“Le bilan de ces Mondiaux est contrasté”, Sophie Dubourg
Ces deux dernières semaines, Aix-la-Chapelle a accueilli les championnats du monde de la FEI dans six disciplines. Alors que l’objectif principal des disciplines olympiques et paralympiques était de décrocher des qualification pour les Jeux de Los Angeles 2028, Sophie Dubourg, directrice technique nationale dresse son bilan, discipline par discipline.
“La Fédération avait fixé un objectif clair aux staffs des disciplines olympiques et paralympiques: obtenir la qualification directe pour les Jeux de Los Angeles 2028. Le bilan de ces Mondiaux est contrasté. Je tiens à féliciter les équipes de saut d'obstacles et de para-dressage, qui ont atteint cet objectif. Pour le dressage et le concours complet, il faudra aller chercher cette qualification lors des championnats d'Europe l'an prochain.
En dressage, il n'y a pas de surprise. Les couples sont à leur niveau et le total des trois meilleurs place l'équipe de France à son rang actuel dans la hiérarchie mondiale. Il reste donc un travail de fond pour aller chercher la qualification. Il faut poursuivre le travail avec tous les couples engagés sur la scène internationale, intégrer ceux qui arrivent et surtout construire un véritable vivier pour l'avenir. Le temps sportif est un temps long, tout comme celui de la maturité des chevaux. Il faut donc regarder au-delà de 2028 et construire un collectif capable d'être performant lors des olympiades suivantes.
En concours complet, il y a bien sûr de la déception au regard du résultat final, mais je retiens surtout les progrès réalisés dans les deux domaines qui avaient été fixés comme priorités à Jean-Luc Force et à son staff: le dressage et l'obstacle. Sur ces deux aspects, le contrat est rempli. La troisième place après le dressage est une performance à souligner et les trois parcours sans faute à l'obstacle montrent que le travail engagé depuis dix-huit mois porte ses fruits. Il faut maintenant poursuivre cette dynamique pour aller chercher la qualification olympique l'an prochain.
En saut d'obstacles, la qualification olympique faisait également partie des objectifs. Nous avons fait le choix assumé de la jeunesse. Certains diront que les grands championnats sont faits pour gagner des médailles et non pour faire prendre de l'expérience, mais les deux ne sont pas incompatibles. Tout s'est joué à une barre, y compris le podium individuel de Nina Mallevaey, une cavalière qui est passée par tous les échelons des circuits fédéraux Jeunes. La hiérarchie mondiale est globalement respectée et je suis très satisfaite d'avoir fait confiance à ma proposition d’Édouard Coupérie. Au-delà de l'expérience acquise, ils ont réalisé de très grandes performances et montrent un vrai potentiel. Face à des nations beaucoup plus aguerries, nous pouvons être fiers d'avoir tenu ce pari. La qualification olympique est obtenue et la huitième place de Nina Mallevaey constitue une très belle performance.
En para-dressage, l'objectif de qualification est lui aussi atteint. Les progrès sont réels et s'inscrivent dans la continuité du travail engagé avant les Jeux de Paris 2024. Les moyens mis en place, les stages, le recours aux entraîneurs privés et l'ensemble des facteurs de performance portent aujourd'hui leurs fruits. La médaille d'argent d'Alexia Pittier en Grade IV en est une belle illustration, tout comme les performances de Vladimir Vinchon, la progression de Chiara Zenati et la prise d’expérience de Vincent Brunet, pour qui nous avons pu identifier les axes à travailler pour les deux années à venir. Chaque athlète dispose désormais d'un système d'entraînement adapté à sa situation. Il faut poursuivre dans cette voie, continuer à rechercher les meilleurs chevaux et saluer le rôle essentiel des staffs additionnels – préparateurs mentaux, kinésithérapeutes, équipes médicales ou school riders – qui sont devenus des acteurs incontournables de la performance.
En voltige, ces championnats marquent l'aboutissement d'un cycle de quatre ans mené par Manon Moutinho. Malgré les aléas de la saison, elle a conduit le collectif avec beaucoup de rigueur et de détermination. Les résultats sont très satisfaisants avec quatre médailles, deux en or et deux en argent. Elles récompensent le travail des athlètes, des entraîneurs et de tous les intervenants qui les accompagnent. L'individuel féminin constituait un pari avec une jeune voltigeuse qui disputait son premier championnat Senior. Elle n'a pas atteint la finale, mais cette expérience fait partie de la construction du collectif. Ce qui ressort surtout, c'est la solidité de ce système et sa capacité à renouveler les générations tout en maintenant un haut niveau de performance.
En attelage, la préparation reste particulièrement exigeante, mais les méthodes d'entraînement continuent d'évoluer. Comme dans les autres disciplines, les entraîneurs privés viennent compléter le travail des staffs fédéraux et cela porte ses fruits. Les quatre meneurs engagés ont répondu présents et la France est à sa place dans la hiérarchie mondiale. Le système de points rend cette discipline très stratégique et cette sixième place correspond au niveau de la France ces dernières années. Nous terminons à une faute de la cinquième place, ce qui reste un résultat encourageant, d'autant que plusieurs attelages à quatre sont déjà en préparation pour les prochaines échéances.
Enfin, sur le plan de l'organisation, le bilan est très positif. Ces championnats du monde étaient remarquablement organisés, avec un très grand professionnalisme et une réelle capacité à accueillir un événement de cette ampleur. On sent un véritable savoir-faire, une organisation où rien n’est laissé au hasard. Il a eu, comme attendu, une véritable ferveur du public avec près de 48.000 spectateurs dans le stade principal pour applaudir aussi bien le dressage que le saut d'obstacles, un petit peu moins dans les deux autres stades, mais cela est assez exceptionnel. C'est un public qui connaît les disciplines, les vit pleinement et qui contribue à faire de ces championnats du monde un événement remarquable.”

