“2020 a été ma meilleure année”, Aurélien Leroy

À vingt-huit ans, Aurélien Leroy a débuté il y a deux ans déjà une seconde carrière à haut niveau, en saut d’obstacles pur. Une décision que l’ancien complétiste “ne regrette pas du tout”. Alors qu’il a terminé onzième d’un Grand Prix CSI 3* à Vilamoura le week-end passé avec la performante Vendôme d’Ick, et qu’il concourt actuellement au Sunshine Tour, en Espagne, le jeune homme a accepté de revenir sur son début de saison. Celui dont les écuries sont situées à Damiatte, dans le Tarn, a également fait le bilan de ces vingt-quatre premiers mois à s’épanouir pleinement sur les barres, son nouveau fonctionnement et ses ambitions. Entretien. 



Vendôme d’Ick est la jument de tête du jeune cavalier installé dans le Tarn.

© Sportfot

Le week-end dernier, vous avez terminé onzième du Grand Prix CSI 3* de Vilamoura, avec un point de temps dépassé, en selle sur Vendôme d’Ick (SF, Arko III x Chin Chin). Quel est votre sentiment? 

Ma jument n’avait pas concouru depuis octobre, donc j’ai repris la première semaine par deux petites épreuves à 1,30m et 1,40m, où elle a terminé sans-faute. La deuxième semaine, elle de nouveau couru une petite épreuve, avant de participer au Grand Prix. Vendôme était super, il y a juste eu ce petit point de temps. Je me suis trop écarté devant le triple pour bien l’ajuster, et j’ai un peu trop pris mon temps dans le demi-tour pour aller sauter l’avant dernier. Je suis satisfait, pour un début d’année, je l’ai trouvée en forme et dans une bonne condition. J’ai respecté le plan que j’avais en tête pour ces quinze jours au Portugal, même si cela n’incluait pas de prendre un point de temps! (Rires). Par ailleurs, pour un début d’année, j’ai trouvé qu’il y avait un bon Grand Prix. Vendôme est arrivée au Sunshine Tour, où elle participera aux deux CSI 4* les deux week-ends prochains. 

Pourquoi avoir choisi de rejoindre le Sunshine Tour, à Vejer de la Frontera? 

Pour les CSI 4*. Vilamoura est une super tournée, mais il fallait attendre début mars pour en courir un. C’est un peu trop tard. Je voulais vraiment commencer à ce moment de l’année. De plus, il n’y a pas énormément de CSI 4* et il est difficile d’obtenir ses entrées. C’est pour cela que je suis parti aussi loin, je souhaitais vraiment débuter sur des CSI 3* puis basculer sur des CSI 4*. Je reste donc à Vejer de la Frontera pour trois semaines. 

Sur quels chevaux allez-vous pouvoir compter en Espagne? 

Neuf chevaux sont partis à Vilamoura, dont trois appartenaient à un jeune client qui m’a accompagné. Actuellement, cinq chevaux sont au Sunshine Tour. J’ai gardé mes deux chevaux de tête, Vendôme et Croqsel de Blaignac (SF, Ugano Sitte x Rubynea), qui a neuf ans. Je suis également accompagné par Elios des Concessions (SBS, Baloubet du Rouet x Paladin des Ifs), un nouvel étalon de onze ans, Cougar des Fées (SF, Huppydam des Horts x Elf d'Or), huit ans, en lequel nous croyons beaucoup, ainsi que Déesse des Embruns (SF, Mylord Carthago*HN x Orame), une jument de huit ans.

Comment se dessine la suite de votre saison? 

Avec le staff, nous avons décidé de participer à cette tournée et de faire le point ensuite. Je trouve qu’à Vilamoura, où j’étais déjà allé il y a deux ans, le niveau des épreuves a augmenté, certainement grâce aux Coupes des nations et aux CSI 4*. C’était très sérieux. Le Sunshine Tour est également réputé pour être difficile, nous verrons donc après les deux CSI 4*. La concurrence va être rude, ici c’est plein. Il y a deux mille boxes et deux mille chevaux! 



“Il y a beaucoup plus de concurrence en saut d’obstacles”

Aurélien Leroy concourt ici au Derby Indoor de Bordeaux en 2017.

© Scoopdyga

Début 2019, vous avez annoncé arrêter le concours complet et continuer uniquement en saut d’obstacles à haut niveau. Deux ans après cette décision, quel bilan tirez-vous? 

Le bilan est positif. C’est une discipline qui me plaît beaucoup et que je pratiquais déjà en parallèle. L’ambiance est très différente du complet. Pendant une année j’ai dû m’adapter, regarder ce qui se faisait, modifier pas mal de choses dans ma structure, mon quotidien, l’entraînement des chevaux et la gestion. C’est un sport qui coûte plus cher que le complet, mais on gagne aussi mieux notre vie. Je n’avais pas de gros propriétaires, il a donc fallu que je trouve une solution. Quand j’ai commencé, mon but était d’arriver à former des très bons chevaux, pour pouvoir prendre part à de beaux concours. Cela a un prix. Par exemple, lorsque je pars en tournée pendant cinq semaines, cela est presque impossible à rentabiliser car il y a des chevaux qui rentrent entre-temps, des salariés qui sont à la maison et d’autres en concours etc. 

J’ai dû mettre un système en place et développer mon écurie. J’ai eu beaucoup de jeunes chevaux et ai fait beaucoup de commerce ces trois dernières années. Il y a aussi les chevaux que nous gardons pour le sport. J’ai essayé de développer quelque chose, avec des personnes de confiance. Je suis quelqu’un de loyal qui accorde énormément d’importance aux gens qui m’entourent. Je privilégie cette relation autant que la qualité des chevaux. J’ai également la chance d’avoir pas mal d’amis dans ce milieu, des professionnels qui m’ont donné des vrais coups de main, pour que tout cela puisse grandir et que nous puissions finir par nous autofinancer. 

Sportivement, j’ai eu des chevaux performants. La première année, j’ai obtenu pas mal de résultats en Grands Prix CSI 3* et eu la chance de faire deux Grands Prix CSI 4*, à Saint-Tropez et Rouen. L’année dernière a été un peu compliquée mais c’était ma meilleure année. J’ai gagné un Grand Prix CSI 3* et terminé deuxième d’un autre (à Valence, en février et mars 2020, ndlr). Vendôme a participé à six Grands Prix à 1,50m, entre les CSI 3* et le circuit du Grand National, et y a signé six sans-faute! J’avais en plus d’autres chevaux à côté. Ce sont deux années positives. 

La pandémie de Covid-19 n’a donc pas ralenti votre évolution en 2020? 

Non. C’est délicat de dire ça, mais l’écurie est pleine et nous avons vendu beaucoup de chevaux. Je n’en avais jamais vendu autant. Je n’ai pas d’explication et j’ai l’impression que c’est pour beaucoup de monde pareil. 2020 a été ma meilleure année, sur le plan commercial et sportif.  

Après seulement deux ans en saut d’obstacles pur, est-ce déjà plus avantageux financièrement que le complet? 

C’est une question que l’on me pose souvent, mais c’est difficile à dire. Oui, il est possible de mieux gagner sa vie. Mais en concours hippique, il y a beaucoup de très bons cavaliers et de gens très compétents, que ce soit en France ou à l’étranger, avec beaucoup de systèmes extrêmement professionnels. Il y a donc beaucoup plus de concurrence d’un point de vue sportif et commercial. Arriver à percer à haut niveau est difficile, mais si on y arrive, c’est plus rémunérateur que le complet, en termes de gains, pour la vente des chevaux, etc. De plus, il est possible d’avoir une écurie plus fournie en saut d’obstacles. Actuellement, en incluant les chevaux de propriétaires, il y a trente-six chevaux dans mes écuries. En complet, j’ai déjà eu vingt ou vingt-cinq chevaux, et c’était trop. Vingt chevaux de concours, c’était déjà énorme. 

Rêvez-vous toujours de l’équipe de France, d’une sélection en Coupe des nations de seconde division ou encore d’une première participation en CSI 5* cette saison? 

Cela fait partie de mes objectifs. Je suis concentré, je pense avoir deux chevaux qui peuvent m’aider à les atteindre actuellement, Vendôme et Croqsel. J’ai la chance que leurs propriétaires (respectivement Edgard Berthau et Serge Lenormand, ndlr), qui sont devenus des amis, ne veulent pas les vendre. Ils sont dédiés au grand sport. Nous faisons tout pour atteindre ensemble ces objectifs, mais je veux surtout que mes chevaux aillent bien et continuent d’évoluer. Dans ma tête je ne pense pas qu’à cela tous les jours, j’avance objectif par objectif et nous verrons où cela nous mène. Le but est d’aller le plus haut possible. 



“À la fin, les chevaux font la différence”

Avez-vous les Jeux de Paris 2024 dans un coin de votre tête? 

C’est sûr. Je pense que nous sommes beaucoup à les avoir en tête. Heureusement d’ailleurs, car c’est un métier difficile, et avec tous les investissements que demande ce sport, il faut avoir des rêves. Ils nous font nous lever le matin. 

Avec qui vous entraînez-vous? 

Je n’ai pas d’entraîneur attitré. J’ai sympathisé avec beaucoup de cavaliers de saut d’obstacles. Je suis très observateur, j’aime bien appeler Eugénie Angot, Éric Louradour, avec qui je m’entends très bien, Robin Muhr, qui est un super ami, ou encore Antoine Bache. J’envoie souvent les vidéos de mes parcours pour les débriefer. 

La semaine passée j’étais à Vilamoura, et j’aime beaucoup Kevin Staut, avec qui je n’avais encore jamais fait de concours. Éric Louradour le connait très bien et m’a aidé à entrer en contact avec lui. J’ai donc discuté avec Kevin, et à partir d’une vidéo d’un de mes parcours, je lui ai demandé son avis et s’il avait quelques conseils. Je suis très ouvert et apprécie échanger avec de très bons cavaliers.

Avec le recul, votre expérience du haut niveau en complet vous a-t-elle été bénéfique pour ce changement de discipline? 

Cela m’a donné beaucoup de bases pour le travail sur le plat. Je suis aussi un cavalier qui croit beaucoup en ses chevaux, tout en étant réaliste. Je sais qu’à la fin, ce sont les chevaux qui font la différence. Par exemple, parmi les meilleurs du monde, Harrie Smolders a été numéro un mondial grâce aux chevaux qu’il avait à ce moment-là. Il a toujours fait des CSI 5* et il l’a dit en interview, “remplacer Emerald ou Don VHP revient à trouver la relève de Messi ou Ronaldo”et ce n’est pas tous les jours que l’on a Ronaldo dans son équipe! Je suis conscient de cela, mais j’ai participé à des championnats d’Europe Jeunes Cavaliers en complet avec des réformés des courses, qui n’auraient pas du tout leur place aujourd’hui en concours. J’ai débuté dans des installations anciennes, avec des chevaux rustiques. Il a fallu travailler beaucoup, avec des chevaux que nous n‘achetions pas chers et dont la qualité était moyenne. Tout ça, à la fin, ne me fait pas mieux monter que les autres, mais cela m’apporte quelque chose mentalement, dans le travail, la patience et savoir tirer le meilleur d’un cheval.

Pratiquez-vous toujours un peu de cross? 

Plus du tout! (Rires) Je suis resté en lien avec beaucoup de cavaliers de complet, avec lesquels je suis très ami, mais je suis focalisé sur le saut d’obstacles. De plus, je n’ai pas de terrain de cross chez moi et je n’ai pas le temps d’aller sur un terrain extérieur.