“Monter pour son pays apporte forcément plus de pression”, Gaspard Maksud

À quelques jours des championnats du monde de concours complet d’Aix-la-Chapelle, Gaspard Maksud a achevé sa préparation à Saumur avant de s’élancer pour la deuxième échéance mondiale de sa carrière. Dans cet entretien, le cavalier évoque sa préparation, quatre ans après sa sixième place individuelle à Pratoni del Vivaro. En Allemagne, le plus Britannique des Français retrouvera sa fidèle Zaragoza (AES, Cevin x Saracen Hill) avec l’ambition de confirmer au plus haut niveau.



Gaspard Maksud, merci beaucoup d’avoir accepté cet entretien. Comment avez-vous vécu ce stage de préparation qui se termine?

C’était la première fois que je participais à un regroupement à Saumur, car lors de mes précédentes sélections, les stages ne se déroulaient pas à l’IFCE. Pour autant, je connais mes coéquipiers depuis longtemps et il règne une excellente ambiance au sein de l’équipe. Même si nous ne nous voyons pas toutes les semaines, ce stage s’est déroulé dans des conditions très agréables. Nous poursuivons tous le même objectif, ce qui contribue naturellement à créer un très bon état d’esprit. Les intervenants sont également très à l’écoute de nos systèmes de travail et de nos chevaux, ce qui est essentiel. À ce stade de la saison, il ne s’agit évidemment pas de tout remettre en question, mais plutôt de peaufiner les derniers détails qui pourront faire la différence le jour J, avec l’ambition d’aller chercher des médailles. Dans mon cas, comme je ne participe pas aux stages hivernaux, j’ai particulièrement apprécié l’ouverture du staff. Il a parfaitement compris que j’avais mon propre fonctionnement et qu’il n’était pas question de tout changer à quelques jours d’une échéance aussi importante.

Vous vivez en Angleterre depuis treize ans maintenant. Comment vivez-vous cet éloignement de l’Hexagone?

C’est un véritable style de vie que j’ai adopté. Avec mon épouse qui est anglaise, ma vie est désormais bien ancrée en Grande-Bretagne. J’ai la chance d’y bénéficier de très bons concours, d’un système performant pour valoriser les chevaux et de pouvoir participer à certains des plus beaux événements au monde. De ce point de vue, vivre en Angleterre est un véritable atout. Il est vrai qu’au niveau de la communication avec les équipes de France et le staff fédéral, les choses peuvent parfois être un peu plus compliquées. Mais, au final, tout le monde s’adapte.

Qu’est-ce que votre pratique parallèle du haut niveau en saut d’obstacles vous apporte dans votre pratique du concours complet?

Pratiquer le saut d’obstacles à haut niveau m’apporte forcément quelque chose, même si je monte des chevaux différents de ceux destinés au concours complet. Au final, je retrouve des défis différents dans chacune des deux disciplines.

J’éprouve autant de plaisir à monter un bon cheval de saut d’obstacles qu’un très bon cheval de concours complet sur le cross. J’aime énormément disputer de belles épreuves de saut d'obstacles. À partir du moment où j’ai la chance de prendre part à des épreuves comptant pour le classement mondial, à partir de 1,45m, le plaisir est vraiment là. Et il l’est encore davantage lorsque l’on parvient à remporter une épreuve à 1,55m, comme cela m’est arrivé avec Ballypatrick Tiberius (vendu et passé sous la selle du Britannique Harry Charles, ndlr) lors du CSI 3* d’Opglabbeek, en septembre.



Qu’est-ce que votre pratique du haut niveau en saut d’obstacles vous apporte dans votre pratique du concours complet?

De toute façon, il s’agit toujours de s’adapter au cheval que l’on monte. Le meilleur cheval de saut d’obstacles que j’ai eu, et que j’ai depuis vendu, était tellement sensible qu’il m’a énormément appris, notamment sur ma propre relaxation. Il m’a permis de beaucoup travailler sur moi-même. Bien sûr, tout dépend ensuite des chevaux dont on dispose. En concours complet, même dans les plus grosses épreuves, les obstacles ne dépassent pas 1,30m. En revanche, les parcours deviennent de plus en plus techniques. Travailler sur des parcours de saut d’obstacles plus exigeants constitue donc un excellent complément dans cette optique.

Disposez-vous d’une potentielle relève pour votre compétitive Zaragoza?

Pour l’instant, elle est la seule monture sur laquelle je peux compter pour faire du haut niveau. Je dispose de deux bons chevaux âgés de cinq ans, et je dois attendre de comprendre comment ils se développent, pour autant, ils ont huit ans de moins que Zaragoza. Pour l’instant, je me concentre beaucoup sur le commerce de chevaux, donc il est difficile d’être constamment présent au plus haut niveau. J’apprécie mes deux jeunes chevaux et même s’ils ne m’appartiennent pas, j’espère pouvoir les garder sur le long terme. 

Quelles sont les qualités que vous recherchez chez un cheval pour qu’il puisse prétendre au plus haut niveau en concours complet?

Je recherche avant tout des chevaux qui sautent très bien. C’est vraiment ma priorité. Bien sûr, ils doivent également présenter une bonne locomotion et avoir du sang. En revanche, lorsqu’ils sont encore jeunes, il est toujours difficile de savoir ce qu’ils deviendront par la suite. Ma démarche consiste donc à m’intéresser à des chevaux qui sautent bien, parce qu’ils peuvent éventuellement aussi évoluer en saut d’obstacles, et qui montrent du sang, pas forcément à travers leurs origines, mais dans leur comportement et leur manière d’être. Je garde toutefois à l’esprit que les jeunes chevaux évoluent beaucoup, parfois en bien, parfois en moins bien. Il faut donc toujours composer avec cette part d’incertitude sur ce qu’ils deviendront à l’avenir.



Vous avez obtenu de beaux résultats en CCI 5*. Est-ce que l’expérience acquise sur ces gros concours va-t-elle vous servir pour ces championnats du monde?

Les CCI 5* constituent une expérience à part, car ils permettent de se confronter à des parcours très imposants et techniques. Les championnats du monde seront probablement encore plus techniques, mais peut-être un peu moins gros. Participer à des CCI 5* apporte donc une expérience précieuse, notamment en ce qui concerne les conditions de concours que l’on y rencontre. En revanche, ce qui nous attend à Aix-la-Chapelle sera forcément différent, puisqu’il s’agira de représenter son pays. Lorsqu'on évolue en équipe, on ne monte plus seulement pour soi, mais aussi pour ses coéquipiers, monter pour son pays apporte forcément plus de pression.

 Les préparations que vous menez pour aller courir en niveau 5* vous apportent-elles pour les Mondiaux, ou est-ce que vous êtes aujourd’hui dans un schéma complètement différent? 

Sur le plan de la condition physique, il faut être parfaitement préparé lorsque l’on s’apprête à galoper pendant près de onze minutes trente sur des parcours comme Badminton ou Burghley, avec un dénivelé très important. À Aix-la-Chapelle, je pense que le défi sera différent. Le cross sera sans doute plus intense, avec moins de longues galopades entre les obstacles et davantage d’enchaînements rapides, sans véritable temps de récupération. Pour autant, j’ai préparé Zaragoza comme je l’aurais fait en vue de Badminton par rapport à son endurance.

Sur les réseaux sociaux, vous vous expliquez que les épreuves de concours complet des Mondiaux d’Aix-la-Chapelle “ne seront pas une épreuve de dressage”. Comment imaginez-vous le concours ?

 Nous serons en Allemagne et je pense qu’il faut s’attendre à un cross comportant un bon nombre de dispositifs MIM's (dispositif de sécurité placé délibérément sur certains obstacles, visant à réduire la gravité des chutes en cas de collision, ndlr). L'Italien Giuseppe Della Chiesa est un chef de piste qui pense avant tout au cheval. Je m’attends donc à un parcours assez lisible pour les chevaux, qui ne sera pas construit pour les piéger. Comme dans tout championnat, il devrait toutefois proposer des options directes, plus difficiles, ainsi que des alternatives beaucoup plus longues, afin de permettre aux cavaliers moins expérimentés d’aller au bout de leur cross. C’est un chef de piste qui construit généralement de très bons parcours et il sera très intéressant de voir ce qu’il nous proposera.

Le saut d’obstacles se déroulera dans la piste principale. Frank Rothenberger devrait, lui aussi, proposer un parcours très technique. Je pense donc que cette épreuve sera également déterminante.

Vous êtes assez présent sur les réseaux sociaux. Vous intéressez-vous aux commentaires que vous y lisez? 

Ils me font plutôt sourire. Lorsque l’on connaît le contexte et les raisons qui motivent certains choix, il est parfois amusant de lire certains commentaires. Cela ne change toutefois en rien ma façon de gérer mes chevaux ni ma manière de monter. En revanche, j’apprécie de savoir ce que le grand public pense. Bien sûr, je prends tout cela avec du recul, mais cela me divertit aussi.



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