"J’aime le métier dans son ensemble, mais c’est véritablement la compétition qui me fait vibrer", Alexis Goury

Meilleur Français au classement du CCI5*-L des Etoiles de Pau il y a trois semaines, un déménagement d’écurie après six ans passés à Saumur annoncé lundi ou encore la publication d’une vidéo mettant en avant sa passion du sport mardi. Alexis Goury ne cesse de faire l’actualité du concours complet français ces derniers temps. La rédaction de GRANDPRIX a souhaité en apprendre plus sur le travailleur, persévérant et ambitieux tricolore de vingt-cinq ans.



Avec son Trompe l'Oeil d'Emery, Alexis Goury forme un véritable couple.

© Scoopdyga

Vous venez de vous installer dans vos propres installations. Pourquoi avoir choisi de quitter le cadre du Cadre Noir de Saumur ? 

Au départ, j’étais à Saumur pour suivre la formation initiale qu’ils proposent, afin de passer le BPJEPS et le DESJEPS. Par la suite, je suis entré au Pôle France en parallèle de ma formation et j’ai intégré la pépinière d’entreprises en 2018 pour pouvoir lancer ma propre entreprise, en partenariat avec Fanny Hamelin. 

Cela a été un vrai tremplin d’être là-bas en termes d’infrastructures. Notre objectif était depuis quelques temps de pouvoir s’installer ailleurs, mais nous ne pensions pas pouvoir directement acheter notre structure. C’est l’accomplissement de ce que nous souhaitions mettre en place depuis plusieurs années, la suite logique de notre projet.

Pourquoi avoir choisi de se baser à Morannes-sur-Sarthe ?

Nous souhaitions rester dans la région des Pays de la Loire, car il s’agit véritablement la région maîtresse du concours complet français. Nous avons visité plusieurs écuries, et nous avons choisi en fonction de notre budget, qui était malheureusement limité (rires). Nous avons trouvé cette écurie-là qui possède déjà de belles infrastructures, même s’il reste beaucoup de choses à améliorer. Avec notre budget, nous n’aurions pas pu trouver mieux.

Qu’est-ce que cela va changer dans votre quotidien ?

Nous allons être chez nous ! L’argent que nous allons dépenser tous les mois pour rembourser l’emprunt va être capitalisé plutôt que d’être "jeter par les fenêtres" en location. Cela me frustrait un peu. Cela permet d’avoir une véritable base arrière, mais offre aussi le confort d’être chez soi et de pouvoir faire ce que l’on veut. Cela va également nous permettre de développer d’autres activités qui vont nous apporter une nouvelle rentabilité financière. À Saumur, nous étions stables, mais nous ne gagnions pas véritablement d’argent. Nous allons nous lancer dans le débourrage et l’entrainement de chevaux de courses en complément de notre activité de valorisation de chevaux de sport. Je pense également proposer des coachings réguliers au sein de ma structure, mais il n’est pas prévu de proposer une activité d’écurie de propriétaires.

Dans la vidéo publiée le 9 novembre sur vos réseaux sociaux et réalisée avec l’agence Riders Talent, vous nous partagiez votre passion pour les chevaux et le concours complet. Comment êtes-vous venus à pratiquer l’équitation ? Pourquoi avoir choisi ce sport en particulier ?

J’ai commencé à monter à cheval lorsque j’avais neuf ans. Ma tante avait un centre-équestre, ce qui rendait le fait d’aller monter à cheval assez facile pour moi, et c’est comme ça que j’y ai pris goût. Le concours complet était la discipline de prédilection de mon oncle et ma tante, ce qui m’a motivé à m’y mettre ! Leur centre-équestre était très tourné vers le concours complet, j’ai donc toujours baigné dedans. Quand on goûte au concours complet lorsqu’on est jeune, il est difficile de changer d’y renoncer après ! C’est véritablement cette discipline qui me passionne et me fait vibrer.



"J’ai pensé à me séparer de Trompe l’œil", Alexis Goury

À quel moment avez-vous décidé d’en faire votre métier ?

Quand j’étais plus jeune, je souhaitais devenir vétérinaire ou ostéopathe, en tout cas jusqu’à mon arrivée au lycée. Mais l’école n’était pas vraiment mon truc, j’avais davantage envie de passer mon temps avec les chevaux et je me voyais mal faire une dizaine d’années d’études supplémentaires. À l’âge de dix-sept ans, j’ai donc décidé de tenter ma chance à Saumur, puisque mon oncle avait fait son instructorat là-bas. Mes parents étaient d’accord pour que je choisisse de travailler dans le milieu équestre, mais souhaitaient que j’aie un réel bagage avec des diplômes pour démarrer plus facilement ma vie active. Saumur a été un véritable tremplin pour moi et m’a permis d’arriver là où j’en suis. Je recommande vivement à toute personne souhaitant évoluer professionnellement dans le monde du cheval de passer par Saumur. Ensuite, il faut aussi se créer des opportunités et s’en servir, et peut être compter un peu sur la chance (rires). 

C’est d’ailleurs dans le but d’entrer à Saumur que nous avons acheté Trompe l’œil d’Emery (ICC 152, SF, Imprévu de la Cour x Fury de la Cense), en pensant de base en faire un cheval d’Amateur Elite et de CCI1*. En rentrant à Saumur, je ne me voyais pas devenir cavalier de haut niveau et accomplir tout ce que j’ai pu faire. Je n’avais pas du tout cette prétention-là. J’avais d’ailleurs pensé à me séparer de Trompe l’œil puisque nous avions du mal à nous entendre tous les deux au début. Puis, à force de persévérance, il s’est révélé être un fantastique cheval de haut niveau et je pense qu’il a réussi à faire ses preuves depuis avec tout ce qu’il a accompli ! 

Quelles valeur ce sport porte-t-il à vos yeux ? 

C’est un sport de persévérance et de remise en question. Si l’on ne sait pas se remettre en question avec les chevaux, on ne peut pas avancer. Lorsque l’on voit des cavaliers d’expérience qui montent à cheval depuis une cinquantaine d’années nous dire qu’ils n’ont toujours pas tout appris, ça nous pousse à toujours persévérer. Chaque cheval est différent et a quelque chose à nous apprendre. L’équitation nous apprend à être réaliste. 

Avez-vous d’autres passions ou hobbies ?

J’aime énormément regarder des films et des séries, j’aime aussi jouer aux jeux-vidéo. J’aime beaucoup le sport en général, mais avec le métier que je fais, je n’ai malheureusement pas le loisir d’en pratiquer d’autres à côté. J’espère que j’arriverais à trouver une organisation qui me permettra de le faire ! Si je commence à pratiquer un nouveau sport, je veux le faire bien, et pour cela il faut y consacrer du temps. 

Je fais tout de même un peu de préparation physique, j’essaie de courir régulièrement et je vais aménager une petite salle de sport chez moi pour continuer de m’entraîner comme je pouvais le faire à Saumur. Le sport de haut niveau demande une certaine rigueur et il faut avoir un corps prêt à encaisser les gros efforts que cela nous demande.

© Scoopdyga



"Je souhaiterais trouver de nouveaux investisseurs et propriétaires", Alexis Goury

Désormais installé dans sa propre structure, Alexis Goury ne manque pas d'ambitions pour la suite de sa carrière.

© Collection privée

Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?

C’est la compétition. C’est vraiment ce qui me motive le plus. Chaque journée, chaque entraînement est fait en fonction de ce que chaque cheval va pouvoir me donner en compétition dans sa catégorie. Evidemment, j’aime le métier dans son ensemble, mais c’est véritablement la compétition qui me fait vibrer et met en place tout le reste. 

Quels sont vos points forts et vos points faibles ?

On me l’a souvent dit – et je le sais – la qualité de mon défaut c’est que j’ai toujours envie de progresser. Je suis donc quelqu’un de très déterminé et motivé, mais cela peut me jouer des tours, dans le sens où je peux aller un peu trop vite ou perdre un peu patience, mais cela s’arrange avec le temps (rires) !

Quel est votre souvenir le plus fort ?

Individuellement, je pense que c’est ma troisième place à Boekelo avec Trompe l’œil en 2017. C’était ma première saison en tant que Senior, je sortais du circuit Jeune Cavalier, et cette performance-là est un peu sortie de nulle-part. Cela a vraiment été décisif dans tout ce que j’ai pu accomplir par la suite. En équipe, je citerai évidemment mon premier Championnat d’Europe Séniors, l’année dernière, même s’ils ne se sont pas forcément déroulés exactement comme prévu. J’ai manqué un peu de chance sur ce championnat, mais nous en sommes sortis grandis. 

Où vous voyez-vous d’ici cinq à dix ans ?

D’ici cinq ans, j’espère que notre écurie fonctionnera bien avec un système pérenne. Je souhaiterais trouver de nouveaux investisseurs et propriétaires dans ce laps de temps, c’est quelque chose qui me manque encore un peu aujourd’hui. J’espère pouvoir trouver des partenaires pour m’aider à acheter les meilleurs chevaux et valoriser au mieux les jeunes chevaux que certains éleveurs m’ont confié. J’aimerais pouvoir développer tout cela au maximum. 

Sportivement, j’espère que j’aurais participé aux Jeux Olympiques d’ici une dizaine d’années ! C’est peut-être un rêve un peu bateau, mais comme tous les cavaliers, j’aspire à y aller. J’espère pouvoir être performant en CCI5*L, faire les Championnats d’Europe et les Jeux Equestres Mondiaux – pour le moment je n’ai été que réserviste pour ces derniers.