Jean Morel : “Pour l’instant, nous ne sommes plus au niveau requis”

Hier, l’équipe de France de dressage a conclu ses championnats du monde à la seizième place sur dix-neuf nations engagées. Voici la réaction de Jean Morel, le sélectionneur national des Bleus:

“Globalement, la hiérarchie est respectée au sein de l’équipe, même si l’on aurait aimé qu’elle le soit avec des scores plus élevés. Surtout, ce qui est clair, c’est qu’entre les couples qui ont refusé de prendre part à ces championnats, ceux qui étaient esquintés au CDI 3* de Mâcon, la jument d’Antoine (Nowakowsi, ndlr) qui n’a pas réussi à obtenir ses minimas car nous n’avions plus assez de places en concours internationaux, nous sommes venus ici avec les quatre duos qui étaient capables de prendre le départ. Globalement, il n’y a pas de catastrophe, puisque nous ne sommes pas derniers et que nos cavaliers montent bien. Il est certain qu’ils manquaient de concours, mais cela représente un vrai investissement qui n’est pas si simple à consentir. Nous allons essayer de réfléchir à des manières de les aider en ce sens.

Concernant Alexandre (Ayache, ndlr), cela fait deux mois que nous travaillons à rendre sa jument plus souple, mais nous avons manqué de temps pour mieux faire et nous n’avons pas non plus voulu trop lui tirer dessus. Alexandre s’en veut parce qu'il est comme ça, il aime bien se donner les coups de couteau, mais on voit qu’il change sa manière de monter, et c’est une bonne chose car l’équitation évolue aussi au niveau international. Olivia a réalisé un bon échauffement, mais nous n’arrivons pas encore à gérer idéalement la connexion entre la détente et l’entrée en piste. C’est une bonne jument qui dispose de toutes les qualités nécessaires; il s’agit simplement de réaliser des réglages. Pauline (Basquin, dont la réaction est disponible ici, ndlr) et Sertorius n’ont pas beaucoup concouru cette saison et cela s’est vu, puisqu’au moment d’entrer en piste, le cheval a fixé l’écran géant, qui n’avait pas tourné pendant la familiarisation (en tout cas, pas avec des images de chevaux en mouvement, ndlr). Il a aussi eu peur des mouvements d’une caméra qui, là encore, ne bougeait pas pendant la familiarisation. Pour autant, nous ne cherchons pas à nous trouver des excuses. Il n’a pas commis de faute au galop, mais il était un petit peu au-dessus de la main en permanence, et comme il a du sang, ce qui est plutôt une qualité, cela le rend un peu délicat à monter dans ces cas là.

Je ne suis pas inquiet pour la qualification olympique (trois tickets seront encore mis en jeu aux Européens l’an prochain, ndlr), mais en revanche, il est certain que nous ne devrons pas nous réveiller au mois d’avril l’année prochaine. Sertorius sera peut-être encore le pilier de l’équipe, ou peut-être qu’il ne le sera pas. Nous n’allons pas nous acharner sur lui. Même s’il nous a fait vibrer, à l’instar de tous les chevaux, il n’est pas éternel. L’équipe de France sert à mettre en avant des chevaux, mais elle doit aussi et surtout servir à former des cavaliers. L’expérience que Pauline a acquise ici avec un cheval un peu chaud lui servira pour sûr à l’avenir.

De manière générale, j’assume ce résultat. J’ai assumé quand ils avaient bien travaillé, mais pour l’instant, nous ne sommes plus au niveau requis. Je n’ai aucun problème avec le fait que mes sélections soient critiquées. En revanche, cela m’embête beaucoup plus que certaines personnes fassent de la peine aux cavaliers, car cela touche aussi les propriétaires. Cette année, les réseaux sociaux ont été très néfaste à l’ambiance dans les écuries.”

Notre compte-rendu du championnat par équipes
Les championnats du monde d’Aix-la-Chapelle sont diffusés en direct et en intégralité sur ClipMyHorse.tv, où les épreuves de dressage sont commentées par Odile van Doorn