Un “optimisme prudent” pour les organisateurs de grands concours, face aux multiples incertitudes de 2021

Après une année 2020 marquée par les annulations de compétitions en raison de la pandémie de Covid-19, les organisateurs sont désormais pleinement tournés vers l’avenir et la préparation de leurs événements internationaux programmés en 2021. Les incertitudes liées à l’évolution des conditions sanitaires et des décisions gouvernementales ne leur rendent pas la tâche aisée, les poussant à envisager plusieurs scénarios et à s’adapter au jour le jour. Rien ne garantit que les concours prévus puissent se dérouler, mais tous restent déterminés, bien que mesurés et réalistes.



Depuis un peu plus de dix mois, la Covid-19 bouleverse le quotidien de la planète équestre – et de la planète tout court. Après que de nombreuses compétitions sportives ont été annulées en 2020, les organisateurs redoublent aujourd’hui d’efforts pour mettre sur pied leurs événements en cette nouvelle année. Si pour certains, la survie de toute une organisation est en jeu, le défi est également de taille pour les cavaliers et leurs chevaux, qui doivent s’exercer en vue des échéances majeures de la saison, à savoir les Jeux olympiques de Tokyo et les différents championnats d’Europe. Comme le précise Marine Peters, du Comité équestre de Saumur, les organisateurs vont jouer un rôle essentiel dans la préparation des équipes de France: En année olympique, nous croyons que notre concours Saumur complet, qui sera qualificatif pour les Jeux, est très important. D’ailleurs, nous en avons avancé la date à la demande du sélectionneur national, Thierry Touzaint, qui souhaite se servir de ce concours de format long comme support pour observer les couples en lice pour les JO. Nous allons tout faire pour que cela puisse se dérouler et dans les meilleures conditions.”

Si les différents organisateurs français se disent “en ordre de marche”, la pandémie de coronavirus qui continue de sévir sur le territoire national ne leur rend pas la tâche aisée, tous évoquant ces “incertitudes” liées à l’évolution de la situation sanitaire. “Pour le monde de la compétition et pour tout le monde en général, nous entendons parler de nouveaux variants de virus. C’est dur pour tout le monde, nous ignorons si les grandes échéances comme les JO ou les championnats d’Europe vont avoir lieu. Cela nous met dans une incertitude désagréable, mais à laquelle personne ne peut échapper”, philosophe ainsi Jacques Couderc, gérant du Royan Horse Club, qui estime cependant que “nous avons besoin de la compétition”. “Nous restons bien sûr à l’affut presque quotidiennement des nouvelles annonces et mesures gouvernementales”, ajoute Marine Peters.

Tout cela pourrait entraîner, comme en 2020, des annulations d’événements ou des ajustements parfois tardifs. Si Marine Peters estime que le Comité équestre de Saumur, qui doit aussi organiser un concours de voltige international du 1er au 4 avril, puis son CCI 4*-L du 29 avril au 2 mai, n’aura “pas de visibilité à moins d’un mois de l’événement”, Alain Landais, organisateur des CSI 4*, 2*, Jeunes Chevaux et Amateurs de Bourg-en-Bresse, qui doivent se tenir du 20 au 23 mai, se laisse, avec son comité, jusqu’à fin février pour décider du maintien de ce rendez-vous traditionnel du calendrier de saut d’obstacles. “Nous avons choisi de préparer le concours comme s’il allait se dérouler. Si fin février, en étant réalistes, nous sommes toujours dans le même contexte qu’aujourd’hui, je ne vois pas comment tout le monde pourrait se serrer la main, se faire la bise ou trinquer sans aucune restriction deux mois et demi après…”



“Même à huis clos, il y a tellement d’inconnus…”

Le traditionnel CSI de Bourg-en-Bresse est un événement “convivial, beaucoup de non-initiés se déplacent. À huis clos, il nous manquera forcément des recettes” détaille Alain Landais.

© Éloïse Durand

La situation pousse alors les organisateurs à anticiper plusieurs scénarios. “Pour le CCI 4*-L, nous envisageons trois dispositifs”, commence Marine Peters. “Le premier que l’on peut qualifier de ‘plus optimiste’ serait de livrer l’événement avec sa programmation intégrale, sans jauge de public. Dans le deuxième cas, nous envisagerions la tenue de la compétition internationale et professionnelle habituelle, avec une jauge de public limitée. Le site est très vaste et en plein air, ce qui pourrait permettre de fixer une jauge quotidienne correcte, avec quelques exposants. Notre programmation est assez hétéroclite et comprend des soirées, une course à pied, une exposition… Dans cette perspective, ces projets parallèles pourraient être plus difficiles à mener. Enfin, la troisième éventualité serait celle d’un huis clos total, simplement avec les acteurs de la compétition.”

Cette option sans public, déjà adoptée en octobre par les organisateurs du Mondial du Lion-d’Angers et de nombreux concours nationaux indoor, n’enchante cependant pas les organisateurs. “Notre concours doit être convivial, beaucoup de non-initiés se déplacent. À huis clos, il nous manquera forcément des recettes”, prévient Alain Landais. “Même à huis clos, il y a tellement d’inconnus pour un concours international… Les frontières seront-elles rouvertes? Organiserons-nous un concours à huis clos avec 50% des participants? C’est bien pour les professionnels, mais sans Amateurs… Je ne vous cache pas que nous sommes un peu perplexes, mais nous allons étudier le sujet.”

La question des bénévoles s’avère également centrale pour certains organisateurs, comme “Saumur Complet, qui réunit chaque année deux cent cinquante bénévoles”, explique Marine Peters. “Si la présence de public est limitée, nous pourrions faire appel à moins de bénévoles. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons pas mettre en péril la sécurité des cavaliers et des chevaux en réduisant trop ce nombre. Si nous ne pouvons pas réunir suffisamment de commissaires aux obstacles, l’événement ne pourra pas avoir lieu.”

L’aspect financier ne peut être occulté. Face à cette question centrale, la situation diffère d’un organisateur à l’autre, même si les difficultés liées au contexte économique restent les mêmes. “Nous sommes en discussion avec les collectivités territoriales, nos principaux financeurs. Elles sont décisionnaires quant à la tenue de notre événement ou la validation d’un éventuel huis clos”, rappelle Marine Peters. “Commercialement, c’est extrêmement compliqué. Certaines entreprises n’ont pas de visibilité et d’autres priorités pour leur survie économique. D’autres ne veulent pas s’engager dans le sponsoring d’événements dont la tenue est hypothétique, ne voulant pas faire face à une telle incertitude. Heureusement, nous avons la chance de compter un certain nombre de partenaires fidèles”. Du côté de Bourg-en-Bresse, le CSI est organisé par une association. “Aussi, l’annulation de 2020 ne nous a pas pénalisés. Contrairement à une société commerciale, les résultats d’une année n’ont pas forcément d’impact sur la suivante. Disons que nous avons vécu une année blanche”, débute Alain Landais. “Nous avions entendu à un moment que la FEI pourrait réduire les seuils de dotation de 30%. J’ai trouvé que c’était une bonne idée, peut-être pas pour les participants, mais au moins pour les organisateurs. Quand nous allons chercher de l’argent auprès de partenaires, il faut le ramener au contexte économique qui ne s’y prête pas trop. Finalement, la FEI a fait fi de tout cela et a conservé les mêmes seuils…”



“Nous serons encore dans l’improvisation cette année”

Bon gré mal gré, les organisateurs doivent s’adapter aux nouvelles règles en vigueur, notamment concernant les espaces de restauration. “Pour l’alimentation des cavaliers, nous allons faire de la vente à emporter, mais ce nouveau système est une aberration. Il nous est interdit d’utiliser notre grand espace de restauration qui peut recevoir peut-être sept cents ou huit cents personnes…”, fulmine Jacques Couderc. Ce dernier s’attend à quelques difficultés, tout en reconnaissant être chanceux grâce à ses installations permanentes. “Je crains que l’année 2021, contrairement à ce que nous espérons, soit aussi dure voire plus compliquée que l’année 2020. Je pense que nous serons encore dans l’improvisation cette année. Malgré cela, nous avons la chance d’avoir un site opérationnel.” 

Cependant, tous gardent la motivation pour faire au mieux en 2021, après une année 2020 compliquée. “L’année dernière, j’ai fait partie des organisateurs qui s’en sont le mieux sortis même si nous avons annulé sept compétitions mineures. Nous n’avons pas vraiment le droit de nous plaindre, car certains ont souffert plus que nous”, reconnaît l’organisateur des concours de Royan, qui devrait accueillir sept semaines de compétitions internationales cette année. “Le sens de notre métier est de rassembler du public et de permettre des rencontres. Il est dur d’avoir dû annuler l’an passé des événements qui étaient quasiment prêts, défaire tout ce que nous avions fait. Il n’y a pas eu d’aboutissement et garder la motivation n’a pas été facile. Cependant, nous gardons espoir, même si on nous a martelé que nos métiers n’étaient pas essentiels. Avec du recul, on se rend compte que les gens ont besoin de se retrouver et de vivre des moments de partage. Pour le moral de tout le monde, c’est important. Lorsque les choses rentreront dans l’ordre, nous aurons besoin de sortir, de nous rencontrer. Nous serons alors là. Nous allons tout faire pour que nos événements puissent avoir lieu, même si au final nous ne sommes pas décisionnaires. Pour l’heure, nous sommes dans un état d’esprit d’optimisme prudent”, conclut Marine Peters.