“Il y a quelques années, personne n’aurait misé sur nous dans un Grand Prix comme celui-ci”, Steve Guerdat

Lauréat dimanche du Grand Prix CSIO 5* de Calgary, Steve Guerdat considère cette victoire comme l’une des plus belles et marquantes de sa carrière. Alors qu’il a déjà les yeux rivés vers le CSIO 5* d’Aix-la-Chapelle, prochaine étape du Grand Chelem Rolex, qui débute demain, le Suisse savoure sa victoire outre-Atlantique. Le champion olympique et ex-numéro un mondial revient sur cet exploit et rend hommage à son complice, l’atypique Vénard de Cerisy, qu’il monte depuis près de cinq ans et que bien peu d’observateurs attendaient à ce niveau.



Comment vous sentez-vous après avoir signé le seul double sans-faute de ce Grand Prix? 

C’est un sentiment particulier. J’ai toujours rêvé de gagner ce Grand Prix, depuis que je suis tout petit. J’ai marché des centaines de fois devant le mur où sont gravés les noms des vainqueurs et je le ferai toujours. Désormais, j’y verrai aussi le mien, ce qui rend très heureux. C’est l’un des plus beaux jours de ma carrière. Je m’en souviendrai, à coup sûr, toute ma vie. Je n’ai pas de mots pour décrire ce que je ressens actuellement. J’ai loupé mes Jeux olympiques (à Tokyo, le couple ne s’est pas qualifié pour la finale individuelle tandis que la Suisse a terminé cinquième par équipes, ndlr), alors le seul moyen de rattraper cette déception était de réussir quelque chose dans ce Grand Prix. Je suis surtout heureux pour mon cheval, pour mon équipe qui travaille chaque jour si dur et qui m’aide dans les moments difficiles. C’est incroyable de rentrer à la maison avec une telle victoire. Mon rêve est devenu réalité. 

Certains chevaux sont plus à l’aise que d’autres sur des terrains ou face à des quelques types de parcours. La piste internationale de Spruce Meadows est un peu spéciale. Lorsque vous avez reconnu le parcours du Grand Prix, pensiez-vous que Vénard de Cerisy tirerait son épingle du jeu? 

Vénard était déjà venu ici il y a deux ans et s’était bien senti sur cette piste (le couple s’était classé troisième et premier de deux Grand Prix CSI 5* en juin, avant de finir neuvième du Grand Prix CSIO?5* en septembre, ndlr). C’est l’une des meilleures pistes, peut-être même la meilleure du monde. Je voulais vraiment revenir avec lui ici. Depuis le premier jour de la semaine, il m’a donné un très bon sentiment, qui s’est confirmé aujourd’hui à la détente. En reconnaissant le tour, je me suis dit que j’avais toutes les chances de réussir quelque chose à condition de bien monter. Nous avons réussi une bonne première manche, puis une seconde encore meilleure. Pour être honnête, je pense que nous aurions pu gagner même avec un barrage, tant j’avais un bon sentiment. Je suis très fier de lui, c’est un honneur de le monter. Je suis très heureux. 

Après votre performance en seconde manche, pensiez-vous qu’il y aurait un barrage dans ce Grand Prix? 

Je pensais que Mario (Deslauriers, ndlr) serait sans faute, parce que sa jument (Bardolina 2, ndlr) saute très bien et qu’ils avaient réussi un premier tour incroyable. Je suis donc resté très concentré sur le barrage (passé juste après Steve, le Canadien a finalement renversé deux barres en seconde manche, terminant cinquième, ndlr). Ayant un cheval rapide, je pensais être capable de gagner au barrage. J’ai déjà fini deuxième de ce Grand Prix (en 2013 avec Nasa, ndlr) donc j’avais vraiment envie de le gagner cette fois-ci. Finalement, je n’ai pas eu à revenir en piste, tout s’est très bien passé.



“Je suis toujours très nerveux, à un point qu’on ne peut pas imaginer.”

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Steve Guerdat et Nasa, deuxièmes du Grand Prix CSIO 5* de Calgary en 2013.

© DR

Vous avez toujours l’air très calme et détendu en piste. Êtes-vous parfois nerveux lors d’un Grand Prix comme celui-ci? 

C’est amusant: on me demande parfois comment je peux rester si calme et ne jamais avoir l’air stressé alors qu’en vérité, je suis toujours très nerveux, à un point qu’on ne peut pas imaginer. De plus, je suis aussi nerveux à l’abord d’une épreuve à 1,45m dans un CSI 2* qu’ici. Chaque week-end, j’attends ce genre d’épreuves. Je ressens de la pression mais j’essaie d’avoir confiance en mon système de travail et de faire de mon mieux. Je sais que j’ai fait tout mon possible en amont, que j’ai mis toutes les chances de mon côté, alors il ne me reste plus qu’à me concentrer et à m’adapter à la forme de mon cheval. Tout cela passe avant le stress.
Lorsque j’entame mon parcours, j’ai juste à rester concentré et aider mon cheval au maximum pour qu’il soit sans faute.
Il y a toujours un peu de stress et de pression supplémentaire avant un tel Grand Prix, quand on en reconnaît le parcours. Dès que l’épreuve débute, j’ai cette sensation d’avoir papillons dans le ventre, je suis impatient. C’est pour cela, pour ce genre de moments, que je trouve notre sport incroyable. On essaye de transformer la pression en motivation et d’apprécier le moment aussi bien que possible. 

Qu’est-ce que vous aimez le plus chez Vénard de Cerisy? 

Il a vraiment un mental incroyable. Nous l’avons acheté lorsqu’il avait sept ans. Il concourait alors en France (sous la selle d’Axel van Colen, ndlr). Lorsqu’on se retourne sur nos deux premières années de compétition, je pense que personne n’aurait misé sur nous et sur une victoire dans un tel Grand Prix. Il a été incroyable ces trois dernières années. Il a déjà gagné bon nombre de Grands Prix de niveau 5* (en 2019 à Calgary et Saint-Gall, puis cette année à Grimaud, dans le cadre de l’Hubside Jumping, ndlr), sans compter les places d’honneur. Il est exceptionnel.



“Sa manière de sauter a changé dès que je lui ai fait sauter des obstacles naturels”

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Steve Guerdat et Vénard de Cerisy lors du Derby de La Baule en 2018.

© Scoopdyga

Comment le décririez-vous? 

Vénard est très spécial. À un moment, nous l’avons un petit peu déclassé dans le but d’établir une entente meilleure entre nous, ce qui compte beaucoup pour moi. Depuis, il se bat vraiment avec moi, c’est incroyable. Il ne fait pas partie des chevaux les plus connus, de nombreux cavaliers ne savaient certainement même pas écrire correctement son nom. Il fait partie des chevaux sur lesquels on ne se retourne pas forcément, qui peuvent paraître assez communs. Vénard ne dispose pas de la meilleure technique de saut, mais il compense cela par sa puissance et son envie de bien faire. De plus, il a beaucoup de sang et d’énergie. Il est très sensible, au point qu’il est parfois difficile de monter dessus et d’en descendre. Il est un peu peureux mais essaie toujours de franchir les obstacles qui se présentent devant lui. Nous avons progressé ensemble, et sa manière de sauter a énormément changé à partir du moment où je lui ai fait sauter des obstacles naturels. J’en ai beaucoup à la maison. Je l’ai alors engagé dans des Derbies (le couple en a disputé trois en 2018, se classant troisième à La Baule et quatrième à Dinard, ndlr), il y a pris goût et il est devenu plus facile à monter.
L’an dernier, je ne l’ai engagé que dans quatre ou cinq concours parce que je voulais surtout qu’il soit prêt pour les Jeux olympiques (qui ont été reportés, ndlr). Cette année, il n’en a disputé que six ou sept, gagnant un Grand Prix CSI 5* à Grimaud, et se classant deuxième à Windsor. Aux JO, il a bien sauté, mais nous avons renversé une barre dans la qualificative individuelle, ce qui nous a privés de la finale. Par équipes, nous avons écopé de cinq points puis d’une faute dans la finale. Ce n’était pas si mal, mais pas suffisant, et j’avais vraiment envie de me rattraper. Je voulais ramener ce trophée à la maison. Et après cette grande victoire, je crois que les gens vont désormais se souvenir de lui, et cela me rend très heureux parce qu’il le mérite, tout comme ses propriétaires. Je suis chanceux, et je compte bien lui rendre la pareille. 

Maintenant que vous êtes l’homme à battre dans le Grand Chelem Rolex, vous devez avoir les yeux rivés sur Aix-la-Chapelle, dont le Grand Prix est programmé dimanche prochain… 

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé de gagner ces épreuves depuis que je suis tout petit. J’ai eu la chance de gagner le Grand Prix Rolex de Genève à deux reprises, mais il me manquait encore ceux Calgary et Aix-la-Chapelle. Comme je l’ai dit à plusieurs reprises, je ne m’arrêterai pas tant que je ne les aurais pas gagnés. Maintenant, j’ai gagné celui de Spruce Meadows et j’espère remporter prochainement celui d’Aix. Je suis très excité d’y concourir la semaine prochaine, d’autant plus que je deviens effectivement prétendant au Grand Chelem Rolex.