Kupp, l’ambitieux challenge de Marie Pellegrin et Bertrand Tournier pour redynamiser la compétition

À compter du 1er mars 2022, les cavaliers de saut d’obstacles concourant en France pourront s’inscrire dans un nouveau challenge nommé Kupp. Imaginé et mis en œuvre par Marie Pellegrin et Bertrand Tournier, avec le soutien d’investisseurs, cet ambitieux projet vise à offrir à chaque compétiteur un objectif sportif à sa mesure, avec de belles dotations à la clé, tout en replaçant la notion de couple, fondamentale en équitation, au centre du jeu.



“Nous avons observé une hausse de 10% du nombre de licenciés pratiquant l’équitation, ce qui est un excellent indicateur, mais le nombre d’engagements en concours a baissé d’environ 40% lors du millésime 2021 par rapport à l’exercice 2020”, a rappelé Frédéric Bouix, délégué général de la Fédération française d’équitation, dans un long entretien publié cet automne. “Malgré la reprise des concours cet été, et le bon déroulement de ceux de l’automne, de nombreux compétiteurs ne sont pas revenus sur les terrains. Une saison de compétition reste un choix personnel et n’est pas neutre financièrement”, a-t-il ajouté à juste titre. Encourager les cavaliers et propriétaires à renouer avec les concours, en leur donnant un nouvel objectif de couple, qui ne se substitue pas mais s’ajoute aux enjeux classiques de progression, de qualification pour les championnats ou de valorisation du cheval d’âge, avec de généreuses récompenses à la clé. Tel est le cercle vertueux que Kupp propose aux adeptes du saut d’obstacles.

Le concept est aussi simple que novateur. Chaque cavalier s’engage, avec le ou les chevaux de son choix, à concourir à un niveau donné, avec pour objectif d’obtenir les meilleurs résultats possibles en un nombre maximal d’épreuves à disputer entre le 1er mars et le 31 octobre, autrement dit durant la saison extérieure, et ainsi de former le ou les couples les plus performants de France. En début de saison, chacun contribue “à hauteur du coût des engagements d’un week-end de concours pour un cheval dans sa catégorie”. Et à la fin, les meilleurs couples de chaque niveau seront mis en valeur et récompensés financièrement “à un niveau significatif qui permettra à bon nombre de compétiteurs de rentabiliser leur saison de concours”, promettent Marie Pellegrin et Bertrand Tournier, les instigateurs de ce projet. Bien sûr, il y aura plus de perdants que de gagnants, mais le sport est ainsi fait. Et le tout sera à suivre dans une application dernier cri s’appuyant sur la base de données FFECompet.

Si l’on ne présente plus Marie Pellegrin, cavalière internationale de quarante-deux ans, réserviste aux Jeux équestres mondiaux de Lexington en 2010 avec Admirable, Française de naissance et de cœur même si elle a évolué sous les couleurs suisses de 2014 à 2019, et engagée avec ferveur dans la défense des valeurs de son sport, on connaît moins Bertrand Tournier. Propriétaire et cavalier amateur de trente-neuf ans, ce Rhônalpin a fondé Yoojo (ex-Youpijob), une plateforme de mise en relation de particuliers spécialisée dans les services à domicile opérant en France, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg. “J’ai rencontré Marie, ainsi que Kevin Staut, il y a une vingtaine d’années, lorsque je travaillais en tant que groom chez Hubert Bourdy. Par la suite, j’ai orienté ma carrière professionnelle en dehors du monde du cheval, mais j’ai effectué quelques allers-retours dans le sport, surtout en tant que propriétaire (il détient notamment des parts de Quaprice de l’Étivant, fidèle partenaire d’Alexandre Fontanelle, ndlr). Et chaque fois, je me suis rendu compte que les choses n’avaient malheureusement pas changé et que les même problèmes subsistaient… Le premier est que les cavaliers, même très bons, ne parviennent pas à vivre dignement de leur sport.”



“Toute la filière peut en profiter”

C’est précisément là que se rejoignent Marie et Bertrand, épaulés par deux investisseurs. “Les professionnels ont besoin de gagner leur vie pour faire du bon boulot, et les amateurs ne peuvent plus être considérés comme des vaches à lait. Les meilleurs devraient pouvoir financer leurs saisons de concours grâce à leurs résultats. Bertrand a pris contact avec moi à la suite d’un article publié sur GRANDPRIX.info, en me disant qu’il partageait mes opinions”, se rappelle la Provençale. “Je lui ai présenté mes compétences en matière d’algorithmes, de création de plateformes numériques et d’applications mobiles, et lui ai dit que j’aimerais beaucoup les mettre au service d’un projet vertueux pour notre sport, dont j’avais dessiné les grandes lignes”, poursuit l’homme d’affaires établi à Genève. “Avant même qu’il ait terminé sa phrase, j’avais compris qu’il tenait une super bonne idée, qui s’inscrit parfaitement dans la direction que le sport devrait prendre, selon moi”, reprend son associée.

Dès lors, les deux protagonistes n’ont cessé d’échanger pour affiner ce qui allait devenir Kupp, au gré de leurs réflexions et des retours des interlocuteurs auxquels ils présentaient le concept. “Nous avons tout posé sur la table, discuté et débattu chaque point”, commente Marie. Concrètement, il y aura six catégories: 1m-1,05m, 1,10m-1,15m, 1,20-1,25m, 1,30m-1,35m, 1,40m-1,45m et 1,50m et plus. Dans chaque Kupp, un certain nombre de parcours seront comptabilisés pour marquer des points, de quinze (1m) à trente (150 et +) entre le 1er mars et le 31 octobre. “Cela n’empêche pas de commencer sa saison par des épreuves préparatoires ou d’un niveau inférieur, qui ne comptent pas”, détaille Marie Pellegrin, “mais nous nous engageons très clairement en faveur du bien-être animal, qui est crucial à nos yeux, en limitant le nombre de parcours et en encourageant les cavaliers à engager leurs chevaux dans des épreuves adaptées à leur niveau. De même, un compétiteur sera éliminé de sa Kupp s’il reçoit le moindre carton jaune. D’ailleurs, nous encourageons les officiels à sanctionner ce qui doit l’être.” Afin de garantir une forme d’équité entre professionnels et amateurs, les cavaliers ayant engagé un cheval ou plus dans l’une des deux dernières catégories, ne pourra en inscrire un dans les niveaux inférieurs.

Pour marquer des points, les couples devront se classer, c’est-à-dire finir dans le premier quart du classement des épreuves auxquelles ils participeront. Pour celles à barrage ou en deux manches, le premier remportera trente points, le deuxième vingt-neuf, et ainsi de suite. Les autres types d’épreuves en rapporteront vingt-cinq au lauréat. “Cela peut aussi encourager les cavaliers tacticiens à bien se répartir et à découvrir de nouveaux terrains et organisateurs”, poursuit Bertrand Tournier. Kupp s’engageant à redistribuer 80% des sommes versées par les concurrents à 20% d’entre eux, les meilleurs évidemment, plus il y aura de participants, plus généreuses seront les sommes distribuées en fin d’année. “Cela permettra a minima de couvrir ses frais de concours, et autant que possible de pouvoir réinvestir dans du matériel ou contribuer à l’achat d’un nouveau cheval. Toute la filière peut en profiter”, précise l’entrepreneur.

“On n’enlève rien à personne, on se greffe sur ce qui existe déjà en essayant de l’améliorer. À présent, nous allons nous attacher à convaincre un maximum de cavaliers de nous rejoindre dès 2022. Les premiers retours sont très positifs. Et nous allons aussi actionner les leviers permettant de financer Kupp: naming, publicité sur l’application, mécénat, etc. Pour la suite, nous avons plein d’idées d’enrichissement et de développement. Par exemple, il n’y a pas de raison que cela ne concerne que le jumping ou même l’équitation. À terme, nous aimerions aussi récompenser les meilleurs éleveurs, propriétaires et grooms”, conclut Marie. “La puissance des algorithmes laissent entrevoir une foule de possibilités et de services à offrir aux cavaliers, mais aussi à leur entourage et au public”, ponctue Bertrand. Bonne chance et longue vie à ce beau projet.