Fort de ses belles expériences, Robinson Maupiler se forge une carrière prometteuse en solo

Robinson Maupiler, qui a fêté son vingt-huitième anniversaire le… 28 décembre, compte déjà un solide bagage. Passé par pléthore de grandes écuries, le Normand, qui a désormais tout d’un Belge, a fait preuve d’une belle régularité en fin d’année. Classé aux huit, neuf et sixième rangs de ses trois derniers Grands Prix CSI 2*, courus à Lierre et Opglabbeek, il semble s’appuyer sur un système bien rodé. Retour sur le riche itinéraire de ce Français, désormais installé au sein du haras Zangersheide, à Lanaken.



Le cadre bucolique des écuries de la famille Melchior, à la frontière belgo-néerlandaise, permet à Robinson et son équipe de profiter d’une vaste forêt.

© Collection Privée

Il y a toujours eu des chevaux chez mes parents, installés près d’Argentan, dans l’Orne. Il faut dire qu’ils dirigent une entreprise fabriquant du matériel d’écurie. Ils ont d’ailleurs toujours un peu monté pour le plaisir”, se souvient Robinson Maupiler, né en 1992 à Falaise, à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Caen, dans le Calvados. Naturellement, le jeune garçon s’initie peu à peu à l’équitation, puis à la compétition.

Très jeune, le Normand se lance aussi dans le monde du travail, enchaînant les années d’alternance chez plusieurs pointures du saut d’obstacles. Robinson vit une première expérience chez Christian Hermon, à Glanville, toujours dans le Calvados. “À cette époque-là, Christian concourait à haut niveau, notamment avec Éphèbe For Ever. C’était nouveau pour moi. Je suis resté un an là-bas, puis j’ai passé deux ans et demi chez Sylvie et Gilles Boulanger, les parents d’Antoine et Clément, dans la Manche”, reprend-il. Robinson poursuit son chemin chez Marc Dilasser, grand spécialiste des jeunes chevaux et excellent cavalier de haut niveau alors établi dans le pays d’Auge. Le pilote y passe deux ans, d’abord en alternance, puis en tant que salarié. En 2013, il s’envole pour sept mois en Algérie. “J’ai saisi une proposition du haras Hocine El-Mansour (situé à près de quatre cents kilomètres à l’ouest d’Alger, ndlr). Ce dernier venait d’investir dans beaucoup de chevaux en France, provenant notamment de l’élevage des Forêts. J’en ai monté beaucoup de très bons là-bas, dont Ulysse des Forêts”, détaille Robinson.




L’excellence made in Stephex

De son itinéraire riche en apprentissages et découvertes, la plus belle destination du pilote reste sans doute Wolvertem, commune rurale située à quinze kilomètres au nord de Bruxelles. En décembre 2013, Robinson y pose ses valises au seine des écuries Stephex. Arrivé un peu par hasard, par l’intermédiaire de son ami portugais Duarte Romão, il débute en tant que cavalier maison, même si son objectif premier n’était pas forcément celui-là. “Une fois sur place, je me plaisais vraiment bien. C’était grandiose d’être dans une écurie de niveau 5*, avec autant de bons cavaliers”, loue le Normand. “Voir Daniel Deusser et Eiken Sato travailler au quotidien était une vraie chance. Finalement, à aucun moment je n’ai cherché une autre place.” 

Et les choses s’accélèrent. “Après quelques semaines, Stephan (Conter, propriétaire des écuries, ndlr) a vu une vidéo de moi en concours. Il est venu m’en parler, et m’a proposé d’aider Duarte à essayer des chevaux. La semaine suivante, j’ai obtenu un cheval à monter en concours, puis deux, puis trois, etc. Au final, je me suis retrouvé avec un piquet d’une vingtaine. C’est un parcours un peu atypique, mais surtout une belle histoire”, sourit-il. “J’ai appris à m’adapter et monter tout type de chevaux, jeunes ou âgés, petits ou grands, avec plus ou moins de sang. En tant que cavalier, cela me semble très important.”

Fort de cette nouvelle expérience, en 2017, Robinson décide de s’installer à son compte. Toujours en Belgique, il loue d’abord des boxes chez Karel Cox. “Je suis parti de rien, sans cheval ni argent. Je n’avais que ma selle et mes bottes!”, avoue le jeune pilote. “Au début, j’ai beaucoup travaillé avec Karel. J’ai monté quelques chevaux pour lui, puis des chevaux de propriétaires, avant d’investir dans d’autres.” Il y a quelques mois, le Français a entamé un nouveau chapitre de son histoire, en s’installant dans les écuries de la famille Melchior, au haras Zangersheide, à Lanaken. “Ici, je peux utiliser toutes les installations, dont les nombreuses pistes de concours, et j’ai entre seize à dix-sept chevaux au travail. Les boxes sont très grands, ce qui est agréable pour eux. Il y a une vaste forêt où l’on peut se promener, et pour ne rien gâcher, l’endroit est vraiment classe”, se réjouit le Normand. “Géographiquement, cela ne change pas grand-chose par rapport à mes précédentes écuries. Beaucoup de très bons terrains de concours sont vraiment proches: on est à vingt minutes d’Opglabbeek, une heure de Peelbergen (le centre situé à Kronenberg, aux Pays-Bas, ndlr) et Lierre, trente-cinq minutes d’Aix-la-Chapelle. C'est vraiment super.



Le commerce d’abord

Les journées de Robinson, grand admirateur d’Éric Navet, commencent aux alentours de 6h30. “Je tiens à ce que les chevaux sortent beaucoup de leur box. Ils vont au marcheur ou au tapis roulant, sont montés, puis nous essayons de les emmener tous au paddock chaque jour”, souligne le Français. Le soutien de Sarah, groom, et Louis, cavalier maison, n’est pas de trop pour assurer le bien-être de la vingtaine de pensionnaires.

Outre Curiano van Maarle (Z, Canabis Z x Germus R), lauréat d’un Grand Prix CSI 2* début mars à Valence, qui a désormais intégré le piquet de Karel Cox”, Robinson s’appuie sur deux prometteurs chevaux de huit ans: Zandor Alpha (Z, Zeus x Polydor), le clone de Zandor Z, et Moncler van Overis (BWP, Kannan x Darco). Ce dernier a d’ailleurs affiché une éblouissante régularité fin 2020, se classant sept, huit et sixième de ses trois derniers Grands Prix. “J’ai profité du départ de Curiano pour hisser ces deux chevaux au niveau supérieur, et ils ont très bien réagi. Moncler avait déjà un peu d’expérience, mais restait vert en piste. Nous avons pris notre temps et continué à le faire mûrir.” Lucide, l’expatrié sait que ses deux montures pourront être vendues dans les mois à venir.

Du reste, pour pérenniser son entreprise, le cavalier a besoin de privilégier le commerce, avant d’éventuellement tenter sa chance à haut niveau. “Je ne peux pas, ou difficilement, me permettre de garder un cheval pour le sport”, justifie Robinson. “À plus long terme, on ne sait pas ce qui peut arriver. Je ne dis pas que je n’ai jamais rêvé de haut niveau ou d’un championnat. J’en rêve même chaque jour, mais chacun doit être à sa place. Et pour l’instant, la mienne n’est pas là.” 

Formateur passionné, qui ne rechigne pas à monter ses recrues dès leurs quatre ans, Robinson Maupiler estime que 2021 devrait permettre à ses chevaux de sept et huit ans de montrer tout leur potentiel. Son proche avenir semble donc bien préparé. Se décrivant comme “très exigeant”et “parfois un peu froid”il a vraisemblablement trouvé un système qui lui convient. Et à vingt-huit ans seulement, il a encore tout le temps de concrétiser ses rêves de gloire.