“Ne pas y aller aux Mondiaux était la meilleure chose à faire pour mon cheval et sa longévité”, Conor Swail

Numéro cinq mondial, Conor Swail fait très régulièrement parler de lui ces derniers mois, notamment grâce à ses innombrables performances sur Count Me In et le Selle Français de treize ans Vital Chance*De la Roque. Déjà vainqueur de deux étapes de la Coupe du monde en ce début de saison indoor, l’Irlandais de bientôt cinquante-et-un ans a la particularité d’être propriétaire de la majorité de ses meilleurs chevaux. Pour le Grand Chelem Rolex, il évoque son système, son choix de ne pas aller aux Mondiaux d’Herning, ou encore le génial Count Me In. 



Quel est votre plus ancien souvenir lié à l’équitation ?

Mon frère et moi allions beaucoup en chasse à courre quand nous étions plus jeunes. Je pense donc que mes premiers souvenirs liés à l’équitation remontent à mes cinq ans, et nous avions l’habitude de parier entre nous sur qui tomberait le moins de cheval pendant la journée.

En tant que cavalier, quel est le moment dont vous êtes le plus fier cette année ?

C’est une question facile ; il s’agit de ma victoire dans la Coupe des nations Aga Khan au CSIO 5* de Dublin avec Count Me In. Ce fut vraiment un moment incroyable dans ma carrière et gagner devant mon public, chez moi, a été exceptionnel.

Quelles sont les qualités que vous recherchez quand vous achetez un cheval de saut d’obstacles ?

C’est difficile à dire, je pense que tout le monde recherche la même chose. Ils doivent avoir de bons résultats et la volonté de gagner, et puis en termes de qualités, je pense que le respect et la capacité de réaction dans différentes circonstances sont très importantes.

Comment êtes-vous devenu propriétaires de quelques-uns des meilleurs chevaux du circuit mondial ?

Cela s’est fait car je n’avais pas de sponsors importants ou de propriétaires pour me soutenir, j’ai donc été obligé de tout faire par moi-même. Désormais j’ai beaucoup de chance car un très bon ami à moi, Conall Murray, de Mannon Farm, a commencé à acheter des chevaux avec moi. Ensemble, nous possédons Count Me In, Vital Chance*De La Roque et Nadal Hero & DB qui sont mes trois meilleurs chevaux. Avoir son soutien est vraiment fantastique et le fait de pouvoir partager les coûts me permet de faire des achats plus simplement.

En tant que propriétaire, quel est le moment de votre carrière dont vous êtes le plus fier ?

Je suis très fier de ce que j’ai pu accomplir sans l’aide de multiples propriétaires. Bien-sûr, j’aurais préféré plus d’aide financière pour pouvoir acheter plus de chevaux et pour me donner plus de chances de gagner. Mais je suis très fier de ce que j’ai fait avec un budget limité, et j’ai adoré ces dernières années de ma carrière.

Comment équilibrez-vous votre double carrière de cavalier de classe internationale et de propriétaire de haut niveau ?

Ça ne me pose pas de problèmes. Je pense qu’il s’agit surtout d’avoir un bon programme pour les chevaux. En tant que cavalier, je voyage beaucoup, mais je veille toujours à ce qu’aucun des chevaux n’ait un programme trop chargé à un moment donné. J’essaie de leur préserver un bon équilibre entre travail et repos, et de les maintenir en forme, sinon ils ne sont pas à leur meilleur niveau en compétition.

Comment préparez-vous le CHI de Genève ?

J’y emmène mes meilleurs chevaux, Count Me In et Vital Chance*De La Roque. J’ai monté le premier en indoor au Washington International Horse Show le week-end dernier où il a gagné l’étape de la Coupe du monde. Il va à Toronto la semaine prochaine et aura ensuite quelques semaines de repos avant le CHI de Genève.

Vital Chance*De La Roque a concouru à Sacramento il y a quelques semaines, et il y a aussi gagné l’étape de la Coupe du monde. Il ira ensuite à Las Vegas, environ un mois avant le CHI de Genève. Tous les deux ont très bien sauté en indoor et auront eu quelques semaines de repos avant le CHI de Genève, j’espère donc qu’ils seront toujours en forme à la fin de l’année.

Conor Swail compte notamment sur le Selle Français Vital Chance*De la Roque.

Conor Swail compte notamment sur le Selle Français Vital Chance*De la Roque.

© Sportfot



“John Whitaker a toujours été une grande inspiration”

Combien de chevaux avez-vous pour le moment ? Avez-vous de jeunes chevaux particulièrement prometteurs ?

Pour le moment, je n’en ai que cinq ou six. Je n’ai pas beaucoup de jeunes chevaux en ce moment. Habituellement, j’en ai quelques-uns en Irlande où ils sont formés. Si j’estime qu’ils ont le potentiel pour concourir en 5*, je les fais venir en Amérique du Nord à huit ans.

Quand avez-vous décelé le potentiel de Count Me In ? Qu’est-ce qui le démarque des autres chevaux ?

Je connaissais déjà bien ce cheval avant même de l’acheter. Il était dans le circuit avec Beth Underhill et avait déjà du succès, c’était un cheval très respectueux qui réussissait beaucoup de sans-fautes, mais pas au niveau où il saute aujourd’hui.

Quand il a été disponible à la vente, j’ai donc décidé de tenter ma chance avec lui, même s’il avait déjà quatorze ans. J’ai vraiment réussi mon pari et je crois qu’il a surpris beaucoup de gens, moi y compris. C’est selon moi un cheval incroyable, et nous avons une excellente relation. Il continue à s’améliorer, a changé ma carrière et je ne l’ai que depuis un peu plus d’un an.

Quels sont vos projets et ambitions pour 2023 et au-delà ?

Je pense que le classement mondial est un reflet de la constance des résultats obtenus. Je suis très fier du fait que, la plupart du temps, mes chevaux sont capables de gagner et de se classer dans de nombreuses compétitions de très haut niveau. L’une de mes plus grandes ambitions serait de remporter une médaille dans un grand championnat.

J’ai préféré ne pas participer aux championnats du monde cet été avec Count Me In. Je pense que pour un cheval de cet âge (quinze ans, ndlr), c’était trop lui demander de sauter plusieurs jours de suite. Je ne voulais pas l’épuiser ni l’amener à se blesser. Je crois que, si nous avions concouru, nous aurions obtenu un bon résultat ou peut-être même gagné une médaille grâce à ses qualités. Mais ne pas y aller était la meilleure chose à faire pour mon cheval et pour sa longévité dans le sport. Il est extrêmement important de prendre la bonne décision pour vos chevaux et de faire passer leur intérêt avant tout.

Que pensez-vous du Grand Chelem Rolex de saut d’obstacles ?

Le Grand Chelem de saut d’obstacles est la compétition la plus prestigieuse de notre sport. Le montant des dotations est exceptionnel et ce circuit rassemble les meilleurs concours dans le monde. C’est un privilège de participer à ces concours quand vous comptez un cheval ayant le niveau pour y prendre part.

Quelle est votre compétition préférée parmi les quatre Majeurs du Grand Chelem, et pourquoi ?

Le CHIO d’Aix-la-Chapelle est bien-sûr un événement très spécial. Je passe aussi beaucoup de temps à Spruce Meadows et j’y participe à des compétitions tout l’été, le site est vraiment exceptionnel. Le CHI de Genève est également un des meilleurs concours indoor mais je crois que le CHIO d’Aix-la-Chapelle est mon préféré. Nous n’y allons qu’une fois par an, ce qui le rend encore plus spécial, et le public est incroyable.

Qui est votre plus grande source d’inspiration ?

J’admire beaucoup de grands cavaliers et j’essaie de les observer et d’apprendre d’eux autant que possible. Si je devais en choisir un, ce serait John Whitaker. Je pense que c’est l’un des cavaliers les plus naturellement talentueux, il a monté beaucoup de chevaux différents et il les monte tous incroyablement bien. Sa longévité est exemplaire et il a toujours été une grande inspiration pour moi.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez jamais reçu ?

Il faut toujours croire en ses propres capacités. Tout au long d’une carrière, il y aura de bons et de mauvais résultats, il faut donc croire en soi-même et en sa capacité à progresser.

Qu’aimez-vous faire en dehors des concours ?

J’adore le sport et j’aime beaucoup jouer au golf ou regarder différents sports quand j’en ai l’occasion.