Héberger son cheval chez soi, le coût du rêve

“J’ai mes chevaux à la maison.” Pour de nombreux propriétaires, cette situation constitue un véritable projet de vie, rêvé puis mis en place après des années d’expériences et de recherches. Pour autant, est-on pleinement préparé à ce que cela va coûter? Si la réduction du budget d’entretien est rarement le critère déterminant dans ce choix, elle est néanmoins espérée par 60% des 755 lecteurs interrogés dans le récent sondage de la rédaction de GRANDPRIX en partenariat avec Horse Development. Plusieurs lecteurs et professionnels du secteur livrent leur expérience et expertise en la matière.



Signée par un architecte, la première esquisse illustre la vision du projet et permet d’affiner le futur budget.

Signée par un architecte, la première esquisse illustre la vision du projet et permet d’affiner le futur budget.

© Nicolas Bischoff

La proximité géographique, le lien tissé au quotidien et la possibilité de maîtriser les conditions de vie sont autant de critères qui motivent les propriétaires à passer le cap de ne plus faire appel à une pension, mais d’accueillir leur équidé chez eux. Pour certains, cela représente même un rêve d’enfant. Dans un sondage exclusif réalisé par la rédaction de GRANDPRIX en partenariat avec Horse Development, agence marketing et stratégie spécialisée dans le monde équestre, pas moins de 80% des 755 répondants ont indiqué «rêver ou avoir envie» d’héberger leur monture chez eux. Pour 40%, il s’agit même d’un rêve lointain. Dans les faits, la question de l’argent et du financement, parfois taboue, revient de plus en plus sur le devant de la scène. Comment chiffrer ce projet de vie? 

“L’évaluation du budget est l’une des préoccupations premières des équitants qui me contactent. Après la création de mon entreprise, j’étais surtout là pour accompagner ces derniers à étayer leurs connaissances du cheval ou apprendre à mieux le gérer au quotidien. Néanmoins, de futurs propriétaires m’ont rapidement fait comprendre qu’ils cherchaient eux aussi des conseils, et ce en amont de l’achat de leur monture”, expose Maureen Le Vaguerese, fondatrice en 2024 de L’Académie des propriétaires by Cirius&Dollia, qui propose des formules d’accompagnement ponctuel ou permanent. «L’apprentissage classique de l’équitation ne nous prépare pas assez à la gestion autonome ou semi-autonome d’un équidé. En outre, on se repose encore souvent sur un savoir empirique, de tradition, sans forcément chercher à vouloir le faire évoluer. Quand la pension qui loge votre cheval est impeccable, et que ce dernier est en pleine santé physique et mentale, tout va bien. Néanmoins, dès qu’un grain de sable se loge dans ce rouage bien huilé, tout peut rapidement s’effondrer, avec les conséquences financières qui s’ensuivent.» Selon le type de pension, le propriétaire peut être amené à choisir la nourriture et compléments pour son cheval, faire appel à un autre maréchal ou coach que celui attitré à l’écurie, et se forger ainsi, peu à peu, une expérience de prise de décisions. “Avoir un cheval en demi-pension est aussi une bonne préparation pour appréhender les besoins au quotidien et toucher du doigt le réel coût de la possession d’un cheval”, poursuit Maureen Le Vaguerese. “Pour ceux qui souhaitent sauter le pas et loger leur cheval chez eux, il y a effectivement tout un processus pour chiffrer approximativement ce projet: à qui appartiendra l’autre cheval – car je refuse les projets qui envisagent de laisser un cheval vivre seul –, quel sera le type de clôtures (lices en fil ou ruban, poteaux en bois, etc.), quelles sont les structures déjà établies (abri de pré, petite sellerie, etc.), quelle est la configuration des pâtures (classique, en parcelles tournantes, sur pistes), quelles sont les sources d’eau (puits, cours d’eau, tonne à eau ou eau courante amenée par tuyau), quel sera le point d’approvisionnement en électricité (raccordé à la maison ou sur batterie), où sera le stockage du foin (plus ce dernier sera grand, plus on pourra acheter un gros volume de foin et donc en faire baisser le prix au kilo) et, enfin, le terrain est-il apte aux permis d’aménagement pour ériger un abri si besoin, et aura-t-on recours à un système de curage élaboré (brouette, petit tracteur, remorque, etc.)? Ceci concerne les questions matérielles.” Les services sont tout aussi importants. “Il faut réfléchir à la présence d’une éventuelle structure équestre à proximité où l’on peut louer des installations”, continue Maureen Le Vaguerese, qui cite également “les solutions de transport, le maillage des professionnels de santé (vétérinaire équin voire clinique vétérinaire, maréchal-ferrant, ostéopathe, nutritionniste, etc.), un point de vente de matériel équestre (équipement mais aussi nourriture) pas trop loin, la présence d’un saddle-fitter ou bit-fitter ainsi que d’un professionnel du débourrage qui se déplacent dans la région, etc. N’oublions pas, de même, le budget pour les assurances liées aux chevaux: responsabilité civile, voire professionnelle, assurance mortalité et frais vétérinaires, etc. Faire un pré-bilan exhaustif est impossible, mais nous pouvons dégager une fourchette de frais… qui peut parfois donner le tournis. Mais, comme pour tout, mieux vaut s’y préparer.” 

Montant d’investissement global réalisé par les personnes sondées pour leurs projets d’hébergement.

Montant d’investissement global réalisé par les personnes sondées pour leurs projets d’hébergement.

© Graphique



Affiner le projet financier

“Nous avons demandé, dans notre sondage (réalisé en février, ndlr), si les participants s’étaient déjà projetés dans la réalisation de ce projet d’hébergement et s’ils l’avaient budgété. Seuls 7% d’entre eux ont ou avaient déjà établi un projet financier précis – qui est d’ailleurs hétérogène, allant de 35 000 à 700 000 euros, avec une moyenne de 312 000 euros”, remarque Alice Monier Torrente, chercheuse en management stratégique et fondatrice du cabinet de conseils Horse Development. “De plus en plus de propriétaires partagent sur les réseaux sociaux les étapes de la réalisation de leur projet équestre, ce qui peut constituer une source d’inspiration lorsque l’on est novice dans ce domaine”, énonce Nicolas Bischoff, fondateur de la société parisienne Nicolas Bischoff Architecte Équestre, spécialisée en architecture équestre et équipements associés. “Néanmoins, pour éviter toute erreur de conception ou de construction qui pourrait s’avérer très coûteuse, voire rendre le projet difficilement utilisable au quotidien ou même dangereux pour les humains comme pour les chevaux, il est essentiel de se faire accompagner par un architecte spécialisé. Dans de très nombreux cas, son recours est même obligatoire.” Plusieurs professionnels peuvent ainsi assister le maître d’ouvrage dans sa réflexion en amont du projet (modèle économique, programme, etc.). Néanmoins, seul un architecte inscrit à l’ordre de sa profession et assuré comme tel pourra en assurer la conception et signer le permis de construire, dès lors que certaines conditions seront remplies. 

Des professionnels bienvenus face à un potentiel casse-tête administratif 

Le projet débute toujours par une étude de faisabilité, qui servira à vérifier la compatibilité entre le planning et le site au vu de l’ensemble des règlementations et contraintes d’urbanisme.“La question du budget arrive bien sûr assez vite dans l’échange lorsque je suis contacté par un maître d’ouvrage”,reprend l’architecte.“Il doit être cohérent avec le projet souhaité. Chiffrer ce dernier peut être un exercice complexe, qui dépend de nombreux facteurs. Le rôle premier de l’architecte est d’accompagner le client dans la définition de ses besoins et de formaliser avec lui les éléments du projet. Le budget est d’abord évalué sommairement au démarrage, puis confirmé après la première esquisse, qui illustre la vision globale du projet. Il sera ensuite révisé et affiné au cours des différentes phases, jusqu’au chantier. Pour ce faire, nous devons connaître la nature du terrain et ses contraintes règlementaires, la nature des bâtiments et aménagements, les matériaux, etc. La détermination du budget total peut également s’envisager par étapes successives espacées dans le temps; on parle alors de projet à tiroirs. Lorsque le projet à long terme ne correspond pas au budget disponible immédiatement, il est possible de concevoir un projet global, mais de prévoir sa construction en plusieurs parties. L’intérêt est de permettre de démarrer son activité avec tout le nécessaire, en s’assurant de la possibilité de la faire évoluer sans se retrouver bloqué avec des impossibilités ou des surcoûts.” Le budget correspondant aux honoraires de l’architecte se situe généralement entre 10% et 14% du montant total des travaux pour une mission complète, c’est-àdire de la phase de conception jusqu’au suivi du chantier, à évaluer, bien sûr, au cas par cas en fonction de la taille et de la complexité de chaque dossier.

Qui dit cheval chez soi dit terrain! La propriété équestre idéale pour un propriétaire particulier compte généralement quatre à cinq hectares. Les prix baissent, mais les taux d’emprunt restent hauts.

Qui dit cheval chez soi dit terrain! La propriété équestre idéale pour un propriétaire particulier compte généralement quatre à cinq hectares. Les prix baissent, mais les taux d’emprunt restent hauts.

© Hectares Patrimoine Hectares et Patrimoine



Majoritairement, les coûts de construction ont augmenté, du fait de la hausse du prix des matériaux, de la main-d’œuvre, de taxes, etc. “Globalement, les connaissances et les mentalités évoluent vis-à-vis du bien-être des humains et des chevaux”, reprend Nicolas Bischoff. “Aux écuries, la taille des boxes s’est agrandie. Les dimensions traditionnelles de 9 m2 ont laissé la place à des boxes de 16 m2 ,au minimum. On intègre plus facilement des terrasses extérieures et des petits paddocks individuels. Les parois sociales ou l’accès au fourrage à volonté changent aussi la conception de l’écurie, tout comme la bonne gestion de l’éclairage ou de la ventilation. La surface des bâtiments augmente donc, et parfois leurs coûts avec, mais il y a un vrai gain en confort. L’écurie idéale reste toutefois une écurie adaptée aux besoins spécifiques de chaque propriétaire et de ses chevaux. Si l’écurie est un cauchemar à entretenir, le plaisir se perd, avec tout ce qui s’ensuit. Mes projets pour les particuliers portent actuellement sur des écuries qui logent les chevaux en box/paddock ou box/pré; les écuries actives sont encore rares pour les non professionnels.” 

“Acheter une maison pour son cheval, c’est tout à fait normal.” Pour les non équitants, cette phrase peut faire lever un sourcil, mais c’est bien là la réalité! L’hébergement de chevaux demande de l’espace, au moins grand, sinon organisé. Le temps du cheval “rangé” dans une stalle au bout d’une courette est, heureusement, bien révolu. Parmi les 755 répondants au sondage, 45% ont choisi d’acheter un bien immobilier avec terrain dans ce but, quand 42% l’ont hérité ou le possédaient déjà avant le projet d’héberger leurs chevaux. Plus de la majorité de ces propriétaires possèdent moins de six hectares, quand certains peuvent en compter deux de plus. Dans un sondage effectué par GRANDPRIX et le cabinet de conseils Horse Development en 2023, 71% des équitants interrogés cherchant à héberger leur cheval chez eux ne pouvaient le faire, faute de trouver le terrain adéquat. “Le marché de l’immobilier équestre se porte plutôt bien à ce jour, malgré la situation économique morose à l’échelle du pays et du monde. Les propriétaires veulent toujours réaliser leur rêve de loger leurs chevaux chez eux”,analyse Delphine Grimault, fondatrice du réseau immobilier destiné à la vente de propriétés équestres Hectares & Patrimoine, créé en2021.“Le marché a accusé une nette baisse de prix, sur laquelle les vendeurs ont fini par s’aligner. Néanmoins, les délais de vente se sont rallongés pour les biens qui sont hors du marché. En trente ans d’expérience, je n’avais jamais eu jusqu’ici de biens qui restaient deux à trois ans dans notre catalogue avant d’être vendus, souvent parce que le vendeur ne voulait pas admettre la baisse nécessaire de son prix; les acquéreurs sont toujours là, mais les conditions d’accès à la propriété ont changé, et les prêts bancaires sont souvent en cause.”

Pour les parents, avoir ses chevaux chez soi peut réduire les frais de garde d’enfants.

Pour les parents, avoir ses chevaux chez soi peut réduire les frais de garde d’enfants.

© Freepik



L’aménagement du terrain est rapidement nécessaire pour les petits espaces. Les équipistes et autres paddocks structurés sont un investissement de long terme.

L’aménagement du terrain est rapidement nécessaire pour les petits espaces. Les équipistes et autres paddocks structurés sont un investissement de long terme.

© Priscilla Barthélemy

Concernant la typologie d’acheteurs, il semble y avoir une disparité et de nouveaux profils.“Je note que de nombreuses propriétés équestres s’axent vers le multigénérationnel ou le groupement familial (familles recomposées, grands-parents qui logent avec leurs enfants et petits-enfants, etc.). Cela représente 50% des demandes que nous recevons. Il y a également des cavaliers qui souhaitent accompagner leurs chevaux retraités et s’engager sur un second rythme de vie, en proposant notamment des chambres d’hôtes au sein de leur propriété. Les particuliers qui envisagent un service de pension équestre(à titre privé ou activité secondaire) sont plus rares dans notre portefeuille”,témoigne Delphine Grimault. 

Des investissements plus difficiles à planifier

La France subit depuis plusieurs années une inflation importante et aucun domaine n’y échappe. En effet, outre une possible hausse des taux moyens des emprunts aux alentours de 3,7%– contre 3,3%, actuellement –, les taux obligataires ont également augmenté, ce qui engendre un coût de financement plus élevé.“Cela se traduit par une hausse de l’apport nécessaire pour emprunter. Auparavant, les banques accordaient des prêts avec au moins l’apport des frais annexes d’agence et de notaire. Aujourd’hui, c’est bien moins le cas. Par exemple, pour un prêt de 500 000 euros, il faut souvent être capable, suivant les dossiers, d’avancer 100 000 euros. Le prix des biens diffère d’une région à l’autre, mais nous notons toutefois une tension à proximité de la frontière avec la Suisse”, relève Delphine Grimault. En effet, depuis que des travailleurs transfrontaliers et propriétaires de biens localisés en France ont choisi il y a une vingtaine d’années de souscrire desprêts en francs suisses, le taux de change euros/francs suisses a grandement évolué. Les emprunteurs ont alors dû rembourser plus – parfois jusqu’à deux fois le prix –qu’initialement prévu, bouleversant le marché immobilier équestre et général dans la région. “Lorsque l’on compile les données recueillies grâce au sondage, on note que le montant moyen investi est de 355 000 euros, même s’il reste très variable puisqu’il fluctue en fonction des travaux du bien immobilier, des structures équestres déjà présentes, etc. Les montants engagés sont, bien sûr, liés aux choix de modes d’hébergement, des investissements plus élevés étant à prévoir si le choix se porte sur un hébergement en box ou en alternance pré/box,par exemple”, rapporte Alice Monier Torrente. Les biens équestres les plus recherchés par les particuliers couvrent généralement quatre à cinq hectares, avec une prédilection pour de grands espaces de pâtures, sans chercher forcément à avoir des boxes.“Nous avons le plus souvent des biens autour de 400 000 euros à 500 000 euros, avec 200 000 euros pour la fourchette basse et 1,5million d’euros pour la fourchette haute, hors propriété professionnelle pure. Dans ce dernier cas, les structures comportent un manège, une carrière, plusieurs boxes, etc.”, reprend la fondatrice d’Hectares & Patrimoine. “D’après notre sondage, le recours à l’emprunt bancaire ne semble pas la norme pour financer les travaux ou les infrastructures équestres envisagés”, détaille la fondatrice d’Horse Development. “Ces derniers se reposent plutôt surdes apports propres, même s’il faut préciser que cela englobe aussidestravaux plus modestes, comme la stabilisation d’une petite partie d’un paddock. Globalement, les montants des emprunts estimés par les sondés sont plutôt conséquents, avec une moyenne de 179 225 euros et une médiane à 60 000 euros.”

Le coût du dérèglement climatique 

Si les chevaux souffrent peu du froid, ils craignent néanmoins la chaleur, l’humidité et les insectes. En hiver, les sols sont bien souvent trop compactés pour drainer l’eau, ce qui nécessite rapidement des investissements de stabilisation des sols, via un terrassement ou la pose de dalles stabilisatrices. En été, les périodes sèches plus nombreuses obligent, au contraire, à multiplier et approfondir les abris pour échapper à l’écrasante chaleur et au ballet des insectes. La qualité du foin s’amenuise également, notamment en termes de poussière, ce qui entraîne des frais vétérinaires plus conséquents ou l’achat préventif d’étuveurs de foin, efficaces mais coûteux. Les privations d’eau communales font également pâtir les carrières et, par ricochet, les chevaux. En résumé, le changement climatique redessine les enjeux de la filière plus qu’on ne le croit. “Les régions moins soumises à la sécheresse et à la chaleur (la Bretagne et l’Ouest de la France de manière générale) connaissent une certaine migration des propriétaires qui étaient dans le Sud. La mer et, surtout, les accès rapides à une ville, ont la cote dans les critères de recherche”, appuie à ce propos Delphine Grimault. 

Total des dépenses annuelles des répondants au sondage.

Total des dépenses annuelles des répondants au sondage.

© Graphique



Les dépenses pérennes d’alimentation

“Loger son cheval chez soi est avant tout un choix de vie. Une fois que le cheval est installé, il n’y a quasiment jamais de retour en arrière. De fait, on regarde moins la dépense au quotidien. L’équitation reste une passion, d’autant plus qu’il y a un être vivant en jeu”,souligne Alice Monier Torrente.“On retrouve d’ailleurs parfois cette difficulté à en calculer le coût réel chez certains professionnels. Lorsqu’on analyse le prix de revient d’une pension box/paddock, par exemple, il faut calculer tous les coûts: de l’amortissement de l’infrastructure aux dépenses de fournitures (litière, foin, aliments, etc.), sans oublier les salaires éventuels et la rémunération du gérant... Au final, l’enveloppe des profits ne pèse malheureusement jamais très lourd, malgré des prix de pensions qui peuvent paraître élevés du côté des propriétaires pensionnaires. Le particulier qui loge son cheval fait surtout des économies de main-d’œuvre, puisqu’il fait généralement tout lui-même.” À la question “Quel est votre budget mensuel approximatif pour l’hébergement de votre cheval?”, les lecteurs sondés ont majoritairement placé le foin parmi la plus lourde dépense, suivi de l’alimentation en concentrés et compléments alimentaires, la litière, l’eau et l’électricité. Il faudra aussi prendre en compte les soins vétérinaires, les services extérieurs, ou encore le renouvellement du matériel abîmé (qui peut vite chiffrer si cela concerne les clôtures ou le remplacement d’électrificateur de clôture). Selon les régions, le coût du foin peut d’ailleurs passer du simple au triple. “Nous avons la chance d’avoir un fournisseur vosgien pas trop cher et de bonne qualité, qui nous compte 60 euros pour deux bottes de foin de 350 kg, avec livraison”, détaille Élise, l’une des personnes sondées. “Pour ma part, j’ai calculé qu’une botte de 350 kg me revenait à 20 euros, livraison dans le râtelier compris. Il s’agit en réalité de mon foin, issu de mes prairies, mais qui est récolté puis déplacé par un agriculteur voisin”, témoigne Nathalie. “En combinant nos achats avec un propriétaire voisin, nous nous faisons livrer le foin par semi-remorque. C’est intéressant de diviser ainsi le prix, mais stressant de gérer la qualité d’une telle quantité”, ajoute Nathan. 

Tenir les comptes des dépenses de matériel et services 

Outre le budget alloué à l’alimentation et les soins, le propriétaire hébergeant doit également supporter le coût initial et d’entretien de ses infrastructures. Notons ainsi que les lecteurs sondés estiment à 1 210 euros annuel le prix de l’achat du petit matériel (brouette, balais, abreuvoirs, outils, clôtures mobiles, etc.), et à 1 760 euros annuel le coût de l’assurance de leur structure (maison incluse). Le détail des coûts d’installation est souvent intéressant à regarder, même s’il diffère beaucoup d’une situation à l’autre. Priscilla, propriétaire de quatre chevaux en Centre-Val de Loire, partage ainsi les coûts pour son installation d’équipiste, de 4 m x 750 m: “Je ne vais pas mentir, j’avais un peu peur de faire l’addition… Alors j’ai divisé ça en cinq catégories: 3 460 euros pour le bois (environ 127 piquets et 115 lices), 369 euros pour les rubans de clôture (de différents modèles), 856 euros pour les accessoires (isolateurs, poignées, piquets en plastique, boîtes de vis) et 400 euros pour les intervenants extérieurs, à savoir le terrassier pour planter les piquets en bois… et mon père, qui m’a gentiment aidée! J’ai également compté les filets à foin, la batterie sur secteur et des plots en béton, le tout pour 1910 euros. Au final, nous sommes sur un total de 7340 euros. Nous avons procédé par étapes. Il y aura toujours des améliorations à faire et nous y réfléchissons chaque jour; la prochaine étape sera de faire stabiliser une zone de 7 m x 8 m dans la grande parcelle afin que les chevaux aient une deuxième zone au sec pour environ 4000 euros, et planter des arbustes pour environ 800 euros. Enfin, n’oublions pas non plus le coût potentiel d’une aide extérieure pour surveiller et nourrir les chevaux en notre absence, en cas d’empêchement ou d’accident.” Si leur situation est différente, quelques lecteurs ont toutefois relevé les dépenses liées à leurs chevaux logés en pension professionnelle. “Pour ma part, je tiens un tableau à jour avec tout ce que me coûte mon cheval: prix de la pension, du maréchal-ferrant, des soins vétérinaires, du matériel, mais aussi de l’assurance mensuelle, du crédit du van, du crédit de la voiture achetée pour tracter ce dernier, des stages, des engagements en concours, etc. Au final, le prix de la pension correspond à moins de la moitié du total mensuel”, relève Nicolas, l’un des lecteurs sondés. “Durant trois ans, j’ai noté scrupuleusement les sorties d’argent liées à ma jument afin de pouvoir la faire figurer dans nos projections de comptes avec mon conjoint. Le but était de chiffrer précisément ce que je devais garder mensuellement et annuellement pour elle, et combien je pouvais mettre dans notre emprunt immobilier commun. Pour ce faire, j’ai utilisé un logiciel de gestion en ligne, sur le conseil d’une cavalière qui faisait elle-même ce calcul. Je suis arrivée à environ 2 000 euros annuel (avec parfois un écart de 500 euros entre années) avec une pension 100% au pré de 160 euros à l’époque”, énumère Hélène. De quoi anticiper l’avenir plus sereinement?