Les Français réagissent à la reprogrammation des championnats d’Europe de 2021 à Hagen

Le 21 octobre, la Fédération équestre internationale a officiellement confirmé que les championnats d’Europe de dressage seraient maintenus en 2021, à la suite d’une forte pression des différentes fédérations nationales européennes, soutenus par les cavaliers, propriétaires et chef d’équipes. Les dresseurs auront donc rendez-vous à Hagen du 7 au 12 septembre. Une décision qui a ravi les Tricolores, motivés à l’idée d’avoir au moins une échéance d’envergure confirmée l’été prochain. Morgan Barbançon-Mestre, Anne-Sophie Serre, Stéphanie Brieussel et Emmanuelle Schramm-Rossi, DTN adjointe en charge du dressage, ont accepté de confier leurs impressions.



Morgan Barbançon-Mestre, meilleure tricolore au classement mondial des cavaliers et membre de l’équipe de France avec Sir Donnerhall II, dit Gus, lors des Européens Longines de Rotterdam en 2019

C’est un plaisir que les championnats d’Europe aient lieu, surtout que nous ne sommes pas certains du maintien des Jeux de Tokyo. Que nous ayons au moins une échéance l’an prochain serait super. Le mieux seraient que nous puissions participer aux deux! Les JO restent mon objectif numéro un, et en numéro deux les Européens. 

J’étais très déçue de l’annulation de l’étape Coupe du monde de Lyon, j’avais envie d’y participer car je devais présenter une nouvelle musique. C’est en plus un concours que j’adore, proche de la maison avec un super public. J’avais fait mon plan autour de ce concours, en n’emmenant pas Gus au Mans par exemple. Concernant la suite du circuit Coupe du monde, j’ai décidé de faire l’étape de Salzbourg et Malines, celle de Francfort n’était pas dans mes plans, mais si Salzbourg est annulé alors nous irons. Nous allons voir, un peu au jour le jour. C’est délicat pour préparer les chevaux, mais nous n’avons pas le choix. Comme j’avais préparé Gus pour Lyon, je vais lui redonner un peu de tranquillité. Je ne veux pas tirer dessus et qu’il soit à fond tout le temps. C’est bien qu’il ait des moments de repos, donc nous allons lever le pied pour préparer ensuite le CDI-W de Salzbourg. S’il a lieu c’est génial, et sinon je lèverai à nouveau le pied jusqu’au concours suivant. Si la finale de Göteborg est maintenue, elle sera définitivement l’un de mes objectifs. 

Pour préparer les JO, je vais continuer à participer aux concours que j’appelle “préparatoires”, après lesquels j’analyse nos points forts, nos points faibles et ce que nous devons améliorer pour le prochain concours, et avancer ainsi gentiment jusqu’à Tokyo, en maintenant le cheval en forme. Ses notes augmentent, cela serait bien d’arriver à Tokyo avec un ou deux pourcents de plus qu’actuellement, soit 74% lors du Grand Prix et du Spécial, voire 75% car c’est ce qu’il faut pour passer en finale. 

Pour m’accompagner aux Européens, je compte sur Bolero ou Lilo, qui a neuf ans. Je verrai comment la saison se déroule pour lui l’année prochaine. Il est pour l’instant trop inexpérimenté pour participer à une étape de la Coupe du monde. Il n’y a plus grand-chose à part les grosses échéances, dont je vais plus me baser sur le début d’année, comme le national de Mâcon en janvier, pour le lancer ensuite en Grand Prix lors du CDI du Mans en février. Nous verrons ensuite comment il évolue dans la saison et s’il peut être prêt pour les championnats d’Europe. L’objectif sera d’y aller avec lui ou Bolero, qui s’est malheureusement blessé en mai pendant le confinement. Il s’est donné un coup au box et cela ne lui a pas permis de reprendre les concours post-confinement. Il a donc eu un peu de repos. Je voulais reprendre tranquillement sur quelques concours, et non une étape de la Coupe du monde. De plus, les concours indoor ne sont pas ce qu’il préfère. Je concoure avec lui pendant la saison extérieure, d’où le fait qu’il ne soit pas sorti l’hiver dernier. Il a eu une pause après une période intense. Il a repris le travail et sera prêt pour la saison extérieure l’année prochaine, s’il y en a une! J’espère qu’il y aura des solutions pour que nous puissions sortir un peu en concours. J’ai des jeunes chevaux avec en ligne de mire Paris 2024, mais pour cela ils ont besoin de prendre de l’expérience en compétition. Le point positif est que les organisateurs français se battent, et je les remercie, pour maintenir tous les concours possibles.



Anne-Sophie Serre, championne de France Pro Élite en titre avec Actuelle de Massa  

C’est une excellente nouvelle, surtout qu’en tant que sportifs il nous faut des objectifs pour pouvoir nous projeter et avancer. Cela nous fait un bel objectif. Avec la conjoncture actuelle, même si le report des Jeux olympiques a été annoncé et confirmé, nous ne sommes jamais totalement certains qu’ils puissent être maintenus, ce que nous espérons. Avoir la certitude d’un championnat d’Europe est déjà une excellente nouvelle. Les Jeux olympiques restent bien évidemment l’objectif majeur pour la saison prochaine. Dans l’éventualité d’une nouvelle annulation, le fait d’avoir un championnat d’Europe au programme restera un très bel objectif également. Nous savons que nous n’aurons pas une saison morte comme cela a été le cas cette année. C’est une excellente nouvelle pour la discipline. D’autre part, si les Jeux olympiques sont maintenus, avoir un doublé avec les championnats d’Europe pourrait servir plusieurs nouveaux couples et permettre leur émergence. Il n’est pas évident que les sélectionnés pour les Jeux olympiques soient les mêmes pour les Européens. En avoir des différents permettraient à de nouveaux couples d’aller prendre de l’expérience sur de grosses échéances. Donc dans plusieurs domaines, cette décision est très bonne. 

Stéphanie Brieussel, membre de l’équipe de France avec Amorak lors des Européens Longines de Rotterdam en 2019 et sélectionnée pour les Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016

C’est une très bonne chose que les championnats d’Europe aient lieu l’année prochaine. Nous espérons également que les Jeux olympiques soient maintenus, même si c’est difficile de dire si cela sera le cas. C’est très bien que nous ayons au moins un objectif la saison prochaine. Cette année a été un peu compliquée, mais cela ne tombait finalement pas si mal pour moi car Amorak est malade. C’est pour cela que nos deux derniers concours ne se sont pas bien passés. C’est un cheval qui est très vif avec beaucoup d’énergie, or il était très fatigué. C’était anomal, cela m’a inquiété à Mâcon et à Vierzon. Depuis le temps que nous évoluons ensemble, je le connais et je sentais que quelque chose n’allait pas. En rentrant, nous avons effectué des analyses, qui ont indiqué la maladie de Lyme. C’est pour cela qu’il n’a pas concouru depuis. Il est soigné depuis son retour de Vierzon il y a deux mois et cela commence à aller mieux et reprendre du poil de la bête, je suis contente pour lui. Il ne sera pas en retraite demain, il est plus fort que cela! (Rires) Les échéances de l’été prochain sont notre objectif numéro un. D’autres chevaux arrivent derrière, qui sont très bons mais sont pour l’instant trop jeunes pour le niveau Grand Prix, ils auront sept ans l’année prochaine donc pour eux l’objectif serait plus Paris 2024. Je ne pourrai donc compter que sur Amorak. Il est habitué, il était à Rio de Janeiro et n’a jamais de problème de transport, s’adapte facilement aux boxes, donc il pourrait hypothétiquement enchaîner les deux échéances. Après, ce sera à la fédération de faire des choix. Il y aura peut-être deux équipes différentes, je ne sais pas, cela reste une politique fédérale. Il est difficile de faire des pronostics, certains chevaux ont de l’âge, il n’y a pas tant de jeunes chevaux ou alors ils manquent d’expérience. Cela sera au staff de décider. Et puis pour l’instant, nous n’avons pas de concours! Il faut quand même effectuer des sélections et pour l’instant nous ne savons pas trop comment faire. Nous ne connaissons pas le programme pour l’année prochaine, nous sommes dans l’inconnu. Je pense qu’en France, et dans d’autres pays comme l’Allemagne et autres nations fortes, nous trouverons des dispositifs pour pouvoir concourir. Cela va s’adapter en début d’année. La période pour se sélectionner sera courte. C’est un grand point d’interrogation, personne n’a vécu cette situation avant, que ce soit dans le sport ou dans la vie quotidienne. Ce n’est pas évident de se projeter. Nous ne savons pas comment, où nous pouvons aller. De mon côté, je suis contente que les Européens soient maintenus, car si ce n’est pas le cas des Jeux olympiques nous aurons quand même une échéance et c’est que nous motive. Je travaille comme si la saison était normale. 



Emmanuelle Schramm-Rossi, directrice technique nationale adjointe en charge du dressage

Nous sommes très contents d’avoir une échéance supplémentaire et qui soit maintenant confirmée. C’est déjà une grande satisfaction d’avoir cette échéance qui s’annonce. Nous ferons ce qu’il faut pour présenter deux équipes. Il y a tellement d’incertitudes sur la saison à venir que nous ne pouvons pas faire de plans pour l’instant. Nous allons nous réunir prochainement pour faire un point, très certainement en novembre, pour voir comment nous allons nous organiser. L’annonce vient d’être faite et nous sommes tous à plusieurs endroits, je suis par exemple présente aux championnats Amateurs et As (au Pôle Européen du Cheval d’Yvré-l’Évêque, ndlr) pour l’instant. Il est certain que c’est une opportunité pour plus de cavaliers, donc c’est de toute façon une bonne nouvelle.