Pour la saison 2021, les cavaliers de haut niveau en plein brouillard

L’an passé, la pandémie de Covid-19 a frappé le monde entier, n’épargnant évidemment pas les sports équestres et le haut niveau. Les Jeux olympiques de Tokyo et la finale de la Coupe des nations de Barcelone ainsi que pléthore d’autres compétitions ont dû être reportés ou annulés, menant les cavaliers à adapter sans cesse leur calendrier de concours. Alors que 2021 débute, GRANDPRIX a interrogé la championne olympique par équipes américaine Laura Kraut ainsi que le membre de l’équipe de France Grégory Cottard sur la plannification de leur saison 2021. Entre prudence et optimisme, tous deux s’adaptent au contexte encore singulier.



Éternelle optimiste, Laura Kraut a bon espoir que les Jeux olympiques puissent se tenir cette année.

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2020 a été atypique à bien des égards, et rien n’assure que 2021 sera moins tumultueuse compte tenu de la situation sanitaire actuelle à travers le monde. Une donnée avec laquelle doivent composer les sportifs de haut niveau que sont les cavaliers. 

Chaque année, les ahtlètes de haut niveau tentent d’échafauder un plan d’attaque en se fixant des objectifs, comme l’explique Laura Kraut : “J’ai toujours un plan en tête, particulièrement en ce qui concerne les rendez-vous majeurs, et ce, quelle que soit la saison”. Un constat que partage le Français Grégory Cottard, qui adapte son programme petit à petit et en fonction d’une ou plusieurs échéances : “En temps normal, je construis mon programme au fur et à mesure, particulièrement en fonction de la forme de mon cheval de tête, qui est aujourd’hui Bibici. J’entame la saison, puis je vois comment cela évolue. Néanmoins, je me fixe systématiquement des objectifs”. 

Mais dans les mois à venir, la tenue des plus grandes compétitions internationales et des échéances majeures que sont par exemple les Jeux olympiques de Tokyo et les championnats d’Europe de Riesenbeck, est encore incertaine. Pas question pour autant pour l’Américaine de modifier sa façon de faire : “Cette année ne fait pas exception, car si tout se déroule bien, j’ai déjà prévu un calendrier en fonction des concours qui vont pouvoir avoir lieu et ceux qui sont déjà annulés. Je fais donc un peu comme d’habitude, d’autant plus que même dans une année sans Covid-19, je suis toujours ici en Floride au début de la saison”. Malgré cela, l’Américaine qui navigue entre la Floride et ses écuries britanniques marche encore sur des œufs, ne sachant si elle pourra regagner l’Europe dans un mois et si ses chevaux pourront voyager : “Je pense que ma préoccupation majeure va être ma venue au Sunshine Tour de Vejer de la Frontera (en Espagne, ndlr). Pour l’heure, il est prévu que vingt de mes chevaux s’y rendent à partir de Grande-Bretagne. Nous attendons de voir si cela est envisageable, ou à quel point cela sera difficile (le Premier ministre Boris Johnson a annoncé le retour d’un confinement strict en Angleterre le 5 janvier, ndlr). Mon plan est de quitter la Floride le 14 février pour passer deux semaines en Espagne, avant de revenir en Floride pour deux semaines et enfin revenir en Espagne. Je verrai si cela est envisageable. Dans le cas contraire, je resterai ici en Floride”. 

De son côté, Grégory Cottard va devoir adapter ses plans et changer son mode de fonctionnement habituel : “Cette année, c’est un peu différent car on ne sait pas vraiment où l’on va… J’ai tout de même bon espoir de prendre part à une ou deux étapes de la Division 1 européenne du circuit des Coupes des nations Longines. Pour cela, j’aimerais mettre Bibici dans les meilleures conditions et reprendre tranquillement la saison à l’occasion d’un CSI 2* en Belgique, avant d’enchaîner sur deux semaines dans le sud de l’Europe, sûrement à Vilamoura à l’occasion de CSI 3* ou 4*. Ces séries obligent toutefois les cavaliers à concourir trois semaines d’affilée, ce que je veux éviter de faire. J’ai vraiment du mal à construire un planning, d’autant que je n’ai pas l’habitude de démarrer l’année aussi loin, comme certains le font souvent avec des transporteurs, etc. Pour prendre part à des labels supérieurs aux CSI 2*, on n’a toutefois pas d’autre choix que de traverser les frontières. Auparavant, je ne participais pas à ce genre de tournées. Je lançais plutôt ma saison au Grand National d’Auvers puis à Royan, ce qui me permettait de dispatcher mes chevaux en fonction des semaines. Cela m’embête de faire sauter deux CSI 2* consécutifs à Bibici, car elle est capable de retourner dans le grand bain après un seul concours de remise en route. Par ailleurs, les trajets pour rejoindre l’Espagne ou le Portugal sont longs, parfois jusqu’à trente heures de camion”. 



“Les organisateurs semblent motivés et prêts à mettre en place les mesures nécessaires”

Bien que “dans le brouillard”, Grégory Cottard espère bien pouvoir remplir ses objectifs cette saison.

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Bien que prudents, tous deux ne comptent pas perdre leurs objectifs de vue. Ainsi, l’amazone de cinquante-cinq ans entend bien prendre part à ses troisièmes Jeux olympiques, cet été à Tokyo, et pourquoi pas décrocher une deuxième fois l’or par équipes, comme à Hong Kong en 2008, avec l’inoubliable Cédric. “Je suis plutôt confiante quant à leur tenue. Il s’agit d’un objectif que je vais essayer de suivre toute l’année. Pour l’heure, je compte sur Confu et Fleurette (ex-Vvaramog de Brève, ndlr) pour m’y accompagner, et pourquoi pas Zeremonie. Je suis très chanceuse qu’ils soient en bonne forme et prêts à en découdre s’il le faut”, s’enthousiasme-t-elle. Comme elle, le Francilien installé à Drocourt espère enrichir son palmarès de nouvelles grandes lignes, lui qui fut sacré champion de France avec la belle Pépyt’des Elfs. “Malgré la situation, je me suis tout de même fixé des objectifs avec Thierry Pomel (sélectionneur national, ndlr), comme une participation au CSIO 5* de La Baule, en espérant que le concours aura lieu bien entendu. Tout peut changer et nous sommes un peu dans le brouillard”, regrette-t-il, avant de nuancer : “J’ai bon espoir que la saison se déroule à peu près convenablement, peut-être à huis clos, comme en fin d’année passée. Les organisateurs semblent en tout cas très motivés et prêts à mettre en place les mesures nécessaires. J’ai notamment vu que l’organisation de La Baule étudiait trois configurations (ce qu’avait confié le nouveau président a Société des concours hippiques (SCH) de La Baule, Pierre de Brissac, à GRANDPRIX, ndlr)

Outre-Atlantique, Laura Kraut est elle aussi motivée malgré le contexte incertain et mesure sa chance de pouvoir exercer son métier malgré tout. “Avec les chevaux, nous avons la chance que notre routine quotidienne ne soit pas bouleversée. Qu’il y ait des concours ou non, nous devons nous lever tous les matins pour prendre soin d’eux. Les choses sont donc un peu plus simples, cela aide à garder la motivation”, explique-t-elle, avant de poursuivre: “Je crois que je suis de nature positive. Nous avons pris une bonne leçon l’année passée. J’avais de nombreux objectifs, mais j’ai dû m’adapter à la situation. J’espère que cela n’arrivera plus, mais je pense qu’il faut rester positif et espérer que d’une façon ou d’une autre, le planning reste inchangé”. Grégory Cottard tire lui aussi du positif de la saison passée et se sent prêt à affronter 2021: “J’avais récupéré des chevaux avec peu d’expérience. Cette année de transition m’a permis de pouvoir les faire progresser et j’ai apprécié le fait de pouvoir prendre mon temps. Cette année, si nous avons de nouveau des bâtons dans les roues compte tenu du contexte sanitaire, je vais sûrement moins apprécier.” 

L’Américaine et le Français soulignent aussi l’implication de leur staff fédéral. “Notre chef d’équipe Robert Ridland est toujours en contact avec chacun d’entre nous. Il n’a pas vraiment plus d’informations que nous, mais nous avons tous Tokyo dans le viseur. Il n’y a plus qu’à espérer que cela ait lieu”, note Laura Kraut. “Je suis en contact régulier avec le staff fédéral, qui organise des stages quasiment toutes les semaines”, explique quant à lui Grégory Cottard. “Ils souhaitent nous voir évoluer dans certains concours et stages. Tout se met en place, et il faut surtout se rappeler que nous sommes chanceux comparé à ceux qui sont bien plus touchés par la crise, comme les restaurateurs, hôteliers etc”, conclut-il justement.