois tient à croiser entre eux des chevaux “semblables”, c’est-à-dire des chevaux présentant, dans l’excellence, les mêmes qualités, et ce, afin de fixer génétiquement ces caractéristiques. Enfin, les souches des reproducteurs utilisés doivent présenter une homogénéité, garantissant que le sujet ne sorte pas du lot de façon aléatoire. “Je me suis également fixé une dernière règle consistant à répéter, chaque fois que cela était possible, plusieurs fois le même croisement. Ceci afin de minimiser le caractère aléatoire du phénomène biologique de la reproduction”, précise Jean-Louis Bourdy-Dubois. Plus largement, les produits de la Tour Vidal doivent être respectueux, souples, élastiques, réactifs, équilibrés et présenter une excellente technique à l’obstacle.



Discrétion et modestie

Sisley de la Tour Vidal coule désormais des jours heureux dans les écuries de Jean-Charles Pirot.

© Mélina Massias

Et pour valoriser ses produits, Jean-Louis Bourdy Dubois sait s’entourer. Pénélope Leprévost a l’habitude de collaborer avec l’élevage, puisqu’elle a performé avec Mylord Carthago, Sisley de la Tour Vidal, et peut désormais nourrir de grandes ambitions avec le prodige Excalibur de la Tour Vidal*GFE. Certains chevaux de la Tour Vidal évoluent également sous la selle de Jean-Charles Pirot, installé à La Châtre, dans l’Indre. Sisley de la Tour Vidal évolue d’ailleurs au sein des installations berrichonnes depuis plusieurs années. Corleone Tour Vidal, aperçu le temps de quelques concours sous la selle du numéro un tricolore, Kevin Staut, a, lui aussi, été formé par Jean-Charles Pirot. S’il confie laisser sa femme, Paule, gérer le travail pratique à l’élevage, Jean-Louis Bourdy-Dubois n’en reste pas moins un passionné. Passionné par son travail, mais aussi par son sport, qu’il suit avec assiduité chaque week-end. “Je regrette, comme la plupart des cavaliers, entraîneurs et propriétaires, la dérive trop commerciale observée dans l’organisation des grands concours internationaux. Cette situation nuit à la lisibilité des résultats et entraîne probablement un certain désintérêt des médias non spécialisés”, confesse le septuagénaire. “Quant aux épreuves, elles exigent des chevaux réunissant toujours plus de qualités. Pour ma part cela ne change pas ma vision du cheval que je souhaite continuer de produire, qui doit être un athlète à la fois puissant, réactif, souple, avec un mental de compétiteur.

Désormais, Jean-Louis Bourdy Dubois compte sur deux poulinières, fille et petite-fille de Lady Calvaro, fondatrice de son élevage. Il estime également que deux autres petites-filles de la première jument née à l'élevage, toutes deux issues de Thelma La Tour Vidal, mère d’Excalibur, pourraient constituer l’avenir de son élevage. Finalement peu médiatisé malgré son excellente réussite à l’élevage, Jean-Louis Bourdy Dubois, de nature réservée et discrète, préfère continuer son chemin sans attirer les foules. “Certaines personnes sont intéressées par mon approche de la reproduction ; ce qui m’a amené à faire des conférences notamment à l’étranger. Mais je n’ai aucunement l’ambition ni de servir d’exemple, ni de formuler des préceptes”, résume modestement l’intéressé. “J’ai seulement essayé, d’abord pour moi, de théoriser et d’appliquer ce que je pensais être une stratégie raisonnée de la reproduction. Mon objectif ne va pas au-delà et je peux dire que je n’ai nullement besoin de reconnaissance ou de considération.