“J’espère continuer à progresser et évoluer au plus haut niveau”, Mathieu Guéry

À partir d’aujourd’hui et jusqu’au 19 avril, le CSIO des jeunes de Compiègne rassemble une nouvelle fois l’élite montante des sports équestres européens. Au sein de l’équipe belge, Mathieu Guéry, ambitieux, aborde l’échéance avec confiance, porté par un piquet de chevaux prometteur et une dynamique positive en ce début de saison. À vingt ans, il vit sa dernière année chez les Jeunes Cavaliers, avec le désir de briller et de progresser avant sa transition sur le circuit Seniors. Fils du vice-champion du monde de 2022 Jérôme Guéry et issu d’une famille de cavaliers, il n’a pourtant pleinement basculé dans la compétition qu’en 2020, profitant de la période du Covid-19 pour accélérer son apprentissage.  



À Compiègne, Mathieu Guéry arrive avec des repères solides, fort de ses prestations sur la piste Picarde les années précédentes. Le Belge terminait notamment deuxième du Grand Prix Butet en 2024, et au même rang lors de la Coupe des nations, à chaque fois avec Callac de Cyrmanol, passée depuis sous la selle de l’Espagnol Ismael Garcia Roque. “Je suis dans un très bon état d’esprit. J’ai un groupe de chevaux qui fonctionne bien en ce moment. J’ai notamment Time-Breaker S, qui a déjà participé aux championnats d’Europe l’année dernière (où il a brillé en décrochant l’or par équipes et le bronze individuel, ndlr). Cette semaine, j’ai aussi deux chevaux avec un peu moins d’expérience : Horizon, que nous avons en copropriété, et Indigo, qui appartient à mes parents. Ce sont des chevaux encore en progression, mais qui ont beaucoup de qualité. Globalement, je me sens bien et je pense que nous avons une équipe assez forte, avec des cavaliers talentueux. Le CSIO Jeunes de Compiègne est toujours un super événement, dans un cadre magnifique, donc on est très contents d’être là une année de plus. Tout est très bien organisé, avec un charme et une identité très française. Le cadre est exceptionnel, au milieu des bois. Ce rendez-vous fait clairement partie de ceux où j’aime le plus venir.”   

Le Belge affiche des ambitions claires pour ces quatre jours de compétitions. “Nous aurons la Coupe des Nations vendredi avec la Belgique. L’objectif est clairement d’aller chercher un podium. Ensuite, lors des épreuves individuelles et notamment le Grand Prix, il s’agira d’obtenir le meilleur classement possible. Je suis conscient que mes chevaux ne sont pas forcément les plus expérimentés du plateau, mais ils ont beaucoup de qualité”, estime Mathieu Guéry. Son fidèle Time-Breaker S Z, a profité d’une bonne préparation hivernale. “Il est vraiment très bien. Il a fait toute sa présaison en Espagne, à Oliva, où tout s’est très bien passé. Il a notamment sauté des Grand Prix 3* à 1,50m, ce qui lui a permis de prendre de l’expérience dans de belles pistes.” Malgré trois podiums internationaux depuis le début d’année, le bai brun a connu deux contre-performances notables, dont dans la deuxième manche de la Coupe des nations Jeunes Cavaliers d’Opglabbeek, début avril.  

Compiègne constitue une étape importante pour l’année de Mathieu Guéry. Il aura à cœur de performer afin de confirmer la progression affichée dernièrement. Il vise cette année encore les championnats d’Europe Jeunes Cavaliers. “C’est une année très importante pour moi, car il s’agit de ma dernière chez les Jeunes Cavaliers. L’objectif principal reste donc les Européens. L’année dernière, j’avais réalisé une très bonne performance, donc j’aimerais confirmer”, explique-t-il. Une échéance d’autant plus importante qu’elle précède son passage imminent Seniors. “J’aimerais m’ouvrir vers le haut niveau, notamment en participant à un ou deux concours 5* si l’occasion se présente. Ce serait une excellente expérience pour préparer la suite de ma carrière.” 

Double médaillé en 2025, à Riesenbeck, en Allemagne, il le championnat continental d’Hagen avec lucidité. “On sait que la Belgique est un pays très performant, qui récolte souvent des médailles, surtout chez les jeunes. Mon cheval avait réalisé un super championnat en enchaînant les sans-fautes. Il sera difficile de faire mieux.” Pour autant, l’objectif reste clair : terminer son parcours chez les jeunes sur une note positive. “Je garde surtout en tête qu’il s’agit d’une expérience incroyable. Comme c’est ma dernière année, j’ai envie de finir sur une belle note. Il y a de l’ambition, mais aussi beaucoup d’excitation.”  

Mathieu Guéry et Indigo, hier lors du CSIO des jeunes à Compiègne

Mathieu Guéry et Indigo, hier lors du CSIO des jeunes à Compiègne

© Sportfot



“Mon père est très exigeant, parfois dur, mais c’est aussi ce que demande le haut niveau”

Au départ, rien ne destinait, le jeune belge à une progression aussi rapide. Issu d’une famille férue d’équitation et fils du médaillé de bronze par équipes des Jeux olympiques de Tokyo 2021, Jérôme Guéry, Mathieu n’avait pas fait de la compétition sa priorité. “Je n’avais jamais réellement envisagé de m’y mettre sérieusement”, confie-t-il. Le déclic apparaît en 2020, pendant la pandémie de Covid-19. “J’ai commencé à ce moment-là, et j’ai eu la chance d’avoir un encadrement exceptionnel au quotidien. Il n’y avait pas de concours donc j’avais la chance de m’entraîner tous les jours avec l’un des meilleurs cavaliers au monde. J’ai progressé très vite puisque j’ai débuté en mars 2020, et dès août, je participais déjà à des épreuves à 1,40m. Depuis, je n’ai jamais arrêté.”  

Dans cette progression éclaire, son papa a joué un rôle central. “Sans lui, je n’aurais probablement jamais commencé l’équitation. Son meilleur conseil a été de me dire de me lancer. Il m’accompagne au quotidien, me conseille en permanence et participe activement à ma progression. C’est quelqu’un d’exigeant, mais c’est aussi ce qui m’aide à avancer. Aujourd’hui encore, il est essentiel dans mon évolution dans ce sport”, raconte Mathieu Guéry. Le Belge de vingt-et-un an estime que son père est un pilier dans sa carrière. “Il est très exigeant, parfois dur, mais c’est aussi ce que demande le haut niveau. Il connaît parfaitement les exigences du métier puisqu’il s’est construit tout seul, donc il sait de quoi il parle. Comme il dit souvent, nous n’avons pas commencé de la même manière et nous n’aurons pas le même parcours. Mais au quotidien, c’est vraiment un point d’appui et une source de motivation.” 

Mathieu Guéry chevauchant Time-Breaker S Z au Saut Hermès à 1m45 le 19 mars dernier

Mathieu Guéry chevauchant Time-Breaker S Z au Saut Hermès à 1m45 le 19 mars dernier

© Sportfot



“S’il veut s’en donner les moyens, Mathieu peut atteindre le très haut niveau”, Fabienne Daigneux-Lange

Ancienne chef d’équipe des diables rouges, Fabienne Daigneux-Lange, connait Mathieu Guéry depuis son plus jeune âge. Elle évoque “un petit quelque chose en plus”, “un très bon sens du galop” et “une grande confiance en lui en compétition”, qui le distinguent des autres cavaliers de sa génération. Elle confie même une anecdote témoignant sa prise en maturité: “l’année dernière, il a lui-même demandé à travailler davantage sur le plat avec ses jeunes chevaux, conscient de ses lacunes. C’était très positif, car cela montrait une réelle envie d’apprendre. C’est là que je l’ai senti mûrir”. Selon elle, son profil et sa singularité peuvent l’emmener très loin. “S’il s’en donne les moyens, il peut atteindre le très haut niveau, il en a les capacités.” Elle brosse un portrait élogieux et lucide du jeune cavalier. “Mathieu est un cavalier qui a beaucoup de ressenti et de talent, mais qui doit se cadrer davantage. C’est un super jeune, qui dispose par ailleurs d’un entourage parfait”, souligne-t-elle. 

Conscient, des exigences du haut niveau, Mathieu sait qu’il doit encore progresser sur certains détails. “Je pense que mon niveau n’est pas encore optimal. Je suis encore jeune, et j’ai une fougue que je dois apprendre à mieux gérer”, explique-t-il. Compétiteur affirmé, il reconnaît parfois en faire trop, notamment avec des chevaux en construction. “Quand j’ai de nouveaux chevaux ou qui manquent encore d’expérience, j’ai tendance à aller au-delà de ce qu’ils peuvent proposer, parce que je veux gagner.” Un état d’esprit qu’il s’efforce de canaliser. “Je dois apprendre qu’il vaut mieux être sans faute et huitième que vouloir aller trop vite et finir avec quatre points.”  

Parallèlement à ses ambitions sportives, Mathieu Guéry réfléchit déjà à la suite de sa carrière. Inscrit à l’EM Lyon, qu’il devrait rejoindre en janvier prochain, il souhaite développer des compétences complémentaires, notamment sur le plan commercial. “Je pars du principe qu’avant même que je sois là, l’écurie fonctionnait déjà très bien. Il y a donc de la place pour construire quelque chose à côté”, raconte-t-il. Bien décidé à poursuivre au plus haut niveau à cheval, il envisage néanmoins de mener un double projet. “J’espère évoluer au plus haut niveau, mais je pense que je peux aussi développer autre chose en parallèle.” Un choix réfléchi, nourri par les conseils de son entourage, et qu’il aborde avec enthousiasme : “Ça va être une super expérience et ça va me permettre de développer davantage l’aspect commercial.” 

Matthieu Guéry garde toutefois une vision mesurée de son avenir, conscient de l’incertitude propre à son sport. “Il est difficile de se projeter, car les sports équestres sont imprévisibles. On peut être au sommet à un moment et redescendre très vite”, confie-t-il. Son ambition reste néanmoins claire : continuer à progresser et s’installer durablement au plus haut niveau, avec l’objectif de participer régulièrement à des CSI 5*. 

Sur sa selle ou derrière l’écran, le jeune cavalier cultive une passion pour le sport, symbole de la place centrale qu’il occupe dans son esprit de compétiteur. “Quand j’allume la télévision, c’est presque uniquement pour regarder du sport. Je peux même me lever la nuit pour certains événements”, explique-t-il. Une passion omniprésente qui dépasse largement le cadre de l’équitation. 

Porter le nom Guéry n’est pas sans conséquence. Le jeune cavalier en est pleinement conscient, confronté à un regard extérieur parfois exigeant. “Il y a forcément une forme de pression. Certaines personnes peuvent penser que je réussis uniquement grâce à mon environnement, parce que j’ai de bons chevaux ou que je viens d’une bonne écurie”, reconnaît-il. Un contexte qu’il s’efforce toutefois de relativiser, préférant se concentrer sur son propre parcours. “Les gens estiment que lorsque tu es fils de champion, tu te dois de briller.” Sans s’en détourner, il choisit d’en faire une force. ”Finalement, je le vois davantage comme une source de motivation que comme un poids.” 

Toutes les épreuves du CSIO Jeunes de Compiègne sont retransmises en direct sur GRANDPRIX.tv 



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