Élevé pour les balades, Brin d’Or des Sources a mené Julie Bilquez jusqu’en 5*

À trente-huit ans, Julie Bilquez a disputé son premier CCI 5*-L à Pau, avec une vingt-deuxième place à la clé. Avec Brin d’Or des Sources, la Bisontine a abordé cette échéance après avoir construit, pavé après pavé, un chemin fait de patience et de connaissance profonde de son cheval. La complétiste entend continuer à découvrir les plus belles épreuves internationales au milieu des grands noms tricolores.



Entre Julie Bilquez et Brin d’Or des Sources (SF, Romando de l’Abbaye x Nikos), l’histoire remonte à la période du débourrage du hongre. Né en 2011 chez Béatrice Humbert, avec laquelle la cavalière entretient une profonde amitié, l’alezan est le fruit d’une passion familiale, sans aucun objectif sportif initial.

Après sa carrière en steeple, Légère, la mère de Brin d’Or des Sources, devait offrir à sa propriétaire de paisibles promenades. Dès le début de sa réforme, la jument se met à boiter, ce qui réduit à néant ce projet. Sa propriétaire, alors totalement néophyte en matière d’élevage, décide de la faire reproduire, avec l’idée de faire naître un cheval pour de simples balades. C’est ainsi que la bien nommée Légère est associée à Romando de l’Abbaye, un étalon de cinq ans alors stationné à Besançon, choisi pour sa robe baie, sa taille raisonnable et son bon caractère. De ce croisement naît, au domicile de Béatrice Humbert, un grand poulain doré dont les reflets ont immédiatement inspiré le nom : Brin d’Or. 

Grandissant chez son éleveuse, qui ne manque pas de le gâter, ce dernier commence à affirmer son caractère à deux ans. Julie Bilquez vient alors aider son amie à gérer son jeune garnement. À trois ans, son débourrage se déroule sans encombre. “Je n’ai pas de mauvais souvenir de ces quelques semaines”, se rappelle celle qui deviendra sa cavalière attitrée.



Un cheval à comprendre

À quatre ans, Brin d’Or découvre le sport sans ambition particulière. Formée en partie au concours complet, Julie Bilquez travaille à cette époque avec des chevaux de saut d’obstacles, ce vers quoi elle oriente naturellement le jeune cheval. Entre les quatre et cinq ans de l’alezan, l’apprentissage se corse. “Brin d’Or ne trouvait pas ses marques en parcours. Il ne s’arrêtait pas, mais il n’arrivait pas à gérer correctement son corps sur les Cycles Libres que nous lui proposions”, raconte la cavalière. Les moments de doute se multiplient avec le grand Selle Français d’1,76m, qui semble avoir hérité du tempérament Pur-Sang de sa mère autant que de la force de son père. Julie Bilquez comprend qu’elle doit s’adapter à son partenaire et “apprendre à lui parler pour obtenir ce que l’on attend de lui”.

À l’époque, Julie Bilquez sort de sa formation BPJEPS et dispute des épreuves Amateurs en saut d’obstacles avec les chevaux des écuries qui l’emploient. Depuis longtemps, le complet l’attire, avec une idée fixe : celle de galoper vite !

La révélation survient à la fin des cinq ans de l’alezan. Au terme d’un week-end de concours d’obstacles, Brin d’Or est amené presque par hasard sur le parcours de cross jouxtant la piste. Devant les obstacles fixes, il se montre immédiatement à l’aise, ne charge plus comme à l’obstacle, découvre une autre manière de s’équilibrer, traverse le gué sans difficulté, comme s’il avait toujours connu cet exercice ! La décision s’impose alors naturellement : Julie Bilquez engage Brin d’Or dans son premier concours complet, à Saulieu.



Le cross comme terrain d’expression

En 2017, le couple s’investit sérieusement dans la discipline, en Cycles Libres troisième année, et se rend jusqu’à la finale de Pompadour, où il se place dix-neuvième. “Tout était tellement facile sur le cross que nous apprenions avec plaisir à vaincre nos difficultés en jumping et en dressage”, résume Julie Bilquez.

Le duo progresse ainsi à son rythme dans les épreuves Amateurs, chacun apprenant à connaître les exigences de ce nouveau cadre. Avec Brin d’Or, la cavalière s’aperçoit notamment que le cross peut devenir un véritable atout, même lorsque les autres tests imposent encore un travail important...

Sans passer par la case du CCI 1*, les deux partenaires se lancent à l’international en CCI 2*-L, à Sandillon, où ils décrochent une cinquième place. “Finalement, sur le cross, j’en viens à me dire que plus c’est compliqué, plus cela nous convient”, analyse la cavalière. Brin d’Or possède en effet deux atouts précieux en complet : “un cardio exceptionnel et une rapidité qui n’est plus à démontrer”. Sur les formats longs, cette aptitude à soutenir l’effort et à récupérer constitue alors un avantage supplémentaire.



Une découverte progressive du haut niveau

En 2022, Julie Bilquez et Brin d’Or font leurs débuts au niveau 4* à Avenches, en Suisse, à l’occasion de la Coupe des nations. Une nouvelle étape que la cavalière aborde avec confiance dans les capacités de son partenaire. “Il ne s’est même pas rendu compte qu’il s’agissait d’un 4*”, se remémore-t-elle.

L’année suivante, le couple confirme à Sopot, où il prend la quatrième place du CCI 4*-S. En Pologne, le couple signe l’un des rares parcours sans faute à l’hippique, qui lui permet de gagner plusieurs rangs. 

Pour Julie Bilquez, ces rendez-vous internationaux sont aussi l’occasion de poursuivre son propre apprentissage. “De mon côté, j’apprends aussi la technique propre à ces épreuves. Ce n’est pas toujours évident de découvrir ainsi, mais je pense que nous avons autant de volonté l’un que l’autre”, s’amuse celle qui exerce comme enseignante indépendante, principalement aux écuries de la Chaille, en périphérie de Besançon. Entre son activité professionnelle, la préparation de ses chevaux et les exigences du haut niveau, elle compose donc avec un emploi du temps chargé, tout en avançant à son rythme.



Après l’accident, un nouveau départ à Pau

L’idée de courir un 5* s’est installée dans l’esprit de Julie Bilquez début 2025. Fin août, un grave accident, avec une importante fracture du fémur, l’a contrainte à une longue hospitalisation et a bouleversé ses projets. Une fois la cavalière remise sur pied, Brin d’Or revient de chez Gireg Le Coz, qui l’a maintenu au travail lors de la convalescence de sa complice. Cette dernière est invitée à un stage organisé à Saumur pour les cavaliers de l’équipe de France. Une expérience qui l’a largement motivée dans sa réadaptation. “Sachant que je ne dispose pas d’un suivi au quotidien, ce stage a été pour moi d’une immense utilité, m’a ouvert beaucoup de perspectives et me donne encore plus envie de rentrer dans cet univers !”, souligne Julie Bilquez.

Cette saison, l’indissociable couple a pris part à cinq épreuves internationales, se plaçant notamment quatorzième au CCIO 4*-S de Lignières-en-Berry sur presque cinquante partants. Aux côtés de Bastien Commecy, Sébastien Cavaillon, Luc Château et Benjamin Massié, le duo a également franchi un nouveau cap il y a deux semaines, en participant au CCI 5*-L de Pau. Si le Selle Français de quinze ans et sa cavalière ont conclu leur dressage en queue de peloton, ils ont tout de même pu aller au bout de l’expérience malgré vingt points de pénalité et 18,8 points de temps sur le cross, ainsi qu’une barre à l’hippique. Sur les cinquante engagés, la paire n’a pas à rougir de sa vingt-deuxième place pour une première en 5*. Sans se fixer d’autre obligation que celle de bien faire, la cavalière entend avant tout rester fidèle à la méthode qui l’a menée jusqu’ici : écouter son cheval, continuer à apprendre avec lui, et se faire plaisir. Et pourquoi pas rêver de s’élancer maintenant sur un 5* anglais ?

 



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