William Ligier de la Prade, le cheval avant le sport

William Ligier de la Prade est en passe de se faire un nom sur les terrains de concours hippique. Méconnu sur le circuit international il y a encore peu, l’Azuréen de dix-huit ans a récemment signé un double sans-faute décisif pour la victoire de l’équipe France dans sa toute première Coupe des nations Seniors, à Gorla Minore. Candidat à une sélection pour les championnats d’Europe Jeunes cavaliers, qui auront lieu eu même endroit, ce travailleur méticuleux, arrière-petit-fils de l’artiste le plus marquant du XXe siècle, est avant tout un inconditionnel amoureux des chevaux.



Sous le soleil du Sud qu’il connaît depuis son enfance, William Ligier de la Prade travaille d’arrache-pied pour atteindre ses objectifs et poursuivre l’année comme il l’a commencée: en beauté. Après avoir débuté sa saison internationale à Oliva en février, le jeune talent s’est illustré à plusieurs reprises en avril à Gorla Minore, en Italie. Le 7, il a pris part à la victoire de l’équipe de France dans la Coupe des nations du CSIO Jeunes cavaliers, signant un tour à quatre points, puis deux sans-faute, barrage compris, en selle sur Galilée (sBs, Clintissimo x Fidji du Fleury). Trois semaines plus tard, l’Azuréen a fait encore mieux. Sélectionné cette fois par Édouard Coupérie pour disputer sa toute première Coupe des nations Seniors, une opportunité aussi extraordinaire qu’inattendue à ses yeux, William a en effet aligné deux parcours parfaits décisifs pour la victoire de l’équipe de France dans cette étape de la série Longines créée par la Fédération équestre européenne. Entouré ce jour-là des jeunes Jules Orsolini et Dylan Levallois, respectivement âgés de dix-neuf et vingt ans, ainsi que d’Olivier Robert, bien plus expérimenté, le cavalier des Alpes-Maritimes voit dans ce succès le fruit du travail d’une équipe soudée. Conscient de la chance que représente le fait d’avoir pu prendre part à une telle compétition à dix-huit ans, et ravi d’avoir pris de l’expérience, il considère humblement que “concourir aux côtés de professionnels [lui] permettra d’être meilleur à l’avenir”. 

William Ligier de la Prade, Charles Rulquin, Ilona Mezzadri et Charlotte Slosse lors de la Coupe des nations Jeunes Cavaliers de Peelbergen

William Ligier de la Prade, Charles Rulquin, Ilona Mezzadri et Charlotte Slosse lors de la Coupe des nations Jeunes Cavaliers de Peelbergen

© Sportfot



Une alchimie vite trouvée avec Galilée

Lors de ces deux Coupes, William Ligier de la Prade était donc accompagné par la brillante Galilée, qui l’a rejoint en janvier 2022 après être notamment passée sous la selle de Mégane Moissonnier, mais aussi dans les écuries du jeune Baptiste Eichner, qui l’avait montée lors des CSIO Jeunes de Cabourg et Hagen en 2021. “Je cherchais un cheval pour être vraiment compétitif”, explique-t-il d’une voix assurée. “Nous avons trouvé Galilée et cela a tout de suite bien fonctionné entre nous.” En effet, quelques mois seulement après ses débuts en compétition, le couple termine deuxième du championnat de France Pro 2, en avril 2022 à Fontainebleau. Quelques semaines plus tard, William remporte la Coupe des nations Juniors disputée au même endroit aux côtés d’Eden Leprevost Blin-Lebreton, Charles Berthol et Vera Desutter, signant un sans-faute en première manche et n’ayant même pas besoin de disputer la seconde. En juin, la grise lui permet également de terminer douzième du championnat des As Juniors à Mâcon. Non sélectionnés aux championnats d’Europe, ils prennent part à deux autres Coupes des nations Juniors, à Hagen et Dielsdorf, écopant à chaque fois de douze points de pénalité au total des deux manches. En septembre, ils sont sélectionnés pour la finale du circuit FEI, à Kronenberg. Cette fois, ils laissent deux barres à terre lors de l’épreuve qualificative, avant de réussir un parcours parfait dans la Consolante, dont la France termine troisième. Enfin, pour conclure leur saison 2022, les deux complices affrontent en novembre leurs deux premiers Grands Prix CSI 3* à Oliva, concédant treize, puis sept points. 

Outre Galilée, William Ligier de la Prade peut également compter sur Celouvo (OC, Qif Elmy x Leonardo Louvo), jument baie de onze ans qu’il a notamment classée neuvième du Grand Prix Jeunes cavaliers de Gorla Minore ce printemps. Par ailleurs, il s’attelle à la formation de plusieurs montures plus jeunes, comme Hilton de Kerser (SF, Mylord Carthago x Diamant de Semilly) et Gatsby d’Argeville (SF, Con Air x Papillon Rouge), un produit de l’élevage fondé par sa mère, Flore Ruiz-Picasso. Un patronyme parmi les plus célèbres, si ce n’est le plus célèbre dans monde de l’art. William est l’arrière-petit-fils du peintre et plasticien né à Málaga et décédé à Mougins, dans les Alpes-Maritimes, où sa famille demeure toujours. Conscient de la portée de cet héritage, il a embrassé un autre art et ne s’en porte pas plus mal. 

William Ligier de la Prade et Galilee lors de la Coupe des nations Seniors de Gorla Minore

William Ligier de la Prade et Galilee lors de la Coupe des nations Seniors de Gorla Minore

© Sassofotographie



Une passion du cheval intergénérationnelle

À vrai dire, le cheval est une véritable passion familiale. Élevé entre le domaine du Lieu Plaisant, un centre équestre fondé par sa mère à Valbonne, ville voisine de Mougins, sur les hauteurs de Cannes et Antibes, et les prairies normandes où s’ébrouent les poulains d’Argeville, William s’éprend de l’animal dès son plus jeune âge. Ayant débuté l’équitation à cinq ans, il confie avoir été “assez timide à cheval jusqu’à douze ans. J’avais peur de sauter haut”, explique-t-il d’un air amusé. Toujours installé au Lieu Plaisant, il s’y entraîne depuis deux ans avec Gérard Marragou. “William a la chance de bénéficier d’un super entourage familial, qui a conscience de ce qu’est la compétition”, apprécie celui-ci. “Il est facile de travailler avec eux: nous réfléchissons, discutons et prenons toutes les décisions ensemble.” “Ma mère m’a toujours soutenu sans jamais me mettre de pression”, reconnaît le jeune Valbonnais. Selon son entraîneur, il tire son épingle du jeu grâce à la passion qu’il voue à l’animal. En effet, aux yeux de Gérard Marragou, le jeune homme est un compétiteur, mais avant tout un homme de cheval. “William est très proche des animaux en général. La relation qu’il entretient avec ses chevaux est très rare”, souligne-t-il, ce que confirme Jean-Alexandre Legras, l’un de ses tout meilleurs amis.  



“Un cheval ne peut être bon en piste que s’il est bien dans son corps et dans sa tête”

De fait, le cavalier de Galilée est donc bien conscient de l’enjeu que constitue le sujet du bien-être animal. “J’aime à croire que le cheval est ce qu’il y a de plus important dans le monde équestre, et qu’il est le centre de l’attention de chacun,” indique celui qui met tout en œuvre pour offrir la meilleure vie possible à ses compagnons. “Un cheval ne peut être bon en piste que s’il est bien dans son corps et dans sa tête”, martèle-t-il, convaincu d’appartenir à une génération plus concernée que les précédentes par ce sujet. “On commence tous à monter parce qu’on aime les chevaux. Seulement, aujourd’hui, cet enjeu est au centre de notre sport, donc dans un coin de notre tête dès le départ. Lors de chaque édition des Jeux olympiques, la légitimité de l’équitation est remise en question, ce qui est vraiment dommage. Les gens voient parfois ce sport d’un mauvais œil et refusent surtout de s’y intéresser. Il faudrait peut-être mieux communiquer pour le rendre plus attractif et inverser la tendance.” 

Pratiquer l’équitation de la plus simple manière possible est essentiel pour William Ligier de la Prade. De ce fait, tous ses chevaux passent leurs journées dehors et vivent pieds nus depuis plus d’un an. Une transition que le jeune cavalier perçoit très positivement: “Le ressenti à cheval est vraiment différent, mais tous mes partenaires s’y sont bien faits. Je trouve que cela me donne une meilleure stabilité en piste, notamment dans les courbes, et cela améliore les réceptions.” 

N’ayant pas d’idée précise de ce à quoi ressemblera son avenir, William sait en revanche qu’il souhaite le dédier aux chevaux:“J’ai choisi de me consacrer entièrement à eux car c’est vraiment ce qui me passionne”, avoue-t-il. “Ils occupent toutes mes journées, et je m’imaginerais bien continuer ainsi un bon moment.” À plus court terme, celui qu’Édouard Coupérie décrit comme un jeune homme réfléchi, doué et travailleur, espère obtenir son ticket pour les championnats d’Europe Jeunes Cavaliers prévus en juillet à Gorla Minore. “Il en prend le chemin, car ses résultats montrent qu’il est l’un des leaders de ce groupe de jeunes cavaliers”, conclut le sélectionneur adjoint de l’équipe de France. 

William Ligier de la Prade et Gatsby d'Argeville, produit de l'élevage familial

William Ligier de la Prade et Gatsby d'Argeville, produit de l'élevage familial

© Sportfot