Les Meilleurs apprentis de France des Métiers du cheval et de l’équitation distingués au Lion d’Angers
Le week-end dernier s’est tenue au Lion d’Angers, la finale nationale du concours “Un des Meilleurs Apprentis de France – Métiers du cheval”. Au terme d’un processus de sélection exigeant commencé en début d’année au niveau départemental, seize jeunes ont été distingués dans quatre catégories: palefrenier-soigneur, enseignant d’équitation, cavalier d’entraînement, lads-drivers et lads-jockeys. Partenaire de l’événement GRANDPRIX est allé à la rencontre de plusieurs médaillés de cette compétition prestigieuse.
Le concours “Un des meilleurs apprentis de France” (MAF) est porté par la prestigieuse société nationale des Meilleurs Ouvriers de France (MOF) depuis 1985. Chaque année, il offre la possibilité à des jeunes en formation professionnelle dans plus de cent vingt-cinq métiers, majoritairement artisanaux, de montrer leur savoir-faire. Distingué en 1994 dans la catégorie des arts floraux, actuellement second vice-président des MOF, et présent au Lion d’Angers en compagnie de trois confrères, Marc Doise en expose l’ambition de “redonner toute leur place et leur noblesse aux métiers manuels, et montrer que ce sont des voies d’excellence, de passion et d’avenir”.
Depuis 2022, un partenariat avec l’Institut Français du Cheval et de l’Équitation (IFCE) a permis que quatre métiers de la filière équine soient intégrés aux MAF. Portée par l'AFASEC, les MFR, l'AEDG, la FFE, le SEDJ et le GHN, avec le soutien d'OCAPIAT, du Fonds Éperon et du Conseil des Équidés des Pays de la Loire, l’édition 2026 s’annonçait prometteuse, chacune s’avérant meilleure que la précédente. Ainsi, cinq cent soixante-quinze jeunes âgés de moins de 21 ans (vingt-trois pour les enseignants), en formation initiale, sous statut scolaire ou sous contrat d’apprentissage se trouvaient sur la ligne de départ. Parmi eux trois cent vingt-trois palefreniers-soigneurs, cent soixante-six enseignants d’équitation, quarante-huit lads-drivers et lads-jockeys, ainsi que trente-huit cavaliers d’entraînement.
Après les sélections départementales de mars, puis régionales de mai, ne restaient sur les rangs de la finale nationale que soixante jeunes. Les épreuves, théoriques et pratiques, se sont déroulées sur l’hippodrome du Lion d’Angers les vendredi 12 et samedi 13 juin derniers. Et ce, grâce à l’appui de professionnels de la région ayant accepté de prêter des chevaux pour l’occasion. Ainsi qu’au centre équestre de la Gosnière voisin, qui a accueilli les épreuves pédagogiques en conditions réelles. Elles ont été menées sous les regards de professionnels reconnus tels Étienne Leenders ou Jehan Bertrand de Balanda, pour ne citer qu’eux. “La présence d’un ou plusieurs MOF est obligatoire à chaque étape du concours, pour valider la décision des jurys et garantir le respect de l’échelle de valeur. Parfois, certains sont plus durs, d’autres trop laxistes, et nous sommes là pour temporiser. Mais aucun de nous ne prend part aux évaluations. Chacun a sa place”, précise Marc Doise.
In fine, trois candidats ont été distingués parmi les palefreniers-soigneurs et enseignants, quatre parmi les cavaliers d’entraînement, et six parmi les lads drivers et jockeys. Soit 2,5% des effectifs initiaux. C’est dire à quel point la concurrence fut rude! Ils ont reçu leurs prix sous le regard de nombreux officiels de la filière et de la FFE, dont Sophie Dubourg, présente pour l’occasion.
La récompense de parcours variés
Parmi les lauréats, trois ont été interrogés par GRANDPRIX. Et tous ont témoigné de parcours différents, démontrant que le travail prime sur tout le reste pour se distinguer comme MAF. “J’ai découvert les chevaux en faisant une balade à poney quand j’étais petit. Et de fil en aiguille, je me suis mis à monter de plus en plus régulièrement à cheval, jusqu’à opter pour un Bac pro Conduite et gestion de l’entreprise hippique (CGEH)”, explique Luigi Marchand-Nicolotto, élève du lycée de Nérac, primé comme palefrenier-soigneur.
“À la base, ma passion pour les chevaux vient des chevaux de trait que je montais quand j’étais petit. Par la suite, je suis passé aux chevaux de course d’obstacles. Car j’ai toujours voulu aller plus loin et plus vite, ce qui m’a amené aux courses”, relate quant à lui Clément Becuwe. Faisant partie des trois cavaliers d’entraînement médaillés, il exerce actuellement dans l’écurie d’Hugo Merienne, entraîneur de premier plan installé en région parisienne depuis 2017, tout en étant en Seconde à l’AFASEC de Gouvieux.
Enfin, primée chez les enseignants d’équitation, Enola Smodis a quant à elle intégré le milieu hippique au fil du temps. “J’ai commencé à monter à cheval quand j’avais six ans, une fois par mois car c’était onéreux. Puis, mes parents, qui ne sont pas du tout de ce milieu, m’ont aidée à y entrer. J’ai commencé à travailler pour pouvoir monter davantage, puis je suis partie en Licence Économie gestion à l’université de Poitiers. Après cela, je suis allée trois mois au Danemark dans une écurie de commerce de chevaux de dressage et de CSO, ce qui m’a permis de gagner en expérience et en maturité. Et quand je suis rentrée, j’ai tout de suite intégré la formation BPJEPS du F.E.R.O. (Formations Équines Rochefort Océan, à Saint-Cyr-du-Doret, ndlr)”.
Une année intense
Si les lauréats témoignent de parcours uniques, tous ont un point commun: la motivation, doublée d’un solide goût du travail! Et il leur en a fallu pour faire face à une année très dense. “J’ai eu envie participer au concours MAF pour l’excellence qu’il véhicule et la reconnaissance qu’il procure au niveau national. Réussir à ce niveau est incroyable. C’est une surprise, évidemment. Mais j’ai travaillé pour cela et je suis très heureux d’avoir atteint mon objectif. L’année a été très intense, d’autant qu’à côté du concours en lui-même, nous avons des examens et la pression du travail en écurie”, témoigne Clément Becuwe.
Son point de vue est partagé par Enola, qui ne cache pas avoir utilisé le concours MAF comme appui pour préparer son BPJEPS. “J’ai été très heureuse en entendant mon nom parmi les médaillés car c’est la première fois que je réussis vraiment quelque chose dans ma vie dans le milieu équin. Je me suis donnée à fond et ai beaucoup travaillé. J’ai encore beaucoup à apprendre, ce qui est normal, mais je suis déjà bien contente d’en être arrivée là. Nous avons été très bien préparés au F.E.R.O où, dès que l’équipe pédagogique sent notre motivation, elle donne tout pour qu’on y arrive. Mon entreprise, l’écurie du Moulin Moreau, sur l’Île de Ré, m’a aussi beaucoup aidée via mes patrons Frédéric et Bénédicte Lavaud, mon coach Jean-Benoît Lagedamont, des coachs extérieurs, ou encore Charlotte Sabaterie, une coach indépendante qui m’aide au quotidien et me prête ses chevaux pour sortir en concours. Je n’ai pas pris les choses à la légère. Les MAF étaient pour moi un plus, l’objectif premier étant d’avoir mon monitorat et d’accéder au DEJEPS. Cela me permettait de bien me préparer au BPJEPS, avec des épreuves presque similaires. Et cela a été une expérience de dingue!”, s’enthousiasme la jeune femme.
Un tremplin pour l’avenir
Dans ce cadre, on peut sans risque affirmer que le jeu en vaut la chandelle. “Pour de futurs employeurs, c’est un gage de sérieux car participer à un tel concours demande un gros investissement personnel, avec une vraie préparation, de l’engagement et l’acquisition de connaissances de fond théoriques et pratiques. C’est donc un avantage”, ajoute Olivier Mussard, professeur au lycée agricole Armand Fallières de Nérac et référent de Luigi Marchand-Nicolotto, qui se réjouit également du bénéfice pour sa structure. “Voilà cinq ans que nous participons au concours, et c’est la première fois que nous avons un élève médaillé. C’est un gros plus pour notre établissement et nous en sommes très fiers”.
Ainsi, les médailles obtenues sont moins des finalités en elles-mêmes que des tremplins pour l’avenir. “Tous les jeunes qui sont médaillés se voient ouvrir les portes des plus grandes écuries”, analyse Marc Doise. “On peut prendre l’exemple de Quentin Defontaine, qui monte presque tous les jours en course d’obstacles (notamment pour ses patrons Hector de Lageneste et Guillaume Macaire, gérants d’une des plus fameuses écuries de course françaises, ndlr). Mais on le voit aussi avec d’autres métiers! Nous, MOF, avons des partenaires importants comme Hermès, Louis Vuitton et d’autres. Et lorsque les lauréats de leurs domaines se présentent à la remise des prix nationaux, ils reçoivent la carte de grosses entreprises qui les embauchent sur le champ. C’est donc une ouverture exceptionnelle pour ces jeunes, qui ont pour point commun d’avoir d’autres ambitions et d’aller toujours plus haut. On le voit dans leur façon d’être et d’agir au quotidien. Les jurys sentent tout de suite qu’ils sortent du lot”.
Des jeunes ambitieux
D’ailleurs, les jeunes interrogés ne manquent pas d’ambition, et se disent tous prêts à se donner les moyens d’atteindre leurs objectifs. “Quand on fait un Bac pro, on est amené à faire des stages, et le travail de base est celui de palefrenier-soigneur. C’est comme cela, de fil en aiguille, que j’ai été amené à participer au concours des MAF. Je ne souhaite pas exercer ce métier toute ma vie, mais le concours a été une superbe opportunité. J’aimerais maintenant passer mon BPJEPS puis un DEJEPS, et à terme, monter une structure incluant une école d’équitation et une écurie de propriétaires, ainsi qu’un peu de valorisation de chevaux. Je pense en tous cas que cette réussite va m’aider à m’intégrer plus facilement sur le marché de l’emploi, car ce n’est pas donné à tout le monde. Sur un CV, une médaille montre qu’on est professionnel, qu’on a des compétences, et cela valorise bien qui on est. Par ailleurs, beaucoup de gens rentrent dans des formations hippiques. Cela nous valorise dans la masse”, analyse lucidement Luigi Marchand-Nicolotto.
“Mon prochain objectif sera de monter en courses écoles, et pourquoi pas, par la suite, en officiel en obstacles. Je suis grand, mais pour l’instant j’arrive plutôt bien à gérer mon poids. On verra par la suite. Et j’espère un jour pouvoir être entraîneur”, expose quant à lui Clément Becuwe. Quant à Enola Smodis, elle affirme: “Cette distinction va m’aider pour le futur. L’équitation est toute ma vie. À terme, j’aimerais monter ma propre entreprise pour faire du commerce et de la valorisation de chevaux de sport, et enseigner aux personnes qui le souhaiteront car j’adore l’enseignement, dans une optique de performance. Dans l’idéal, j’aimerais sortir sur de grosses épreuves de complet comme Blenheim ou le Mondial du Lion”.
Gageons qu’ils sauront porter haut les couleurs d’une filière aujourd'hui confrontée à de multiples difficultés en termes d’image, de recrutement et solidité économique, mais capable, aussi, d’un renouvellement de fond par sa jeunesse.

