“J'ai vu des staffs extrêmement professionnels qui ont beaucoup évolué ces dernières années”, Frédéric Bouix
Durant deux semaines, Aix-la-Chapelle a été le théâtre des championnats du monde multidisciplinaires de la FEI. À mi-olympiade, Frédéric Bouix, le président de la Fédération française d’équitation (FFE), a livré son bilan de l'échéance d’un point de vue sportif et institutionnel. Par ailleurs, l’échéance quadriennale a été l’occasion pour les membres de la FFE de rencontrer les candidats à l’élection de la présidence de la Fédération équestre internationale (FEI) et de poursuivre les actions engagées en faveur des propriétaires.
“La signification de ces championnats du monde n'était pas la même selon les disciplines placées sous l’égide de la FEI. Pour les disciplines olympiques et paralympiques, nous étions à mi-olympiade, deux ans après les Jeux de Paris 2024. Le véritable enjeu était la qualification pour les Jeux de Los Angeles 2028. L'obtenir dès 2026 est un avantage important : cela permet de préparer la suite avec davantage de sérénité, de préserver certains chevaux, de faire prendre de l'expérience à de nouveaux couples lors des championnats d'Europe l'an prochain et d'organiser le travail des sélectionneurs sur le long terme. C'est une très bonne chose que la France ait obtenu cette qualification en saut d'obstacles et en para-dressage.
Pour les disciplines mondiales – l'attelage, la voltige et l'endurance, dont les championnats du monde se dérouleront en décembre aux Émirats arabes unis –, nous arrivons au terme d'un cycle de quatre ans. Mais ce cycle est en partie artificiel. Les fédérations vivent au rythme des olympiades, parce que leur organisation administrative, financière, technique et leur gouvernance sont construites ainsi. Pourtant, préparer des sportifs ne se fait ni en deux ans, ni en quatre ans. Cela demande beaucoup plus de temps. Nous essayons de faire abstraction de ce découpage imposé par l’État, mais il vient inévitablement se confronter au temps du projet fédéral, qui s'inscrit dans la durée. C'est pour cela que nous devons regarder bien au-delà de 2028. Par exemple, notre plan de formation des entraîneurs est déjà projeté jusqu'en 2032, parce que ces dispositifs nécessitent un temp long pour produire leurs effets. Dans toutes les disciplines, les sélections étaient incontestables. Elles ont été réalisées en tenant compte de l'état de forme des chevaux, des cavaliers, meneurs ou voltigeurs, ainsi que des performances réalisées tout au long de la saison. Les résultats reflètent donc la place de la France dans la hiérarchie mondiale à un instant donné, même si une chute ou une blessure peuvent toujours modifier l'issue d'une compétition.
Je tiens également à souligner le travail réalisé par l'ensemble des équipes fédérales. Ces championnats du monde représentent une organisation particulièrement lourde. Pendant quinze jours, six disciplines étaient engagées simultanément, auxquelles s'ajoutera l'endurance en décembre. C'est finalement plus complexe que des Jeux olympiques, où une grande partie de l'organisation de la délégation est assurée par le Comité national olympique et sportif français et son homologue pour les Jeux paralympiques, le Comité paralympique et sportif français. Ici, tout repose sur la fédération, avec des coûts importants. Malgré cela, nous faisons le choix d'être présents dans toutes les disciplines, ce qui n’est pas le cas de tous les pays.
Pendant ces quinze jours, j'ai vu des staffs extrêmement professionnels, qui ont beaucoup évolué ces dernières années. Chacun est aujourd'hui davantage spécialisé, mais il existe aussi une véritable entraide entre les disciplines. Entraîneurs, préparateurs mentaux, médecins, kinésithérapeutes, vétérinaires, physio équins et maréchaux-ferrants échangent en permanence afin de prendre les meilleures décisions. Rien de tout cela n'est le fruit du hasard. C'est aussi le résultat du travail de coordination de Sophie Dubourg, notre directrice technique nationale et cheffe de mission. Elle assure un véritable rôle de chef d'orchestre en coordonnant un collectif d’une cinquantaine d'athlètes et leurs équipes. C'est cette dynamique collective qu'elle impulse dans le cadre du projet fédéral.
Ces championnats du monde ont également été l'occasion de nombreux échanges institutionnels. La présence de plusieurs personnalités du mouvement olympique, notamment la présidente du CIO (Kirsty Coventry, ndlr), son directeur sportif et plusieurs de ses membres, montre la place prise par les sports équestres au niveau international. Il est essentiel de continuer à expliquer nos disciplines et à dialoguer avec le mouvement olympique et paralympique afin que notre sport soit pleinement compris et reconnu lorsque des choix stratégiques seront faits concernant les programmes, les financements ou l'organisation des Jeux.
Nous avons également rencontré les trois candidats à la présidence de la FEI (Mark Samuel, Sabrina Ibáñez et Jack Huang, ndlr) afin d'échanger sur leur vision de l'avenir de la fédération internationale, de la formation, du développement et de la place du cheval dans la société. Nous avons aussi échangé avec plusieurs fédérations européennes pour confronter nos modèles de gouvernance, de financement, de développement, de formation ou encore d'accompagnement des athlètes. Ces échanges confirment que la France n'a pas à rougir de son niveau d'accompagnement des sportifs ni de la place qu'occupe l'équitation dans les politiques publiques. C'est une véritable spécificité du modèle français.
Enfin, ces championnats du monde ont aussi permis de poursuivre les actions engagées en faveur des propriétaires, sous l'impulsion d'Emmanuèle Perron-Pette, vice-présidente de la FFE. Tout au long de la saison, nous avons amélioré leur accueil et créé un espace dédié afin qu'ils puissent vivre les championnats au plus près de leurs chevaux et des équipes de France. Une offre d'hospitalité leur a également été proposée. Cette initiative a été très appréciée, d'autant que l'organisation des Championnats en Europe a facilité leur venue.”

