“Mon rêve ultime serait de porter la veste bleue au plus haut niveau“, Mathis Burnouf

Mathis Burnouf, jeune cavalier français de de saut d’obstacles, a défendu le week-end dernier au CSI de Lier les couleurs de sa nouvelle écurie belge, ST Stables. Après être passé par les maisons prestigieuses de Kévin Staut et d’Edward Levy, le Normand d’origine se lance un nouveau défi de l’autre côté de la frontière, l’occasion pour lui de poursuivre sa prometteuse évolution.



Avec un père éleveur et une mère vétérinaire, vous êtes né dans le monde du cheval. Comment avez-vous attrapé le virus de la compétition au point de vouloir en faire votre métier ? 

Ce virus, je l’ai attrapé très jeune. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu l’esprit de compétition, aussi bien à cheval que dans n’importe quel autre sport que j’ai pu pratiquer. Les gènes ne sont pas étrangers à ma volonté d’évoluer dans le milieu équestre. Comme je le dis souvent, avec un père éleveur et une mère vétérinaire, je suis presque né dans un box ! L’équitation est venue très naturellement car grâce à eux, j’ai très rapidement mis le pied à l’étrier à la maison. 

En dehors de vos parents, quelles personnes ont le plus contribué à votre évolution dans le monde équestre ?

J’éprouve une reconnaissance infinie envers de nombreuses personnes, si nombreuses que je risque malheureusement d’en oublier. J’ai commencé à monter à cheval chez mes parents, dans nos infrastructures en Normandie, mais l’enfant que j’étais a rapidement souhaité créer des liens avec d’autres. Je suis donc allé dans un poney-club à côté de chez moi, le haras de Siva, qui appartient à Laurence Taja, la mère de Julien Épaillard. J’y suis resté un temps mais dès que j’ai eu l’âge de commencer la compétition, je suis retourné à la maison, soit de mes six à mes quinze ans. À douze ans, j’ai rencontré Julie Ulrich, qui compte encore énormément pour moi et avec laquelle je suis toujours en contact. C’est une entraîneuse américaine que mon père connaissait bien pour avoir déjà commercé quelques fois avec elle. Je lui dois plusieurs belles opportunités, dont ma collaboration avec Kévin Staut.  J’ai d’abord fait un stage avec elle, puis elle m’a accueilli une semaine chez elle et m’a même ouvert les portes de sa maison. À l’époque, elle était installée au Haras de Beaumont. De fil en aiguille, Julie m’a proposé de l’accompagner quinze jours en Floride pendant l’hiver car elle y rejoint ses élèves chaque année à la même période. Là-bas, elle m’a pris une licence et prêté un cheval afin que je puisse faire des concours en Equitation. Sabrine Delaveau est une autre personne qui compte beaucoup pour moi. Je suis très proche d’elle et nous sommes toujours en contact. Elle m’a toujours conseillé dans mes choix et a su me structurer, non pas sur les plans sportif et technique, mais sur le plan mental. Elle m’a aidé à me construire à un âge où il est facile de perdre pied et de se prendre pour un autre. Elle m’a cadré et a toujours été de très bons conseils, elle m’aide d’ailleurs encore beaucoup. Je lui dois également mon poste chez Edward Lévy car c’est elle qui m’en a ouvert les portes en me conseillant de l’appeler au moment où je quittais Kévin.  

Entre 2015 et 2018, vous avez été sélectionnés trois fois pour participer aux championnats d’Europe, d’abord chez les Enfants puis dans la catégorie des Juniors, et vous avez également concouru à haut niveau à poney. Quels souvenirs gardez-vous de cette période ? 

La période que j’ai vécue à poney est riche de nombreux et très bons souvenirs. C’était vraiment le bonheur de se retrouver à chaque fois avec l’équipe sur la tournée des As ou les CSI Poneys. La bonne ambiance et l’insouciance dues à notre jeune âge ont participé de la fabrique de ces souvenirs mémorables. Cela a également été l’occasion de découvrir de très belles pistes en France et à l’étranger comme Fontainebleau, Hagen en Allemagne ou encore Wierden aux Pays Bas et tellement d’autres encore. 

Vous avez eu l’opportunité d’intégrer les écuries de Kevin Staut puis d’Edward Lévy et de vous y former. Comment cela s’est-il orchestré et quels enseignements en avez-vous tiré ? 

Kevin souhaitait trouver un nouveau cavalier pour créer un système de valorisation et de commerce de chevaux. Le but était de lui permettre de se concentrer uniquement sur le haut niveau. J’ai commencé à travailler chez lui en janvier 2018 et j’ai rapidement participé à des concours. J’ai récupéré de bons chevaux comme CCStud’s Fidelity, qui avait huit ans à l’époque et avec lequel j’ai participé à mon premier CSI 3* à Saint-Lô. J’ai également eu la chance de monter Viking d’la Rousserie quand il est arrivé aux écuries. Ce fut une opportunité incroyable pour moi d’accéder à tels concours avec de tels chevaux et un tel suivi, que ce soit avec Kevin ou Julie (Ulrich, ndlr). Au bout d’un an, j’ai décidé de partir car j’avais envie de découvrir de nouvelles choses, de m’ouvrir à d’autres systèmes, même si selon moi, celui de Kévin est l’un des meilleurs d’Europe. À cette époque, j’étais porté par des envies d’ailleurs et j’avais la volonté de m’enrichir au maximum sportivement. Je suis parti travailler une année pour Monsieur Sadran dans les écuries Chev’el. C’était super, j’ai été très bien accueilli. Eric Louradour, notre entraîneur de l’époque, m’a énormément fait progresser techniquement et mentalement. Les raisons de mon départ sont là encore à rechercher dans des envies d’ailleurs. J’étais jeune et j’avais soif d’apprendre. C’est là qu’est intervenue Sabrine Delaveau, qui m’a conseillé d’appeler Edward Levy car il cherchait quelqu’un. Ce fut une expérience vraiment super, avec une équipe jeune et dynamique. Être témoin chaque jour de la motivation, de l’envie et de la réflexion d’Edward pour ses chevaux m’a beaucoup appris. Je suis quelqu’un qui visualise énormément dans le but d’apprendre, j’aime bien regarder les manières de faire de chacun, le moindre détail. J’ai eu la chance d’accompagner Edward en concours, ce qui m’a donné l’occasion d’observer les grooms et d’en apprendre davantage sur tous les petits réglages de gourmette, de filet ou de muserolle, par exemple. Edward ne laisse rien au hasard et cela m’a beaucoup apporté, que ce soit mentalement, techniquement, à cheval mais ou à pied. Ophélie, sa groom concours, et Maelys, sa groom maison, sont des personnes extraordinaires qui m’ont appris tant de choses sur le soin des chevaux, le suivi, la gestion d’un planning ! Cette expérience m’a appris ce qu’était le haut niveau, et plus encore ce qu’était la gestion d’une écurie de haut niveau. 



“Voir mes chevaux progresser au quotidien est ce qui me donne envie de me lever tous les matins”

Vous avez annoncé sur vos réseaux sociaux en juillet dernier avoir quitté les écuries d’Edward Levy. Depuis, vous avez intégré les écuries belges ST Stables, pourquoi avoir pris cette direction et quelles sont vos perspectives ?

Je souhaitais continuer à découvrir d’autres cavaliers, d’autres façon de fonctionner. Edward est en pleine ascension et nous étions donc tous à 200% derrière lui pour qu’il atteigne ses objectifs. Nous l’avons tous soutenu, chacun à notre petite échelle, pour l’aider à y parvenir. C’était super mais après un temps de réflexion et d’introspection, je me suis dit qu’il était peut-être temps de me concentrer sur moi, ma carrière, mes envies et mes objectifs. Je me suis demandé s’il était possible de réaliser mes objectifs ici et nous en avons longuement discuté avec Edward. J’en suis arrivé à la conclusion qu’il était préférable pour moi d’ouvrir une nouvelle page. C’est la décision professionnelle la plus difficile que j’ai eu à prendre jusqu’alors car je suis resté plus de deux ans dans ses écuries et on s’attache aux personnes que l’on côtoie. Je suis arrivé chez ST Stables par le biais d’une connaissance que j’ai en commun avec mon patron actuel, Steve Tinti. Il m’a appelé en me disant qu’il recherchait un cavalier, m’a expliqué le fonctionnement de son écurie de commerce – ce qui m’a toujours passionné – et j’ai tout de suite été intéressé, car je recherchais une structure de ce type, et dynamique. Mon père étant éleveur, j’ai été éduqué avec l’idée qu’un jour, les chevaux doivent être vendus, alors j’étais déjà un peu habitué à cette façon de faire. Le défi d’arriver à vendre un cheval est aussi très motivant. En plus, j’ai bénéficié d’un petit coup de chance car je devais être le deuxième cavalier de l’écurie et monter les chevaux de commerce, mais le temps que j’arrive, le cavalier de tête était parti. Steve m’a donc proposé d’arriver plus tôt et de récupérer également les meilleurs chevaux, pour voir, ce qui a finalement été concluant. 

Pouvez-vous nous parler des montures que vous avez actuellement au travail ? Quels sont vos objectifs avec elles ?

Aujourd’hui le cheval de tête de mon piquet est Tabalou PS, un étalon de neuf ans manquant encore un peu d’expérience mais doté de nombreuses qualités. Le week-end dernier, il était encore sans-faute dans le Grand Prix 2* de Lier. C’est un très bon cheval, qui est encore en formation et pourra sauter de très grosses épreuves et porter avec fierté les couleurs de l’écurie. J’ai un deuxième cheval qui assure les arrières de Tabalou, c’est Chaccolino, un étalon de onze ans qui a déjà beaucoup gagné avec ses précédents cavaliers. C’est un super cheval sur lequel je peux compter et qui va beaucoup m’aider pour assister Tabalou quand il devra se reposer. J’ai également au travail une très bonne jument Selle Français de neuf ans, Cybelle de Terlong. Ce sont aujourd’hui mes trois chevaux de tête, qui sont opérationnels sur 1,45m, mais je dois encore peaufiner certains réglages pour former un couple avec chacun d’eux afin d’optimiser chaque performance. En tout cas, nous y travaillons quotidiennement et j’espère que nous sommes sur la bonne voie. En parallèle, j’ai deux juments de huit ans qui sont très prometteuses, Armina’s Girl et Calcourt Dasino. Ce sont deux cracks que nous prenons le temps de former car elles ont beaucoup de qualités. Nous les préservons pour économiser leur physique et gérons leurs sorties en concours de sorte que chaque épreuve soit constructive pour elles. Je travaille aussi deux très bons chevaux de sept ans, et deux ou trois de six ans, en fonction du roulement des ventes. 

Vous avez participé le week-end dernier au CSI de Lier, en Belgique, avec pas moins de cinq chevaux. Quel bilan tirez-vous de ce concours ?

Le concours de Lier est réputé pour être assez délicat car il y a beaucoup d’engagés et de très bons cavaliers comme Harrie Smolders, Leopold van Asten ou encore Jos Verlooy. Les conditions étaient vraiment top, nous avons bénéficié d’un grand manège de détente et d’une grande piste indoor. C’était un très bon concours pour tous mes chevaux, même si je suis un peu déçu de ma prestation avec les jeunes. Les chevaux continuent tout de même de bien progresser, et c’est le principal. Le bilan des chevaux plus âgés est tout aussi positif. J’avais par exemple emmené Hortaxe du Seigneur, un huit ans assez délicat, qui a très bien sauté les trois jours. Tabalou a été exceptionnel ce week-end, j’ai vraiment eu la sensation passer un cap avec ce cheval. Malheureusement, nous terminons sur deux petites fautes dans le barrage du Grand Prix CSI 2*, que je mets sur le compte de notre manque d’expérience manque à tous dans cet exercice. Sinon, il a fait un très beau concours et je tire un bilan très positif de cette expérience. 

Avez-vous souffert de l’arrêt des compétitions dû à la pandémie de Covid-19, puis à l’épidémie d’EHV-1 ? 

Je ne pense pas qu’il soit possible de parler de souffrance quand on voit tous les malheurs et les drames qu’il y a eu à cause de le la Covid. Mais oui, cela a été difficile mentalement pour nous de ne pas faire de compétition, de ne pas pouvoir aller à l’étranger et de ne pas être en mesure d’établir un programme pour nos chevaux. Ce temps de pause m’a cependant fait du bien car il m’a permis de prendre le temps de faire les choses, de travailler mes chevaux en les laissant souffler un peu. Cela a aussi été l’occasion pour moi de me reconcentrer sur les bases en travaillant sur mes défauts pour les gommer au maximum, mais également de continuer développer mes points forts avec mes chevaux. J’ai pris beaucoup de recul sur la situation tout en essayant d’en tirer du positif.



“En France nous avons un vivier de jeune cavaliers incroyable!”

À vingt ans, vous avez déjà participé à plus de quatre cents épreuves internationales et encore bien d’autres compétitions nations. Quel est à ce jour le plus beau souvenir de votre carrière ? 

C’est compliqué de choisir, mais celui qui m’a le plus marqué dans ma jeunesse est ma victoire dans Grand Prix As Poney Élite Excellence de Lyon. C’était un moment assez incroyable à vivre ! Aujourd’hui, je dirais que ce sont les sélections aux Championnats d’Europe qui représentent mon meilleur souvenir. Même si je suis malheureusement revenu sans médaille, participer trois fois à cette échéance continentale m’a rendu plus fort. Mais honnêtement je ne réfléchis pas tellement à cette question pour l’instant, je pourrai y répondre le jour où je gagnerai Calgary ou Aix-la-Chapelle ! À l’heure actuelle, voir mes chevaux progresser au quotidien est ce qui me donne envie de me lever tous les matins.

Quelles sont vos ambitions à moyen et long terme ?  

À moyen terme, je vise les championnats d’Europe Jeune cavaliers en 2022. Un autre de mes objectifs est d’être assez bon pour prétendre à une sélection en Coupe des nations. J’espère sincèrement que ce jour arrivera, et si c’est le cas, je ferai tout pour transformer l’essai, en espérant pouvoir me rendre ensuite aux championnats d’Europe. Mon but, à plus long terme, est d’évoluer le plus et le plus longtemps possible dans ce milieu. Il est important pour moi de continuer à m’enrichir techniquement au contact de toutes les personnes que je rencontrerai pour en apprendre toujours davantage. J’essaie de discuter avec un maximum de monde, que ce soit à pied, à cheval, avec des cavaliers ou des grooms. J’espère un jour réussir à créer mon propre système, accéder au haut niveau et en vivre. Mon rêve ultime serait de porter la veste bleue au plus haut niveau, et le réaliser serait incroyable.

Quel regard portez-vous sur les cavaliers français faisant partie, comme vous, de la jeune génération ? Pensez-vous qu’ils pourront prendre le relais des représentants tricolores qui évoluent actuellement au plus haut niveau ?

En France nous avons un vivier de jeune cavaliers incroyable. J’ai eu la chance de m’en rendre compte il y a quelques mois, à Kronenberg, pendant la finale des Coupe des nations Jeunes où j’étais présent pour sauter le CSI Jeune cavaliers. Je peux citer Antoine Ermann, un garçon avec qui je m’entends très bien, qui est doté d’un classicisme et d’une rigueur hors du commun et d’un sens inné à cheval. Ramatou Ouedraogo, elle aussi, est une super cavalière avec beaucoup de feeling. Il y a également Jeanne Sadran, qui a tout fait pour parvenir au plus haut niveau et évolue maintenant en CSI 5*. Elle mérite amplement sa place malgré ce que l’on peut entendre. Je peux aussi évoquer Nina Mallevaey, même si je ne suis sans doute pas très objectif car c’est une de mes meilleures amies. Pour moi, c’est une surdouée à cheval ! Chez les Juniors, nous avons Baptiste Eichner, Jules Orsolini, qui est actuellement l’un des piliers de l’ équipe de France Junior, ou encore Ilona Mezzadri qui a prouvé depuis plusieurs années qu’elle était une très bonne pilote. Cependant, il faudra voir ce que ça donne sur le long terme, car ils sont tous encore très jeunes, tout comme moi. D’autres cavaliers qui sont sortis des catégories Jeunes sont aussi très prometteurs, comme Paul Delforge ou Alexis Goulet, qui travaille chez Pius Schwizer et a un super piquet de chevaux. Paul, quant à lui, évolue dans une très belle structure, entouré par des bons propriétaires, ses parents et leur élevage. Je pense que nous avons de très bons pilotes pour l’avenir, la liste est longue tant nous avons de ressources et je pense qu’il n’y a donc pas trop de soucis à se faire.